Loin des yeux, loin du cœur ?

Les traumatismes liés à la guerre ne sont pas nécessairement causés par la première confrontation d’un homme aux horreurs qui lui sont inhérentes. Certains tiennent le coup très longtemps puis s’écroulent, d’autres ne s’écroulent qu’après les combats. Le lien de causalité qui va de la guerre au traumatisme de guerre est extrêmement complexe d’autant qu’il y a, en parallèle, l’usage de drogue (y compris dans un cadre purement militaire) ou que la guerre peut ne faire que révéler un traumatisme antérieur.



De plus en plus de soldats participent à des combats au travers d’interface qui évoque les jeux vidéo. L’usage des drones — des predators — est l’exemple le plus frappant. Ceux qui les dirigent n’ont, à l’ennemi, au mieux qu’un contact vidéo.

Un tel homme, depuis son bureau climatisé de Californie, peut-il être traumatisé par la guerre d’Irak ? La réponse semble être affirmative. Aussi pessimiste soit-on sur la nature humaine, l’homme ne tue pas son prochain sans tuer quelque chose en lui.

Un pilote de chasse qui largue une bombe ne voit rien. Il va trop vite, il doit sauver sa peau, il a déjà manÅ“uvré pour esquiver, il a d’autres choses à faire que de regarder l’explosion, et de toute façon, à cette distance… Mais l’opérateur d’un pedator voit tout. La manÅ“uvre d’esquive ne lui prend guère de temps et, de toute façon, ce n’est pas sa vie qu’il risque, alors, il regarde, par la caméra de son drone, sur un immense écran, en haute définition (pas assez pour discerner les visages, heureusement), des hommes qui ne savent pas qu’ils vont mourir, un chien qui passe, un enfant sortir de derrière le coin d’un mur et qu’il n’avait pas vu, puis l’impact, l’explosion, les corps qui brûlent, certains qui essayent de se traîner.


Alors, si c’est l’heure, il rentre chez lui, il redevient comme un civil dans un pays en paix, il boit une bière, va voir un match de baseball avec son fils, discute avec sa femme de qui ils inviteront au barbecue de samedi. Et le lendemain, il se lève, boit son café, entre dans son bureau, peut-être y-a-t-il une photo de sa famille, peut-être la place-t-il la face tournée vers le mur pour ne plus croiser le regard de sa femme, de ses enfants, de ses parents, et il s’assoit devant ses écrans. Et tout recommence.

Douter de l’impact moral d’une telle activité me semble difficilement possible. Ce n’est pas assez pour créer des traumatismes, certainement, mais c’est trop pour vivre en paix et sans la conscience de faire quelque chose de juste et de nécessaire, tout s’écroulerait, pour ces étranges guerriers.

Source : NBC.


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4 commentaires pour “ Loin des yeux, loin du cÅ“ur ? ”

  1. Le pire c’est que ce n’est que le début. Le nombre de projets en cours et tous simplment énorme, tous les états majors s’équipent…
    Avec cette déhumanisation de la guerre j’ai bien peur que ca augmente les probailitées de conflit. En effet on ne perd pas d’hommes,Les soldats restent à la maison(pas de veuves epleurés pour réclamer la fin de la guerre). Bref c’est tout benef…

  2. Oui, mais l’infanterie reste et restera encore longtemps la reine du champ de bataille.

    Les guerres se gagnent à pied, pour faire une formule…

  3. Du coup toutes nos chères têtes blondes qui passent leurs après-midi à jouer à la console sont de futurs soldats en puissance. Dé-réalité de la violence, empathie atténuée, réflexes améliorés, à mettre sur le C.V. qu’ils enverront au sergent recruteur.
    Tiens ça me rappelle le scénario de Starfighter tout ça.

  4. Bien sur que l’infanterie restera la reine du chaamp de bataille, mais la je faisais plutot réference au domaine aérien. Je pense que les drones qui remplacerons l’infanterie c’est pas encore pour maintenant mais sa viendra.

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