Le site Hominidés.com se fait l’écho de la parution récente d’un livre de Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau intitulé Les créationnismes. Une menace pour la société française ? Le point d’interrogation est omis dans le court article qui suit et c’est assez symptomatique d’un climat assez spécial qui règne en France, un pays où on dit pis que prendre de tous ceux qui ne se prosternent pas devant l’idole d’un Darwin imaginaire et où la recherche darwinienne de pointe, celle des pays anglo-saxons, fait l’objet d’une « censure » de fait, par le silence.
Voici la présentation qu’en donne l’éditeur :
Depuis le début du 20e siècle, aux États-Unis, les mouvements créationnistes ne cessent de remettre en cause l’enseignement de la théorie darwinienne de l’évolution. Les récentes prises de position anti-évolutionnistes de plusieurs ministres européens de l’éducation ont poussé le Conseil de l’Europe à traiter de «?cette question d’actualité politique?», afin d’appeler les gouvernements «?à s’opposer fermement à toutes les tentatives de présentation du créationnisme comme discipline scientifique?». La France n’évoque la question des créationnismes qu’au travers de ce qui se passe dans les pays étrangers, ou presque… Sommes-nous véritablement à l’abri de ces mouvements?? Quelles sont les implications sociales et politiques de ces démarches obscurantistes?? En quoi la volonté affichée du président de la République Nicolas Sarkozy de redéfinir la loi de séparation des Églises et de l’État est-elle susceptible d’augmenter l’influence des structures créationnistes??
Cet essai intéressera tous ceux qui veulent découvrir ou approfondir une question de société qui suscite depuis 2005 une attention particulière des médias nationaux.
Déjà, on est un peu étonné de l’angle d’approche. L’idée théologique ou métaphysique de création n’est pas une théorie physique ou biologique, elle ne s’oppose donc en rien au darwinisme ni à aucune science en tant que telle (elle peut s’opposer à certains discours qui prennent la forme du discours scientifique pour aller au-delà de son domaine, mais là, nous sommes dans le débat d’idée, plus dans celui de l’opposition artificielle qui décrite ici).
Cela est parfaitement exprimé dans cette citation du cardinal Schönborn que j’avais faite à la fin de l’année dernière :
Le créationnisme et l’évolutionnisme ne sont pas des questions politiques qui relèvent de la juridiction des institutions européennes. Le créationnisme défend la théorie de la création de la Terre selon la description qu’en donne la Bible. Il soutient que le livre de la Genèse est un document scientifique, ce qui est une erreur. Par conséquent, le créationnisme n’a aucun rapport avec la notion — philosophique ou religieuse — d’un Créateur qui a fait le monde ex nihilo et qui le gouverne. Les revendications scientifiques du créationnisme ne tiennent pas. La notion de Dieu créateur est une théorie philosophique ou religieuse, ce n’est pas une revendication scientifique. Pour cette raison, il est erroné de rejeter le créationnisme comme il est erroné de rejeter l’idée de création. Il doit être possible de parler de la création dans les écoles, comme les philosophes l’ont toujours fait et comme le font les religions.
Cependant, la résolution du Conseil de l’Europe ne fait pas cette distinction et dès lors, produit de la confusion. La résolution prétend que « la théorie de l’évolution n’a aucun rapport avec la révélation divine, elle est construite sur des faits ». Là encore, il n’appartient pas à une institution politique de juger la validité d’une théorie scientifique, cela n’appartient qu’aux scientifiques.
On sent, en effet, que sous couvert de lutter contre quelques illuminés qui reste plus que minoritaire (sauf au sein des populations immigrées, mais c’est un autre problème), c’est la liberté de penser et de s’exprimer qui est visée. Cela apparaît d’autant plus que ceux-là mêmes qui dénoncent le danger créationniste sont ceux qui imposent une vision partielle du darwinisme, celle de Gould et Lewontin.
Tout le propos de ce livre tel qu’il semble se dégager dans l’avis de la rédaction d’Hominidés.com est dans la confusion entretenue intelligemment et à dessein pour des motifs idéologiques entre la lecture littérale de la Bible (ou du Coran) qui est étrangère à la culture catholique et la croyance en la création.
Voici l’avis en question, il est… amusant :
De par nos traditions de séparation entre l’église et la science la France pouvait se croire à l’abri des attaques des créationnistes. Nous regardions ces « pauvres américains » empêtrés dans leurs guerres d’un autre âge essayant de répondre point par point aux coups de boutoirs créationnistes dans la biologie…
Il faut maintenant ouvrir les yeux ! Les créationnistes ont commencé à s’introduire dans la société française par tous les moyens : associations, enseignement, université…
Les fondamentalistes de toutes les religions se rejoignent sur un point : il faut détruire Darwin. Voir Catholiques, Islamistes, Scientologues et Témoins de Jehovah s’unir contre la science pourrait être assez comique. Mais cette réunion contre-nature montre la volonté de détruire des pans entiers de la Science pour faire sombrer les population dans l’ignorance.
« Les créationnistes » dresse le panorama de tous les créationnismes en France, leurs méthodes et leur objectifs…
Pas vraiment gai mais à lire absolument pour savoir comment les religieux ultra conservateurs de tous bords cherchent à nous manipuler…
Un petit livre complet.
Premièrement, la phrase sur les « pauvres américains » est typique de l’anti-américanisme français. Il s’agit de dire que certes, ce sont des imbéciles, mais que nous aussi, à force de les imiter, nous devenons presque aussi bêtes qu’eux. Cela permet de se donner des airs d’objectivités. Personnellement, je n’ai jamais regardé les Américains comme de pauvres gens stupides. Et si l’auteur de cet avis veut considérer que le refus de Darwin est une marque de stupidité, il lui faudra assumer les conséquences ethniques et sexuelles de sa prise de position.
Deuxièmement, j’admire la formulation politiquement correcte qui suit :
Catholiques, Islamistes, Scientologues et Témoins de Jehovah…
Ni les juifs, ni les musulmans (on ne parle que d’islamistes, c’est-à-dire de méchants barbus qui battent leurs six femmes voilées et vierges jusqu’au mariage en posant des bombes tout en lisant Harun Yahya ; la vision OSS117 de l’Islam, quoi), ni les protestants (qui sont pourtant l’écrasante majorité des véritables ennemis de Darwin), ne sont dans la liste.
Il dénonce les « les religieux ultra conservateurs » qui veulent « faire sombrer les population dans l’ignorance », mais comme je l’ai dit bien des fois, la cause la plus vraie du danger le plus immédiat qui pèse sur le darwinisme, celui qui l’affaiblit le plus et qui accroît l’ignorance (la pire des ignorances, celle qui s’ignore elle-même), je l’ai déjà dit, c’est celle du refus d’étendre le darwinisme à l’ensemble du vivant, homme compris.
Source : Hominidés.com.
































