La menace créationniste fantôme

Le site Hominidés.com se fait l’écho de la parution récente d’un livre de Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau intitulé Les créationnismes. Une menace pour la société française ? Le point d’interrogation est omis dans le court article qui suit et c’est assez symptomatique d’un climat assez spécial qui règne en France, un pays où on dit pis que prendre de tous ceux qui ne se prosternent pas devant l’idole d’un Darwin imaginaire et où la recherche darwinienne de pointe, celle des pays anglo-saxons, fait l’objet d’une “censure” de fait, par le silence.



Voici la présentation qu’en donne l’éditeur :

Depuis le début du 20e siècle, aux États-Unis, les mouvements créationnistes ne cessent de remettre en cause l’enseignement de la théorie darwinienne de l’évolution. Les récentes prises de position anti-évolutionnistes de plusieurs ministres européens de l’éducation ont poussé le Conseil de l’Europe à traiter de «?cette question d’actualité politique?», afin d’appeler les gouvernements «?à s’opposer fermement à toutes les tentatives de présentation du créationnisme comme discipline scientifique?». La France n’évoque la question des créationnismes qu’au travers de ce qui se passe dans les pays étrangers, ou presque… Sommes-nous véritablement à l’abri de ces mouvements?? Quelles sont les implications sociales et politiques de ces démarches obscurantistes?? En quoi la volonté affichée du président de la République Nicolas Sarkozy de redéfinir la loi de séparation des Églises et de l’État est-elle susceptible d’augmenter l’influence des structures créationnistes??
Cet essai intéressera tous ceux qui veulent découvrir ou approfondir une question de société qui suscite depuis 2005 une attention particulière des médias nationaux.

Déjà, on est un peu étonné de l’angle d’approche. L’idée théologique ou métaphysique de création n’est pas une théorie physique ou biologique, elle ne s’oppose donc en rien au darwinisme ni à aucune science en tant que telle (elle peut s’opposer à certains discours qui prennent la forme du discours scientifique pour aller au-delà de son domaine, mais là, nous sommes dans le débat d’idée, plus dans celui de l’opposition artificielle qui décrite ici).

Cela est parfaitement exprimé dans cette citation du cardinal Schönborn que j’avais faite à la fin de l’année dernière :

Le créationnisme et l’évolutionnisme ne sont pas des questions politiques qui relèvent de la juridiction des institutions européennes. Le créationnisme défend la théorie de la création de la Terre selon la description qu’en donne la Bible. Il soutient que le livre de la Genèse est un document scientifique, ce qui est une erreur. Par conséquent, le créationnisme n’a aucun rapport avec la notion — philosophique ou religieuse — d’un Créateur qui a fait le monde ex nihilo et qui le gouverne. Les revendications scientifiques du créationnisme ne tiennent pas. La notion de Dieu créateur est une théorie philosophique ou religieuse, ce n’est pas une revendication scientifique. Pour cette raison, il est erroné de rejeter le créationnisme comme il est erroné de rejeter l’idée de création. Il doit être possible de parler de la création dans les écoles, comme les philosophes l’ont toujours fait et comme le font les religions.

Cependant, la résolution du Conseil de l’Europe ne fait pas cette distinction et dès lors, produit de la confusion. La résolution prétend que « la théorie de l’évolution n’a aucun rapport avec la révélation divine, elle est construite sur des faits ». Là encore, il n’appartient pas à une institution politique de juger la validité d’une théorie scientifique, cela n’appartient qu’aux scientifiques.

On sent, en effet, que sous couvert de lutter contre quelques illuminés qui reste plus que minoritaire (sauf au sein des populations immigrées, mais c’est un autre problème), c’est la liberté de penser et de s’exprimer qui est visée. Cela apparaît d’autant plus que ceux-là mêmes qui dénoncent le danger créationniste sont ceux qui imposent une vision partielle du darwinisme, celle de Gould et Lewontin.

Tout le propos de ce livre tel qu’il semble se dégager dans l’avis de la rédaction d’Hominidés.com est dans la confusion entretenue intelligemment et à dessein pour des motifs idéologiques entre la lecture littérale de la Bible (ou du Coran) qui est étrangère à la culture catholique et la croyance en la création.

Voici l’avis en question, il est… amusant :

De par nos traditions de séparation entre l’église et la science la France pouvait se croire à l’abri des attaques des créationnistes. Nous regardions ces “pauvres américains” empêtrés dans leurs guerres d’un autre âge essayant de répondre point par point aux coups de boutoirs créationnistes dans la biologie…
Il faut maintenant ouvrir les yeux ! Les créationnistes ont commencé à s’introduire dans la société française par tous les moyens : associations, enseignement, université…
Les fondamentalistes de toutes les religions se rejoignent sur un point : il faut détruire Darwin. Voir Catholiques, Islamistes, Scientologues et Témoins de Jehovah s’unir contre la science pourrait être assez comique. Mais cette réunion contre-nature montre la volonté de détruire des pans entiers de la Science pour faire sombrer les population dans l’ignorance.
“Les créationnistes” dresse le panorama de tous les créationnismes en France, leurs méthodes et leur objectifs…
Pas vraiment gai mais à lire absolument pour savoir comment les religieux ultra conservateurs de tous bords cherchent à nous manipuler…
Un petit livre complet.

Premièrement, la phrase sur les “pauvres américains” est typique de l’anti-américanisme français. Il s’agit de dire que certes, ce sont des imbéciles, mais que nous aussi, à force de les imiter, nous devenons presque aussi bêtes qu’eux. Cela permet de se donner des airs d’objectivités. Personnellement, je n’ai jamais regardé les Américains comme de pauvres gens stupides. Et si l’auteur de cet avis veut considérer que le refus de Darwin est une marque de stupidité, il lui faudra assumer les conséquences ethniques et sexuelles de sa prise de position.

Deuxièmement, j’admire la formulation politiquement correcte qui suit :

Catholiques, Islamistes, Scientologues et Témoins de Jehovah…

Ni les juifs, ni les musulmans (on ne parle que d’islamistes, c’est-à-dire de méchants barbus qui battent leurs six femmes voilées et vierges jusqu’au mariage en posant des bombes tout en lisant Harun Yahya ; la vision OSS117 de l’Islam, quoi), ni les protestants (qui sont pourtant l’écrasante majorité des véritables ennemis de Darwin), ne sont dans la liste.

Il dénonce les “les religieux ultra conservateurs” qui veulent “faire sombrer les population dans l’ignorance”, mais comme je l’ai dit bien des fois, la cause la plus vraie du danger le plus immédiat qui pèse sur le darwinisme, celui qui l’affaiblit le plus et qui accroît l’ignorance (la pire des ignorances, celle qui s’ignore elle-même), je l’ai déjà dit, c’est celle du refus d’étendre le darwinisme à l’ensemble du vivant, homme compris.

Source : Hominidés.com.


Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Articles liés

Schizodoxe est la porte. Schizodoxe est la clé et le gardien de la porte. Le passé, le présent, le futur, tous sont un en Schizodoxe…
Écrire à cet auteur | Tous les billets de Schizodoxe

16 commentaires pour “ La menace créationniste fantôme ”

  1. Un bon blog pour resumer les difficultes posees par un darwinisme trop integriste:

    http://philopolis.canalblog.com

  2. En France, ce qui fait peur ce n’est pas le créationnisme mais plutôt les conséquences sociales, politiques et philosophiques de l’acceptation complète de la théorie évolutionniste qui nous rappelle à chaque instant que biologie et égalité ne font pas bon ménage. La théorie évolutionniste n’est pas suffisamment politiquement correcte. Sur le dessin que vous publiez là: http://www.schizodoxe.com/2008/08/17/darwinisme-sociobiologie-psychologie-evolutio/, le dernier chainon avec sa pancarte est américain. Enlevez-lui donc sa pancarte et posez-lui un bandeau sur les yeux pour en faire un français.

  3. A votre connaissance existe-t-il des thèses scientifiques qui s’opposent à l’évolutionnisme (qui est un système de pensée avant tout) et qui n’ont pas l’apellation “créationniste” ?
    Ou bien “créationnisme” est-il un mot magique inventé pour discréditer toute personne ne croyant pas au dogme de l’évolution ?

  4. Une thèse scientifique sérieuse et contre l’évolution ? Les deux ? Hum… j’en doute.

    L’idée d’évolution est acceptée par à peu près tout le monde et ce n’est pas récent (je pense à l’exemple d’Athanasius Kircher, SJ, dont j’avais parlé ici. On peut trouver ses prémisses contestables, mais son intuition était juste), on est bien placé, en France, avec Lamarck, pour le savoir.

    Le seul débat sérieux qui est possible concernant le fait de l’évolution porte sur ses mécanismes, pas sur lui-même. Darwin a apporté, ou plutôt formalisé, l’idée de sélection naturelle et de sélection sexuelle (empiriquement, elles étaient déjà connues avant lui par les éleveurs, n’oublions pas qu’il part de leur expérience, et formulées de diverses façons au travers des siècles) ; Mendel a permis, une fois redécouvert au début du XXème siècle, par Hugo de Vries, Erich von Tschermak, etc. (plus tard, il y aura l’ADN grâce à James Watson et Francis Crick), de combler les apories auxquelles menait l’application unique de ces deux type de sélections.

    Avant cela, à la fin du XIXème siècle, on avait été plus ou moins obligé de réhabiliter l’hérédité des caractères acquis à la suite de Darwin lui-même, à la fin de sa vie (certains voudraient y sont revenus d’une triste façon ou veulent y revenir d’une meilleure manière je l’espère).

    Il y a donc, à cette époque, des savants qui ne sont pas darwiniens et qui sont sérieux (je pense à l’admirable Quatrefages, par exemple), mais leurs positions sur ce point précis n’est plus tenable depuis que l’on a rajouté aux deux types de sélection la notion de mutation “aléatoire” (je dirai plutôt imprévisible, l’idée de hasard n’est pas scientifique).

  5. Bonsoir,
    J’aimerais ajouter à la réflexion deux remarques :

    La première pour le commentaire de Thierry, qui écrit : “théorie évolutionniste qui nous rappelle à chaque instant que biologie et égalité ne font pas bon ménage“. C’est vrai si on oublie de préciser que l’égalité est celle des droits et certainement pas des génomes, cette dernière aboutirait à une société de clones. La toute première phrase de la déclaration universelle des droits de l’homme nous le rappelle : “Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits“. Ils auraient pu ajouter et pas avec le même génome.

    La deuxième concerne les créationnismes. On utilise le mot pour décrire les fondamentalistes pratiquant une lecture littérale des textes sacrés. Ces “pauvres américainsdistinguent plusieurs types de créationnisme, contrairement à nous autres européens.
    Les Young Earth Creationists est la seule variété qui semble être perceptible dans le post. Il s’agit certainement d’une minorité qui par moments doit se sentir bien isolée.
    En se basant sur la définition du mot, Doctrine qui admet que l’univers (et, en particulier, les êtres vivants) a été créé ex nihilo par Dieu, et son origine qui est l’église catholique, et sur le souci que se fait le Pape de l’affaiblissement de la doctrine de la création, on peut facilement étendre le créationnisme jusqu’à la belle campagne française, ses églises et ses clochers.
    Le problème majeur que ça pose en biologie, c’est qu’un créationniste qui se respecte, ne se préoccupe pas seulement de la création (le début) de l’univers et des êtres vivants, mais aussi (et surtout ?) de son devenir, l’Apocalypse et le jugement dernier. Il ne lui suffit pas que l’univers soit créé, il faut encore qu’il passe obligatoirement par son espèce (biologique) et que ça aboutisse au Paradis; autrement dit il distingue le point oméga (plus clairement s’il est Teilhardien). Et son problème immédiat avec Darwin est que d’après ce dernier (et pas mal d’autres) il n’y a pas de directionalité évolutionaire à long terme.
    Ainsi, on voit les champions du soft-crétionism, essayer de se servir d’arguments scientifiques pour déceler non plus l’Intelligent Design qui serait indicatif de l’existence de l’Intelligent Designer, mais de la directionalité qu’il aurait imposé à l’univers. C’est le cas de Ken Miller, un des champons de la John templeton Foundation qui a brillé en défendant son domaine scientifique, ou de Simon Conway Morris qui s’acharne à coups d’évolution convergente, etc.
    L’objectif étant de défendre la téléologie de la création, ce qu’ils ne font pas franchement bien.

    Est-ce que “le refus de Darwin est une marque de stupidité” ? Probablement non (quoique des fois, pour certains, je me pose franchement la question), d’ignorance plutôt. Et après tout, la stupidité ne doit pas gêner :-)

  6. Je suis tout à fait d’accord avec le premier point : l’égalité de droit ne doit pas être la conséquence de l’égalité de fait ; cette dernière étant illusoire, la première le serait aussi. On comprends parfaitement cela à partir de l’argument de l’antiracisme scientifique qui condamne le racisme — c’est-à-dire l’inégalité de droit — au nom de l’égalité de fait de tous les hommes, ce qui implique, par définition, que les handicapés mentaux ou physiques peuvent être soumis à un droit spécial, puisqu’ils sont, par définition encore, privés de certaines facultés “normales” (disons “très majoritiaires”) chez l’homme, ils ne sont plus égaux de fait au reste de l’humanité.

    Pour le dire autrement, l’égalité de droit comme conséquence de l’égalité de fait rend le droit conditionnel.

    De ce point de vue, d’ailleurs, la formulation que vous citez, et qui reprend les concepts généraux du droit des gens n’est pas forcément la plus heureuse. Je crois que c’était Montesquieu qui disait que les hommes étaient, dans le sein de leur mère (et dans l’entendement de Dieu), égaux, mais que la naissance les rendait inégaux et que c’était au droit de rétablir cette égalité.

    Pour le second point, vous utilisez à raison le terme de fondamentalisme, c’est-à-dire d’un courant de pensée étranger, par nature, à la foi catholique. L’idée d’un Dieu créateur du ciel et de la terre et de toutes les choses visibles ou invisibles fait, bien sûr, partie (et pas petitement) de la foi catholique. C’est même au début du Credo de Constantinople (pour celui de Nicée, c’est légèrement différent, mais ne nous égarons pas, ce n’est pas parce que j’ai ressorti mon Denzinger de son holster que je dois me lancer dans un exposé doctrinal). Mais la Bible qui nous dit cette création a, pour les catholiques, quatre sens (j’y reviendrai un jour) et non un seul comme chez les protestants qui se revendiquent de la sola scriptura et donc du sens littéral. La Bible n’est pas un manuel de cosmologie, de physique de biologie ou même d’histoire (c’est encore sur ce point où il est le moins loin de cela, sans pour autant en être un, cela va de soi).

    De ce fait, les découvertes scientifiques, quelles qu’elles soient, contribuent à une plus grande connaissance de la Création et donc, analogiquement, de Dieu. Les lois scientifiques sont, dans ce cadre théologique, coextensives à la volonté de Dieu. Aucune découverte ne peut donc le nier et toutes prouvent Sa gloire. Il est évident que cela semble être un raisonnement circulaire et, dans une certaine mesure, c’en est un, mais il est théologiquement correct et scientifiquement peu gênant (alors que l’Intelligent Design est, pour reprendre la formule d’un dominicain, de la mauvaise théologie avant même que d’être de la mauvaise science).

    Pour ce qui est de l’Apocalypse, vous avez tout aussi raison, c’est une conséquence logique et théologique de la Création. Là où je ne vous suis pas, c’est sur la nécessaire inscription de la trajectoire qui va de l’une à l’autre dans le monde intelligible.

    Certes, certains ont cru que cela devait “se voir”, et qu’il devait donc y avoir une sorte de courbe, de parcours, de direction (je comprends mieux, maintenant, d’ailleurs, votre hostilité de fond aux idées de Fleury) visibles et prouvables scientifiquement ; ce qui n’est pas fonciérement dérangeant pour la science si ceux qui croient cela respectent la méthode scientifique. Cependant, cela ne me semble pas exact. Rien ne dit que la volonté de Dieu (nous parlons, depuis le début, en acceptant, ex hypothesis, Son existence — après tout, j’ai une formation de théologien…) se doit d’être visible à d’autres yeux qu’à ceux des croyants (ce qui n’est pas de l’ordre de la science, et donc du donné empirique — bien qu’on pourrait toujours dire qu’il faut une cause à la foi, mais c’est un autre problème que l’on peut résoudre par la sociobiologie autant que par la théologie).

    Il y a néanmoins deux nuances à apporter à ce sur quoi je viens de conclure, et elles ne sont pas petites : 1. la nécessité de l’existence de l’homme ; 2. l’Incarnation. Ce seraient là deux “traces” de l’agir de Dieu dans le monde physique.

    1. L’homme n’est pas nécessaire théologiquement. Dieu était libre de le créer et Adam et sa meuf Eve (enfin, sa seconde meuf, mais bon, ne cabalisons pas, nous sommes déjà embrouillés par tout ce que je raconte) étaient libres de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance (si on veut n’y voir qu’un mythe, il faut lui accorder une sacrée richesse conceptuelle). Mais le fait est qu’Il l’a créée ou, tout simplement — chassons Dieu un instant — que de fait l’homme existe. Cela ne prouve ni de disqualifie aucun argument dans un sens ou dans l’autre.

    2. L’Incarnation est un problème beaucoup plus grand, pour ne pas dire irréductible. Par sa conception virginale, par ses miracles et par sa résurrection, le Christ affiche un mépris notoire pour les lois de la biologie et de la physique, ce qui n’est vraiment pas sportif et indigne d’un gentleman. Sur ce point, je ne pense pas qu’il y ait moyen de concilier la science et la foi (sur tout le reste je pense que oui), mais disons que ce n’est plus vraiment un sujet brûlant.

    Enfin, voilà, livrées pour vous, mes premières remarques :)

  7. A Thierry :

    Sur le dessin que vous publiez là: http://www.schizodoxe.com/2008/08/17/darwinisme-sociobiologie-psychologie-evolutio/, le dernier chainon avec sa pancarte est américain. Enlevez-lui donc sa pancarte et posez-lui un bandeau sur les yeux pour en faire un français.



    La modification que vous suggérez est assez juste. Mais il faudrait lui laisser sa pancarte et y écrire “Darwin was right“, car les yeux bandés n’empêchent pas le militantisme et cela rendrait, tout à la fois, la scène plus bouffonne et plus vraie.

  8. En acceptant complètement la théorie évolutionniste, on accepte l’inégalité de fait. Il y a alors deux solutions:

    1-fonder le droit sur cette inégalité de fait; ce qui amène à penser une inégalité de droit ” compensatrice” pour que la résultante entre inégalité de droit et de fait soit la meilleure équité entre tous (ce qui justifie que les valides subviennent aux besoins des handicapés) mais ce qui crée un communautarisme de droit (à l’anglo-saxonne)

    2-fonder le droit sans tenir compte de cette inégalité de fait; ce qui conduit à prononcer la déclaration universelle des droits de l’homme qui, posant l’égalité des droits entre tous permet en toute logique et bandeau sur les yeux le maintien et la pérennité de l’inégalité de fait comme résultante tout en ayant une belle et bonne conscience (à la française).

    Le mieux ne serait-il pas d’accepter avec Darwin l’inégalité de fait et d’oublier un peu cette notion d’égalité qui mène constamment à une impasse et de baser son droit sur des notions plus porteuses à mon sens comme celle de la liberté?

  9. 2-fonder le droit sans tenir compte de cette inégalité de fait; ce qui conduit à prononcer la déclaration universelle des droits de l’homme qui, posant l’égalité des droits entre tous permet en toute logique et bandeau sur les yeux le maintien et la pérennité de l’inégalité de fait comme résultante tout en ayant une belle et bonne conscience (à la française).

    Hum…

    Excusez-moi, mais vous semblez faire totalement abstraction de 25 siècles d’histoire. Le droit naturel, le droit des gens, etc. non ?

    D’autre part, vous qui vouliez défendre la morale contre la technique, comment voulez sauver quoi que ce soit quand vous affirmez ceci (qui est défendable par ailleurs) :

    Le mieux ne serait-il pas d’accepter avec Darwin l’inégalité de fait et d’oublier un peu cette notion d’égalité qui mène constamment à une impasse et de baser son droit sur des notions plus porteuses à mon sens comme celle de la liberté?

  10. Bonjour,

    L’acceptation a priori, ne serais-ce que sous forme d’hypothèse, de l’existence de Dieu, ou même simplement du surnaturel, est à la base de toutes les théologies qui ont existé et de celles à venir. Et ça permet effectivement dans ces cadres particuliers de trouver correctes une série d’assertions qui s’effondrent dès que l’on en sort et c’est le cas de “Les lois scientifiques sont, dans ce cadre théologique, coextensives à la volonté de Dieu. Aucune découverte ne peut donc le nier et toutes prouvent Sa gloire. “.

    Rien ne vient pour l’instant soutenir la véracité de cet a priori et il est à la mode d’essayer de s’en passer et de tenter de montrer a posteriori sa pertinence. Le point alpha, la Création, est rejeté plus loin que l’horizon visible actuellement par les sciences, derrière le Big Bang, et le point oméga, la Rédemption, reste aussi nébuleux que les prédictions météorologiques à un an. Ce n’est pas mon point de vue que l’intelligence/conscience doit être produite par les processus évolutionnaires, qu’elle soit humaine ou non, donc je n’arriverais pas à le défendre. Ce n’est pas moi qu’il faudrait suivre, mais les champions de la JTF, qui semblent essayer de trouver une démonstration qui se veut indépendante de l’a priori de l’existence du surnaturel; ça promet des moments de détente en démontant leur argumentation.

    Il est vrai que l’existence actuelle, ou passée, d’une espèce particulière, H. Sapiens incluse, n’est pas un argument et je pense qu’il y a beaucoup d’électrons qui vont circuler pour faire valoir ce point de vue, qui est à la base de l’usage fait du principe anthropique comme preuve de l’existence de l’Intelligent Designer, non plus façon Discovery Institute, mais John Templeton Foundation, tel qu’il est défendu par Ken Miller (je le prends assez souvent en exemple parce que c’est un excellent biologiste et très bon présentateur, qui a une nette tendance de décrocher quand il s’agit de l’Intelligent Designer et que l’on entend beaucoup dans les médias et conférences liant Science et Religion[s]).

    Quant à Fleury, je pense qu’il faut distinguer deux parties : la première étant effectivement sa téléologie, qui semble être plus platonicienne qu’autre chose, au moins de ce qu’il dit publiquement, qui est une option philosophique comme une autre, la deuxième étant une théorie que l’on pourrait aisément croire être scientifique vu son statut, et qui manque cruellement de support expérimental pour qu’elle puisse prétendre à ce qualificatif. Il est amusant (et l’adjectif est soigneusement choisi) de voir comment il essaie de soutenir son point de vue et ce que ça entraîne comme conséquences dans sa façon de travailler. Ce qui n’empêche pas Jean Staune de se servir de la dite théorie comme élément unificateur de tout et du reste.

    Une remarque au sujet du commentaire de Thierry (28.08.08 12:24) :
    Je ne sais pas en quoi Darwin est impliqué avec l’inégalité du bagage génétique individuel, si ce n’est qu’il a fait le constat que les sélections, artificielle ou plus généralement naturelle, privilégient certaines combinaisons géniques au niveau des populations, ce qui aboutit à la spéciation. Il y a peut-être un passage dans ses écrits qui considère des cas individuels, mais pour l’instant il m’échappe.

    Dans notre pratique, nous essayons de compenser pour ces inégalités de fait, par tous les moyens dont on dispose; accès pour les handicapés, scolarité particulière, traitements médicaux, lunettes, prothèses diverses, etc., autant de moyens pour égaliser plus que les droits, le potentiel d’action.
    Pour certains l’effort semble disproportionné, j’ai la faiblesse d’y voir un des indicateurs de base de la civilisation et de la volonté de contrôler le naturel : ne pas subir notre héritage (génétique à l’occurrence) mais faire en sorte qu’il ne soit pas un obstacle (au moins pas majeur) à la réalisation de nos objectifs.
    Sans oublier nos velléités de ne pas laisser la sélection naturelle mener la danse de l’évolution biologique.

  11. @ Schizodoxe

    Autant j’accepte la première remarque que vous me faites, autant je ne comprends pas la deuxième. La liberté dont je parle n’implique pas l’absence de légalité, ni de morale (en tant que légalité subjective, interne) . Il ne s’agit pas d’un “libertarisme” hyperbolique, d’une anarchie libertaire mais, plutôt que le droit ne dise que chacun doit être l’égal de l’autre (ce qui revient à mon avis, à écrêter tout ce qui dépasse), qu’il dise qu’il garantie le maximum de liberté pour chacun dans la mesure du possible. Et qu’on arrête de prendre pour idéal universel des notions comme l’égalité qui n’existe que dans le ciel des idées platonicien. La vie ne cesse d’être à tous les points de vue, qu’une affaire de sélection (y compris naturelle, mais aussi sociale, au travail, en amour, etc), de discrimination, c’est-à-dire d’inégalité et de différence et on ne cesse de tenter de se convaincre, dans un discours idéal, que tout doit tendre vers la sainte égalité. L’handicapé est pénalisé à la base pour trouver un emploi par rapport au valide; soit, qu’on lui garantisse des droits qui lui permettront d’accéder au travail mais au nom de la liberté qu’il a d’accéder à un travail et non au nom d’un droit compensateur par rapport aux valides. En pratique cela reste surement la même chose, en théorie cela n’oppose pas une partie de la population à une autre, cela ne crée pas de concurrence victimaire et de communautarisme. Au nom de l’égalité, certains pourraient toujours demander pourquoi un handicapé a plus de droits qu’eux-mêmes, qu’est ce qui justifie cette inégalité. Au nom de la liberté de chacun, cette question n’est plus envisageable.

  12. @ Oldcola

    Darwin n’est qu’un emblème, la figure de proue de la nature dans le débat nature/culture. Reconnaître Darwin, c’est donner des points à la nature alors que depuis longtemps maintement (depuis Locke et sa tabula rasa?), on essaie de se convaincre que l’être humain serait un être purement culturel. Cela n’a que peu à voir avec les détails “techniques” de la sélection naturelle.

  13. Ah, mais, Thierry, l’égalité de droit est une égalité de droit, pas de fait. Il faut que l’handicapé est le même droit que les autres à faire ceci ou cela, mais ce droit, il n’a pas nécessairement la possibilité de l’exercer de fait.

    On a le droit de faire du sport en ayant 80 lingots d’or dans un sac à dos, mais, personnellement, même si j’ai ce droit, de fait, j’aurais du mal à courir longtemps (ou même à soulever ce poids) et absolument pas les moyens financiers de remplir le sac.

    C’est justement quand on commence à prendre en compte les inégalités de fait dans le droit que l’on tombe dans une infinie casuistique et que l’on finit par confondre les choses.

    Cependant, en disant que l’égalité face droit et une égalité de droit et non de fait, je prends en compte les accommodements nécessaires à l’égard du réel, mais rompre avec l’idée essentielle (le modèle théorique reste, pour moi, celui de l’Ancien Régime — mais je relis Montesquieu en ce moment… alors, je suis partial :) )

  14. Salut,
    le commentaire de Thierry m’avait échappé, désolé.

    Je comprends (je pense) bien cette distinction nature/culture, mais je ne l’accepte point :-)
    De façon générale je ne vois l’artificiel qu’en sous-ensemble du naturel. Et mon intérêt pour les mèmes et la mémétique (ce que l’on appellerait culture) en association avec les gènes et la génétique (ce que l’on appellerait nature) fait que j’ai de plus en plus de mal à les considérer indépendamment, dans le cadre d’une discussion au sujet d’H. sapiens en tout cas.

  15. [...] en être faite et ses vecteurs potentiels au cÅ“ur de la société occidentale. Il y a donc moins une menace créationniste qu’il est de bon ton de dénoncer qu’une faiblesse voulu de ce qui peut lui être [...]

  16. Je ne sais plus qui disait que l’homme était naturellement culturel.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <blockquote cite=""> <code> <em> <strong>