Angélina Jolie, Ayn Rand, le cinéma fasciste et l’US Army

27 août, 2008

Kulchur | SDXLab | Le coffre à Picsou

angelinajolieWanted est, sans doute, un film médiocre et il y a fort peu de chance que j’aille le voir, bien qu’il soit dit que c’est un film « ultra-violent » au scénario simpliste, ce qui pourrait tout de même me tenter un jour de déprime (la catharsis, il n’y a que ça de vrai !), s’il n’y a rien d’autre à avoir, à me détendre au cinéma qui est à cinq minutes à pied de chez moi, et où j’ai un abonnement.

L’auteur du blog La lettre volée (beau nom pour un si triste blog) dit qu’il y a dans ce film « de vrais morceaux de fascisme dedans » — je n’ose imaginer ce qu’il dira en voyant Tropa de Elite :) — et il enchaîne en écrivant ceci :

Après coup, j’ai lu qu’Angélina Jolie, l’une des tueuses du film, est passionnée par la philosophie ultra-individualiste d’Ayn Rand. Pas étonnant dans un film qui a l’air tourné par l’armée américaine pour favoriser ses recrutements…

Voilà, je n’ai rien à dire de plus tant c’est… comment dire ça poliment ? Ah oui : tant c’est surprenant.

Source : La lettre volée.


Il y a 21 commentaires pour “Angélina Jolie, Ayn Rand, le cinéma fasciste et l’US Army”

  1. edgar

    Triste ? Comme vous voulez…

    Le lien Ayn Rand / embrigadement n’est certes pas direct, mais l’idéologie d’un capitalisme exaltant le chef d’entreprise en héros créateur est bien présente chez les néocons.

    Voilà.

    Bien à vous, je retourne dans ma piscine ; mon maillot fait des gouttes sur le tapis.

  2. Dalhia

    Et Starship Troopers c’est fasciste ?

  3. Tokk

    Tu as un abonnement au lutétia ou au multiplexe ?

  4. Dalhia

    D’ailleurs, le réal Timur Bekmambetov, russe au passage, est l’auteur de Nightwatch et Daywatch. Si quelqu’un a compris le scénar de ces films qu’il me contacte…
    Hum dans sa filmo ya aussi The Arena, alias Gladiatrix, ça j’ai super envie de le voir, fasciste ou pas !!

  5. Schizodoxe

    A Tokk :

    Tu as un abonnement au lutétia ou au multiplexe ?

    UGC.

    A Edgar :

    Le lien Ayn Rand / embrigadement n’est certes pas direct,

    Pas direct, c’est le moins qu’on puisse dire…

    Certes, les randiens ont parfois des comportements sectaires entre eux, se considérant comme les seuls vrais libertariens, mais cela ne se traduit pas politiquement (1. parce qu’ils sont trop peu nombreux, 2. parce que c’est impensable intellectuellement pour eux).

    …mais l’idéologie d’un capitalisme exaltant le chef d’entreprise en héros créateur est bien présente chez les néocons.

    L’exaltation de l’inventeur, de l’architecte, du self-made-man, oui, est chez Rand ainsi que chez pas mal d’autres gens aux Etats-Unis — ou même en France — mais cela n’a pas forcément de rapport avec le concept de chef d’entreprise (surtout au sens français, type MEDEF, c’est-à-dire cadre de kolkhoze), ni avec les neocons, bien que beaucoup d’entre eux venant de l’extrême-gauche et étant d’origine juive se réfèrent plus facilement à elle qu’à d’autres penseurs trop paleocons pour eux.

    Mais pour en revenir à votre commentaire initial :

    Après coup, j’ai lu qu’Angélina Jolie, l’une des tueuses du film, est passionnée par la philosophie ultra-individualiste d’Ayn Rand. Pas étonnant dans un film qui a l’air tourné par l’armée américaine pour favoriser ses recrutements…

    Il faudra que vous m’expliquiez comment on passe de l’ultra-individualisme randien, qui tend tellement vers l’athéisme, le matérialisme, l’égoïsme (une vertu pour elle), jusqu’à des degrés où ça en devient pénible et le recrutement dans l’armée des E.-U. ; je serai curieux de le savoir.

    De même, je voudrais bien savoir ce que sont de « vrais morceaux de fascisme » dans un film. Le dernier en date que j’ai vu attaqué sur ce point était Tropa de Elite et j’ai eu beau le regarder plusieurs fois, je n’y ai rien vu de tel…

    Bien à vous, je retourne dans ma piscine ; mon maillot fait des gouttes sur le tapis.

    Bah, la bonne nettoiera, vous ne la payez pas pour rien, tout de même ? :D

  6. edgar

    :-)

  7. el topo

    Le problème réside dans la définition même du mot fascisme. En effet un ultra-individualisme à la Rand ne peut constituer à lui seul un brevet de fascisme et peut même paraitre antinomique avec ce dernier qui repose sur un embrigadement poussé.

    http://americanparano.blog.fr/2008/04/06/l-amerique-qu-on-n-aime-plus-4002092#comments

    Sauf qu’une chose poussée à son extrême peut aboutir à son contraire. Je m’explique : le surhomme en s’extrayant de la condition commune obtient le droit de régner sur la masse et de la traiter arbitrairement. Mais pour cela, une 2° étape doit être franchie : lui et ses semblables doivent créer une organisation hiérarchique pour exercer de manière effective cette domination. D’où fin de l’individualisme. 3° étape : cette organisation doit s’emparer de l’Etat et même devenir l’Etat. Mais si l’on s’en tient à cela, on aboutit à une société très hiérarchique, type Sparte, qui ne peut évidemment pas être qualifié de fasciste sous peine d’anachronisme (il est par contre remarquable que les fascistes se réclament eux des sociétés hiérarchiques traditionnelles). Donc, 4° étape : les masses elle-mêmes sont embrigadées. Je pense donc que le « sous-nietzschéisme » de Rand (ou du moins le peu que j’en connais) ne peut être qualifié de fascisme puisque sa « pensée » n’en reste qu’à la 1° étape.

    Maintenant concernant le film (que je n’ai pas vu), le propos peut davantage sembler se rapprocher du fascisme puisque le protagoniste est extirpé de la masse pour être intégré à une organisation élitiste. Mais il manque la 3° étape.

    De nos jours le mot fascisme est employé de façon trop extensive, au point qu’un policier coupable d’un simple abus de pouvoir sera qualifié de fasciste. Aussi me permettrai-je de dire à Edgar (dont je lis le blog souvent avec intérêt) qu’il est dommage qu’il soit tombé dans le piège : élitisme sectaire eut été plus approprié.

    (c’était la minute du coupeur de cheveux en quatre)

  8. Schizodoxe

    c’était la minute du coupeur de cheveux en quatre

    Ou du lecteur de L’Esprit des lois

    Sans modération, les républiques aristocratiques deviennent des despotismes, nous dit, en effet, Montesquieu.

    Je suis toujours content de voir que la pensée classique bouge encore :)

  9. edgar

    Oui, mais « Wanted, un film avec de vrais morceaux d’élitisme sectaire dedans », ça l’fait moins comme on dit…

    On paut appeler fascisme une philosophie qui pousse à tuer sans réfléchir quiconque sort de la norme. Certes, c’est rapide, mais dans le cas précis de « wanted », ça me paraît convenir.

    Même si je déteste l’Union européenne, je ne me suis jamais laissé aller à qualifier cette organisation de fasciste. Ce n’est donc pas un qualificatif que j’emploie à tout bout de champ…

    Par ailleurs, on peut mal lire des gens très bien. Je suis un grand fan de Léo Strauss, je doute fort qu’il aurait approuvé la philosophie des néocons, qui pourtant se réclament parfois de lui…

  10. Polydamas

    On paut appeler fascisme une philosophie qui pousse à tuer sans réfléchir quiconque sort de la norme.

    Evidemment, si on n’est pas d’accord sur les concepts et sur les mots, on risque pas d’aller très loin. Sachant que je me demande bien dans quelle mesure le fascisme a plus tué que ses frangins que furent nazisme et communisme qui pourraient rentrer exactement dans cette définition.

  11. T.

    Ce n’est pas « ne pas être d’accord sur les mots », c’est en l’occurence leur donner un sens qu’ils n’ont pas…

  12. Enoch

    Evidemment, si on n’est pas d’accord sur les concepts et sur les mots, on risque pas d’aller très loin

    C’est bien le problème de l’esprit moderne, ou toute distinction, nuance et degré de différentiation est impossible. Les Anglo-Saxons considère avoir vaincu le Fascisme en écrasant l’Allemagne durant la seconde guerre mondiale. Certes, les fascistes et les nazis avaient de nombreux point en commun, mais cette confusion des termes à permis dans les années 60 de qualifier de toute personne se dressant en travers de l’esprit contestataire de l’époque de « fasciste ». A partir de là, ce fut la porte ouverte à tout, tel dictateur réactionnaire etait donc traité de fasciste et « par conséquent » automatiquement soupçonné avoir des sympathies Nazies etc…

    En embrumant les esprits, on les empêche de procéder à un jugement approprié, on parvient donc à une confusion absolue du vocabulaire, des idées et des faits et dans laquelle, l’homme ayant besoin de repère, celui ci plutôt que de se fier à son propre jugement va s’en remettre à la « sagesse de la foule » elle même mené par des idéologues conscients ou pas du rôle qu’ils jouent (The Fool leading the Blind).
    Ces dernières années ont donc vu un accroissement phénoménale d’actes ne visant qu’a satisfaire un besoin ou désir immédiat et d’idées politiques les justifiant, l’appui de la technique a de surcroît permis de supprimer les consequences douloureuses de comportement irrésponsable : l’avortement permet à tous de coucher avec tous sans risque pour personnes (le foetus ne rentre pas dans l’équation), le divorce n’est plus qu’une formalité, on choisit d’adopter des enfants comme on choisit d’avoir un animal de compagnie (Angelina Jolie la première d’ailleurs) et j’en passe et des meilleures…
    En parallèle à cela toutes personnes ne cadrant pas avec ce style de vie est considéré comme « fasciste » : Le père indigne qui corrige sa fille adolescente délinquante, le pape trop irrespectueux des droits de la femme (même que Pie XII etait copain avec Hitler), le simple politique qui rappelle que l’Europe n’a pas la capacité à acceuillir tous les misèreux de la planète…

    Il est intéressant de voir qu’une simple observation de l’histoire risquerait de mettre cette vision en déroute, ce sont des aristocrates cathos et probablement un peu réacs (des fachos quoi…) qui ont attentés à la vie d’Hitler, qu’à cela ne tienne, on pourra probablement s’attendre à une adaptation cinématographique (avec Tom Cruise) où rien de la vérité historique ne pourra transparaître. Rien ne doit se mettre en travers de l’époque.

  13. Schizodoxe

    A Edgar :

    Oui, mais “Wanted, un film avec de vrais morceaux d’élitisme sectaire dedans”, ça l’fait moins comme on dit…

    On paut appeler fascisme une philosophie qui pousse à tuer sans réfléchir quiconque sort de la norme. Certes, c’est rapide, mais dans le cas précis de “wanted”, ça me paraît convenir.

    Même si je déteste l’Union européenne, je ne me suis jamais laissé aller à qualifier cette organisation de fasciste. Ce n’est donc pas un qualificatif que j’emploie à tout bout de champ…

    Par ailleurs, on peut mal lire des gens très bien. Je suis un grand fan de Léo Strauss, je doute fort qu’il aurait approuvé la philosophie des néocons, qui pourtant se réclament parfois de lui…

    Un fan de Leo Strauss :)

    Après l’évocation indirecte de Montesquieu, ce fil de commentaires est en voie de devenir un monument ouebistique modeste, mais néanmoins dressé fièrement à la gloire de la survivance de la pensée classique.

    Cela est bel et bon, mais n’est-ce pas tomber dans quelque chose d’approchant ce que ce vénérable auteur a dénoncé en parlant de reductio ad Hitlerum que d’appeler fascisme ce qui ne l’est pas uniquement parce qu’on veut le discréditer et marquer sa distance ?

    Après tout, contre Rand, il y a Rothbard, c’est plus marrant…

    Pour ce qui est des neocons, ma foi, ils ont les défauts de ce qu’ils sont : des progressistes ayant des intérêts communs et la rhétorique des conservateurs, sans en avoir ni la formation, ni les convictions, ni les motivations. La lettre du conservatisme sans son esprit, en somme ; or, comme disait s. Paul : la lettre tue, l’esprit vivifie.

  14. Schizodoxe

    A Enoch :

    Il est intéressant de voir qu’une simple observation de l’histoire risquerait de mettre cette vision en déroute, ce sont des aristocrates cathos et probablement un peu réacs (des fachos quoi…) qui ont attentés à la vie d’Hitler, qu’à cela ne tienne, on pourra probablement s’attendre à une adaptation cinématographique (avec Tom Cruise) où rien de la vérité historique ne pourra transparaître. Rien ne doit se mettre en travers de l’époque.

    Luke Skyron Hubbard abattant le TIE fighter du Dark Führer, sur grand écran, ça aurait de la gueule, non ?

  15. Polydamas

    @ Dahlia:

    D’ailleurs, le réal Timur Bekmambetov, russe au passage, est l’auteur de Nightwatch et Daywatch. Si quelqu’un a compris le scénar de ces films qu’il me contacte…

    Vous voulez que je vous explique quoi ? C’est pourtant simple… :-D

  16. olyvier

    Pas triste la Lettre volée. Pensée, sans doute. Triste ? Bien sûr, si toute non participation à la fête occidentale est un aveu de tristesse, peut-être que la Lettre volée est triste…

    Mais je dirais vraiment que c’est un blog où l’on prend le risque de penser, et j’aurais presque envie de vous suggérer de sortir de votre « gaité ».

  17. Schizodoxe

    Ce qui est triste c’est d’emmener un enfant voir un film médiocre et violent, que l’on sait, par avance, trouver méprisable et dont il faut bien supposer — pour peu que l’on accorde la moindre importance à l’éducation — qu’il n’améliorera pas ni le goût ni la moralité de celui que l’on emmène au cinéma comme Abraham Isaac sur quelque mont, mais avec moins d’espoir et moins d’excuses.

    Si je devais prêter un sens à cette « fête occidentale » dont vous parlez, ce serait celui-ci : la jubilation dans l’erreur, la complaisance dans le remord, la joie dans la critique. Je n’y ai réagi que parce que je ne voyais pas ce que venait faire là une attaque contre Ayn Rand, que l’allusion au fascisme était un peu ridicule et qu’il faut bien parfois s’amuser un peu avec ses frères en blogging.

    Vous m’imaginez gai ? Quelle idée ! C’est bien le dernier trait de caractère que l’on me prête en général. Vous faites de moi un participant à la fête occidentale ? Au sens que j’ai dit, je ne l’ai jamais été ; si, toutefois, on entend donner à cette idée un contenu plus haut, il faut alors convenir que si fête il y a, elle est finie. Là une servante à peine nubile verse en silence quelques larmes en ramassant les morceaux d’une jarre cassée par un convive pris de vin, un peu plus loin, adossés à un mur, indolent, un esclave, la tunique en désordre, a le sourire satisfait du chat domestique à qui l’on a concédé quelques caresses, partout ailleurs on s’affère, on range, on nettoie, on se fatigue pour que demain il ne paraisse plus rien de la nuit.

    Couchés, des hommes, encore dignes il y a quelques heures, ronflent bruyamment, certains les vêtements tâchés de vin, d’autres, souillés de leur propre vomissure ou de choses moins avouables encore ; un peu plus loin, quelques amis poursuivent les discussions de la nuit et passent de la philosophie à la science, regardent les étoiles, écoutent le bruit du vent dans les lauriers, celui des grillons dans les vignes et — plus lointain — le murmure de la mer puis, voyant les premières lueurs du jour et sentant la fraîcheur du matin dissiper les derniers relents d’une nuit lamentable et ordinaire, se quittent, tristement, non sans se donner rendez-vous quelques heures plus tard sur la place du marché ou chez l’un d’entre eux, tout en se disant, presque joyeusement, qu’il faudra bien en finir, un jour, d’une façon ou d’une autre avec ceux qui dorment encore et qui tiennent si mal le vin.

    Peut-être alors, à ce moment-là, sont-ils gais ? Sans doute. Eh bien ! si je dois l’être, puisque vous voulez que je le sois, je le suis de la même gaîté.

  18. Dalhia

    Bon personne pour essayer de m’expliquer NightWatch au lieu de se traiter de nazi ?

  19. olyvier

    Quelle réponse sotte (et prétentieuse) vous me faites ! Vous n’entendez rien que votre discours. Je n’insiste pas.

  20. Schizodoxe

    Olyvier :

    Quelle réponse sotte (et prétentieuse) vous me faites ! Vous n’entendez rien que votre discours. Je n’insiste pas.

    Je suis bien d’accord avec vous, il esquive vos arguments et refuse de répondre en bottant en touche et en posant la question du scénario de NightWatch dont il n’est nullement question ici. C’est lamentable…

    Quel sot prétentieux que ce Dalhia ! Vous avez bien raison de ne pas insister.

  21. Pan

    Les Randiens sont des gens un peu à la masse, matérialistes et finalement souvent égoïste au sens péjoratif du terme. Mais bon, Rand a eu le mérite, à défaut de proposer une alternative morale valable, de formuler une critique valable de la sociale démocratie. Et surtout, une critique populaire.

    Rendons à Cesar…

    Quant au vieux Murray, en dépit des 2 ou 3 bêtises qu’il a écrites au milieu de son oeuvre, c’était un être brillant et profond dont l’esprit planait loin au-dessus des fanfaronneries superficielles de Rand.

est la porte. Schizodoxe est la clef et le gardien de la porte. Le passé, le présent, le futur, tous sont un en Schizodoxe…
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