Le sport face aux mutants
Puisque le jeu professionnel et sponsorisé prend de l’ampleur, il était fatal que la grande tâche noire du sport professionnel finisse par s’abattre sur le e-sport. A l’approche de la finale de la compétition World Cyber Games, le directeur du tournoi, Alex Walker, reconnaît sans l’ombre d’un frémissement que certains joueurs se dopent aux amphétamines pour booster leurs réflexes et supporter le rythme assez effréné d’une compétition, ce qui représente des heures de jeu et nécessite une attention aiguë, dans le but parfois de remporter de coquettes sommes d’argent en liquide ou en biens, sans parler des sponsors. Si l’éventualité d’effectuer des tests à été envisagée, la chose reste exclue pour l’heure, faute de moyens…

La pratique en amateur se perd, dans tous les domaines. Elle était liée à une certaine idée de l’excellence personnelle, c’est-à -dire du dépassement de soi, non de la compétition, donc du dépassement des autres.
S’il s’agit d’atteindre ses limites, le dopage ou même l’usage d’instruments particulièrement adaptés à son activité est inutile, voire nuisible, tant que cela ne provoque pas de blessure. On préférera ne pas se faciliter la tâche, puisque le but est d’arriver à ce que l’on croit être son maximum, puis de le dépasser, alors, autant parvenir à ce seuil le plus rapidement et autant porter des poids à chaque pieds si l’on veut courir.
D’ailleurs, pour reprendre l’exemple des jeux vidéo évoqué en exergue, les joueurs ne choisissent-ils pas souvent, quand ils jouent seuls, les niveaux les plus difficiles ?
Dans le cadre de la compétition, les choses sont radicalement différentes. L’idée est de dépasser les autres, il faut donc se rendre la tâche aussi facile que possible : le matériel peut jouer ; le “dopage” aussi. Alors, pourquoi le condamner ? Si le but est la compétition, comment faut-il interpréter le dopage ? Est-ce une tricherie, comme d’écraser une main avec ses crampons lors d’un match de rugby, ou est-ce comme mettre un bandeau absorbant autour de la tête pour que la sueur ne tombe pas dans les yeux ? Une prothèse peut-elle être du dopage mécanique ? Après tout, aussi longtemps que l’on n’agit que sur soi, il est difficile de parler de tricherie.
La compétition est, aujourd’hui, ce qui se vend, ce qui intéresse. On veut voir des records battus, des exploits, etc. Le sport n’a plus rien de commun avec les activités physiques qui lui étaient analogues en Grèce ou dans le cadre hygiéniste de la première moitié du XXème siècle. Son but n’est plus la santé, mais la performance. D’ailleurs, aujourd’hui, les sportifs de haut niveau sont des malades permanents.

Le sport comme compétition avec pour but la performance n’a pas le dopage comme effet pervers, mais comme conséquence naturelle, voire comme essence. Peut-être est-il temps de l’accepter et de cesser de se leurrer à son propos. Déjà , aujourd’hui, le dopage a fait un saut considérable en devenant génétique. Bientôt (c’est peut-être déjà le cas en Chine), les fédérations sportives deviendront si puissantes qu’elles se permettront une forme d’eugénisme sportif, voire de modification génétique des enfants de leurs licenciés sur une vaste échelle (souvenons-nous de ce qui se faisait en URSS…). Comment détecter cela ? Comment ne pas “tricher” si ses gènes sont ainsi ? Interdira-t-on certains compétition aux “mutant” ?
Quand je vous dis que le biopunk a remplacé le cyberpunk…
Source : Jeuxvideo.com et International Herald Tribune.
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31 août 2008 à 20:26Le problème du dopage, c’est justement que, si on l’accepte, il ne présente plus d’intérêt puisque se doper c’est essentiellement fait pour tricher et se placer au dessus des autres en laissant croire qu’on est comme les autres. Si la triche devient institutionnelle et autorisée, ben…il faudra trouver une “sur-triche”, un “sur-dopage”. L’intérêt sportif devient relatif; la vraie course se déroule alors entre généticiens et biologistes, plus sur les terrains de sport. Et c’est d’abord à ceux-là qu’il faudra alors délivrer les médailles.
Sans compter que voir démarrer un coureur dans l’alpe-d’huez en sachant qu’il est “chargé” à bloc, c’est bien moins “bandant”. L’exploit sur-humain n’a plus rien d’intéressant puisque, justement il n’est plus réalisé par un humain, mais par un surhomme aux capacités dopées. Ce qui intéresse le spectateur, c’est l’exploit surhumain réalisé par un gars banal, humain.
31 août 2008 à 20:51La compétition n’est pas qu’horizontale, elle est aussi verticale. Il faut, certes, battre celui qui court à côté, mais aussi celui qui a couru l’année dernière et faire en sorte de ne pas être battu par celui de l’année prochaine.