Cogito ergo aware
A la question de la possibilité de la conscience d’un insecte ou d’une machine, il n’est possible de répondre que par une réflexion scientifique et philosophique poussée. Cependant, nous avons tous en nous une intuition concernant la présence ou non d’une conscience au sein d’une entité quelconque. Dans le vocabulaire propre de la philosophie de l’esprit, cela s’appelle “l’intuition du phénomène de la conscience” (intuitions about phenomenal consciousness). Ainsi commence un fascinant article de Joshua Knobe publié le 24 juin de cette année par Scientific American.

Cet article aborde le problème de la conscience des entités abstraites et des machines à partir de la philosophie expérimentale, c’est-à-dire une philosophie dont la démarche et la méthode se fondent sur des données empiriques provenant de témoignages multiples et non d’une démarche systématique partant de l’expérience immédiate du philosophe, dont le cogito ergo sum (”je pense, je suis”) de Descartes est la plus belle illustration.
Le choix philosophique étudié ici s’appuie donc sur les façons dont les gens réagissent face à trois entités abstraites en leur prêtant ou non une conscience ; il s’agit :
- des entreprises,
- des robots,
- de Dieu.
L’animal est donc laissé de côté, sans doute parce qu’il est jugé trop proche de nous.
Jesse Prinz de l’université Chaptel-Hill de Caroline du Nord a ainsi donné comme élément de réflexion à un panel de personne — pour prendre un exemple très geekien — les énoncés suivants : “Microsoft avait adopté une nouvelle stratégie de vente” (ne plus vendre des OS qui ne marchent pas ?) ou “Google était l’un de ses principaux concurrents”, puis il a étudié la façon dont les gens ont réagi à ces deux énoncés.
En fait, les gens semblent adopter deux attitudes différentes suivant la forme de l’énoncé. Certains énoncés évoquant une intention commerciale font que l’on tend à prêter à l’entreprise une forme de psychologie alors que les énoncés évoquant, précisément et directement, des traits psychologiques (qu’une entreprise est déprimée ou joyeuse, par exemple) ne semblent pas, à l’inverse et paradoxalement, paraître admissibles par le panel.
En somme, l’intention, c’est-à-dire un phénomène donne donc l’impression d’avoir une psychologie, alors que l’attribution arbitraire d’une psychologie n’entraîne rien de tel. Cela n’est nullement surprenant, on pense à partir de ce dont on fait l’expérience et on ne fait l’expérience que des phénomènes. Mais concernant les entreprises, aucun phénomène ne semble suffisant — sans doute parce qu’impossible par définition — pour créer l’impression qu’elles ont une conscience. D’où le questionnement de Justin Sytsma, Edouard Machery et Larry Huebner (les deux premiers de l’université de Pittsburgh, le dernier de Chaptel-Hill) : ne faut-il pas que ce à quoi on prête une conscience ait un corps ?
Dans un premier temps, il ne semble pas y avoir de différences dans la perception que l’on a de ce robot ou d’une entreprise. Le corps ne semble rien faire à l’affaire. Mais cela ne me persuade guère, car, précisément, la présence d’un corps visiblement mécanique rappelle à l’observateur la nature mécanique de l’objet étudié et le poids culturel du dualisme foncier qui fait de l’homme (ou du vivant en général) l’unique détenteur de quelque chose comme l’âme, fait qu’en fin de compte, il gène plus qu’il n’aide à avoir l’intuition d’une conscience, quels que soient les phénomènes jugés (ce corps agit comme une sorte de contre-phénomène).
D’ailleurs, l’étude montre bien que plus le corps du robot semble humain (moins il joue le rôle d’un phénomène inverse, donc), plus l’intuition de la conscience est intense et fréquente au sein du panel.
Ensuite, l’idée de chercher à prêter une conscience à une entité absolument abstraite telle que Dieu, comme l’ont eu Heather Gray, Kurt Gray et Daniel Wegner d’Harvard, me semble être plus une aporie qu’autre chose. Tout d’abord, pour des raisons théologiques : il faut avoir la foi du charbonnier pour imaginer que Dieu ait une conscience. Il faut être comme le Pascal du Mémorial et croire au :
Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob,
non des philosophes et des savants.
C’est pour cela que le résultat ne me semble pas pertinent à la base (bien qu’il soit nécessaire de rappeler que cette enquête a été menée en milieu protestant où l’anthropomorphisation de Dieu est souvent très forte — dans le monde catholique, seuls la Vierge, les Saints et, bien sûr, Jésus qui est Dieu, certes — mais Dieu en la personne du Christ incarné — ont une “conscience” analogue à celle de l’homme). Cependant, voir que l’on prête à Dieu les mêmes attributs qu’à Google ne manque pas de piquant…
Je considère néanmoins ces études comme particulièrement intéressantes. J’ai, en effet, ici, souvent défendu l’idée que juger de la possible “réalité” de la conscience ou de l’intelligence d’une machine n’était pas l’essentiel et qu’il fallait s’arrêter à l’indiscernabilité des phénomènes associé à la conscience et à l’intelligence (cf. la série d’article sur Paul Ziff). D’où le lien indissociable que je fais entre la question de l’intelligence artificielle et celle de la souffrance animale.
Source : Scientific American.
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27 août 2008 à 11:49Si vous me permettez une réflexion: ce n’est pas parce que certaines personnes ou l’immense majorité d’entre elles pensent “subjectivement” qu’une chose ou un animal a une conscience que cette chose ou cet animal en ont objectivement une.
Vous avez en effet souvent défendu l’idée que juger de la possible “réalité” de la conscience ou de l’intelligence d’une machine n’était pas l’essentiel et qu’il fallait s’arrêter à l’indiscernabilité des phénomènes associé à la conscience et à l’intelligence.
Je pense que si lexpérience et une démarche casuisitique est nécessaire il faut en faire la synthèse et rehcerhcer à définir ce qu’est la consicence et si elle existe tout simplement. Sinon on reste dans le subjectif.
27 août 2008 à 11:53J’ajouetrai qu’il me semble que l’expérience consuite par les chercheurs américains ne cherche pas à définir ici la consicence mais iniquent uniqument que l’homme a l’impression qu’une chose à une conscience dès lors qu’elle agit ou donne l’impression d’agir avec une “volonté”.
c’est pour cela que je pense que vous allez un peu vite en disant; “philosophie expérimentale, c’est-à-dire une philosophie dont la démarche et la méthode se fondent sur des données empiriques provenant de témoignages multiples et non d’une démarche systématique partant de l’expérience immédiate du philosophe, dont le cogito ergo sum (”je pense, je suis”) de Descartes est la plus belle illustration.”
Je crois que la science est une démarche systématique et expérimentale cherchant à définir une règle générale qui est ensuite remise en cause par l’expérience. Ici on ne passe par par lexpérience de la synthèse et l’énoncé d’une régle générale décrivant le “réel”.
Bien à vous
28 août 2008 à 19:58Je vois de la science là où il y a un savoir rationnel. L’expérience n’est pas nécessaire. Elle est même souvent trompeuse. Mais c’est une vision sans doute très personnelle.
29 août 2008 à 9:50Vous avez raison. Je ne crois pas qu’en disant que la sciences est là où il y a un savoir rationnel on puisse distinguer la connaissance découlant de la science des extrapolations rationnelles philophiques.
Je ne suis pas un spécialiste de descartes mais je rois que ça sciences était fuasse mais très rationnelle et qu’elle était fuasse uniquement parce qu’il ne suivait pas une démarche scientifique: expérience, synthèse et expérience.
J’ai lu querlques ouvrages de Karl Popper et c’est pour cela que je me permet d’intervenir.
Bien à vous
29 août 2008 à 17:37Réduire la démarche scientifique à la nécessité de l’expérience a deux conséquences qui me semblent absurdes : 1. cela suppose que l’expérience prouve quelque chose d’autre qu’elle-même, ce qui n’est pas le cas. L’expérience n’est rien de plus que la victoire a un jeu dont on définit toutes les règles. Partant de là, l’expérience n’est guère que plus que l’exemplum médiéval ; 2. cela exclut de la science… à peu près toutes les sciences. N’est donc plus que science une pratique de laboratoire qui dit qu’un événement se produit quand on a réuni, toutes choses égales par ailleurs, un certain nombre d’éléments définis arbitrairement.
De plus concrête en apparence, une science qui serait nécessairement expérimentale finit pas n’être qu’un pur jeu de manipulation.
1 septembre 2008 à 17:07Euh…. j’aurai envie de vous répondre non.
Tout d’abord à livnerse: un démarche intelelctuelle qui éviterai de se confronter au réel ne serait pas une science. Je reviens sur l’exemple de descartes.
Ensuite j’essaye de comprendre ce que vous dites. lexpérrience est’est pas tant la victoire d’un jeu dont ond éfinit les règles soit même que la vérification que les règles que l’on a définies sont vraies. L’expérience c’est le test.
J’ai bien conscience que ma définition fait sortir tous les travaux mathématiques sur l’espace en dehors de la science. Mais quelque chose me dit que ma définition est plus jsute que la votre puisqu’elle correspond à la démarche de newton et de galilée alors que votre explication - trop large- parmet d’inclure Descartes.
Dans votre texte, des chercheurs ont montré non pas ce qu’était la conscience mais comment se crée la perception d’une conscience chez lêtre humain. Ce qui ne veut pas dire que cette perception soit jsute et qu’une conscience existe vraiment.
je ne sais pas si tout est expérimentable ni si tout est analysable scientifiquement ou si des concepts, des idées purement philosophiques et imaginaires ne sont pas appréhensables scientifiquement.
Quoiuq’il en soit j’avais l’impression que l’enthousiamse vous avait fait faire une faute de raisonnement.
bein à vous.
2 septembre 2008 à 10:56Vous avez une vision a posteriori de l’histoire des sciences, une vision qui part d’un état pur et parfait (ou qui tend à l’être) et dont il existe de précurseurs, des annonciateurs, etc. dans le passé. Vous n’y voyez pas Descartes, mais vous y mettez Galilée et Newton, très bien, mais c’est une reconstruction&nbso;: Galilée avait tort — et Bellarmin raison (cf. Duhem, rien de mieux depuis) — et l’essentiel de la science de Newton avait une finalité qui nous est étrangère.
Si vous tenez à l’expérience, pourquoi ne pas partir de Bacon et inclure Vico ? Ce serait historiquement plus logique et cohérent, mais, rétrospectivement gênant.
(J’ai fait un long commentaire ici pour m’expliquer sur ma façon de voir l’expérience. Disons que je tiens à faire une distinction nette entre la confrontation au réel — le fait de rendre compte des phénomènes — et la pratique expérimentale.)