Nina Fedoroff, témoignage en faveur des OGM

Bové n’est pas plus paysan que ses parents, ni plus concerné par les “traditions” ou la continuité de la vie rurale que n’importe quel autres appartchiks de la haute fonction publique dont il est issu. Mais il a trouvé un créneau formidablement porteur du point de vue du marketing : la lutte contre les terribles OGM, organisme génétiquement modifié…



Contre les OGM, tout est permis. Avec le soutient tacite (et parfois actif) des gouvernements successifs (notamment l’actuel) il s’autorise des méthodes de voyou poussant au suicide l’un, menant en prison l’autre (qui n’a pourtant fait que défendre son bien), détruisant le travail de chercheurs de qualité et préparant la France à n’être rien d’autre qu’un parc à thème où des paysans fonctionnaires n’auront d’autres tâches que de faire du jardinage pour que les campagnes françaises ressemblent à ce que les touristes voient au journal de TF1.

Si la France est dans cette sombre situation (assez seule, heureusement), les OGM sont malgré tout une pierre d’achoppement ailleurs dans le monde, mais ils y ont des défenseurs de qualité que l’on ne muselle pas.

Nina Fedoroff, 66 ans, a reçu une formation de chimiste et de biologiste. Elle est titulaire, depuis 1972, d’un doctorat obtenu à l’université Rockefeller. Bill Clinton l’a nommée au National Science Board en 2001 et, plus récemment, Condoleezza Rice a fait d’elle le Conseiller pour les Sciences et les Technologies auprès du Secrétariat d’Etat.

Le New York Times vient de publier une interview qui mériterait d’être traduite entièrement si j’en avais le temps. Mais contentons-nous de sa réponse à la première question qui place d’emblée le débat dans son contexte :

Q. Lors de votre récent discours à l’Université de Columbia où vous défendiez des aliments génétiquement modifiés, quelqu’un assis près de moi a dit : “oh grand Dieu, le département d’Etat défend les OGM. Cette femme est l’ambassadrice de Monsanto.” Que lui répondriez-vous ?

R. Comment lui répondrais-je ? Ma réponse serait qu’il n’y a presque pas de nourriture qui n’ait pas été génétiquement modifiée. La modification génétique est la base de toute l’évolution.

Les choses changent parce que notre planète est soumise à une grande quantité de radiation, ce qui endommage l’ADN, lequel se répare, mais il reste des mutations qui créent des plantes prêtes à être sélectionnées par les gens qui veulent améliorer l’agriculture.

Au siècle dernier, comme nous savions plus de choses sur les gènes, nous avons été capables de mettre au point des moyens d’accélérer l’évolution.

Ainsi, un grand nombre de souches végétales modernes a été créé par l’application de produits chimiques ou de radiations dont le but était de provoquer des mutations qui amélioreraient les cultures. C’est ainsi que l’amélioration des plantes s’est faite au XXème siècle. Ce qui est paradoxal, c’est que maintenant que nous avons inventé des techniques qui touchent un seul gène sans modifier le reste, certaines personnes pensent que c’est terrible.

Voilà une chose à rappeler aux adversaires des OGM…

Source : The New York Times.


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13 commentaires pour “ Nina Fedoroff, témoignage en faveur des OGM ”

  1. Je ne connaissais pas le profil des parents de Bové. Ca éclaire bien le personnage je trouve : cf wikipedia : “Son père Joseph-Marie, d’origine luxembourgeoise et spécialiste des maladies des plantes, se voit attribuer la nationalité française en devenant directeur régional de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et est membre de l’Académie des sciences. José Bové a déclaré que son père n’avait « jamais travaillé sur les OGM». “

  2. Je ne sais pas en quoi le profil de Joseph-Marie Bové éclaire celui de son fils, mais témoignage personnel, tant qu’on y est, le père Bové a été certainement le meilleur prof que j’ai eu à la fac.
    Pas seulement le meilleur, excellent. Malgré son caractère un peu difficile.

    Témoignage en émotion; “net, clair, et sans bavures” le professeur Joseph-Marie Bové. Ce qui ne m’empêcherais pas de m’engueuler comme un chiffonnier avec lui s’il était anti-OGM !

  3. Question sous forme de commentaire sur un sujet pour lequel je n’ai pas franchement d’opinion.

    Sélectionner génétiquement un épis de maïs résistant à son principal insecte prédateur, c’est aussi sélectionner à terme cet insecte prédateur pour en faire un super-prédateur qui finira par résister lui-même au maïs OGM. N’existe-t-il pas pour les OGM, le même danger qu’il existe avec les antibiotiques, lesquels utilisés de manière large ont permis la sélection de superbugs, de bactéries multirésistantes?

  4. Réponse en forme d’interrogation : n’est-ce pas là le problème et la base de toute l’évolution ? Après tout il est tout à fait évolutionnairement cohérent d’imaginer que, de toutes façons, le maïs résistant à son prédateur aurait fini par supplanter les autres variétés de maïs. De même qu’il serait cohérent, enfin je suppose, de penser qu’en tout état de cause, le prédateur en question n’a pas intérêt à faire disparaître le maïs qui le nourrit, sous peine de disparaître à son tour.

  5. Salut Thierry,
    N’importe quelle course aux bionte-cide sélectionne les résistants, quand ils apparaissent (j’ose à peine ajouter aléatoirement :-) ).
    C’est le cas des insecticides, dont les toxines de Bacillus thuringiensis (Bt pour les intimes). Les cibles ici étant des organismes diploïdes, on peut espérer que les résistances qui apparaîtront seront récessives (besoin de deux allèles “résistants”) et non pas dominantes. Dans le deuxième cas les producteurs des OGM ont perdu un de leurs produits, ce qui est prévisible d’avance. Le pari du producteur des OGM est que ça n’arrivera pas avant d’amortir l’investissement pour son développement. Pour l’agriculteur que sa récolte ne sera pas le 4 heures d’une souche résistante de parasites.
    Pour le cas particulier des Bt il y a une tournure assez amusante : Avant la production d’OGM-Bt, les bactéries elles mêmes sous forme de poudre étaient un insecticide écologique (je ne blague pas, il y avait même des brevets : “The principal aim of the present invention is to afford a bioinsecticide dry composition based on entomotoxines of Bacillus thuringiensis var israelensis, which is characterized by its practicability, economy and efficacy in controlling Dipteral insects, being, at the same time, ecologically safe.“).
    Il est devenu potentiellement éco-dévastateur, et sujet au principe de précaution, post-OGM-Bt.

  6. Oui, mais qu’est ce qu’on en fait de ces insectes multirésistants une fois qu’on les a. On ré-invente les insecticides? On crée des cocktails de plusieurs souches OGM (un espèce de “multithérapie”) afin d’éviter une nouvelle sélection? On mange les crickets multirésistants? N’est-ce pas une éternelle fuite en avant? La médecine n’invente pas beaucoup de nouveaux antibiotioques d’où le problème des résistances; l’ingénierie biologique est-elle capable de ré-inventer sans cesse des nouveaux gènes conférant un nouvelle résistance au nouveau prédateur sélectionné?

  7. les problèmes sont surtout la dissémination et le copyright des brevets, non ?

  8. Pourquoi est-ce que ces insectes seraient forcémment multirésistants? On a bien vu des tas d’espèces disparaître parce qu’incapable d’accéder à leur source de nourriture, on peu aussi penser que l’évolution de l’insecte en question peu s’orienter vers une autre source de nourriture… La course à l’armement n’est pas nécessairement une fatalité.

  9. La loi du nombre. Si vous êtes deux crickets et qu’on ne vous laisse qu’un maïs multirésistant, vous allez effectivement disparaitre ou diversifier votre alimentaion (au détriment probable d’une autre espèce qui avait l’habitude de manger ce qui est devenu votre nouveau plat favori). Si vous êtes 2000 milliards de crickets, il y a toutes les chances qu’il y ait au moins un gus qui se porte bien en mangeant ce maïs et futur papa d’une heureuse progéniture.

  10. Re,

    Enoch et Thierry, vous avez tous les deux raison. Partiellement.

    En combinant les aspects que vous présentez, plus quelques autres, on retrouverait l’hypothèse de la Reine Rouge de Leigh Van Valen : il faut évoluer constamment pour “rester sur place”, pour “survivre”. Si vous voulez une lecture assez agréable sur le sujet je vous le propose en BD garantie avec OGM :-) Sinon, à leur état actuel, l’article de Wikipedia anglais, me semble mieux fait que le francophone.

    Le côté aléatoire (eh si ! j’y reviens) de l’évolution fait que l’on ne peut faire vraiment de prédiction. On peut faire des prédictions de comment ça pourrait évoluer, ça étant non pas le couple plante/parasite, mais l’écosystème, et leur attribuer des probabilités. Le plus probable semble être l’apparition de résistants récessifs chez les diptères. Si la pression de sélection chute (plus de culture d’OGM-Bt) ces allèles pourraient se perdre assez rapidement.

    Thierry,

    La situation chez les insectes est fondamentalement différente de celle des bactéries, ces dernières bénéficiant d’un transfert horizontal des gènes très actif, qui facilite l’apparition des multi-résistantes, les gènes passant de l’une à l’autre, même à travers différentes espèces. D’autant plus que l’on prend soin de les rapprocher soigneusement dans les centres de soins : salles d’attente des toubibs, hôpitaux, dispensaires, etc.

    Tokk évoque deux gros problèmes. L’un, celui des brevets que je ne discuterai plus :-)
    L’autre, celui de la dissémination. Ca pourrait être un problème si les OGM étaient fertiles. Habituellement ils ne le sont pas, pas pour protéger la nature, mais les vendeurs de semences. Ils ont un méchant intérêt à ce que l’on ne puisse pas croiser leurs produits. Je ne leur ferais pas confiance pour protéger la nature, je leur fais confiance pour protéger leur porte-feuille. C’est mon côté cynique.

  11. Mon opinion sur tout ça :D

  12. Merci à Oldcola pour ses éclaircissements. Je reste toujours surpris par le caractère profondément confiant et la quasi “foi” qui émane de la plupart des commentaires vis à vis de la science et de ses promesses.

  13. Prométhée ou Faust, peu importe. Relisons Spengler.

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