La chasse aux albinos


Plutôt un noir papaloï aux mains teintes de sang et qui croit en ses dieux vivants qu’un pasteur moderniste, en redingote, qui réduit le Christ à un système solaire et explique rationnellement le mystère de l’Immaculée Conception.

William Seabrook, L’ÃŽle magique.
En Haïti, terre du Vaudou
, Paris, 1997 [1929], p. 75.

La religion est quelque chose de violent. Non pas au sens polémique et dépréciatif qu’usent les (pseudo-)athées militants, mais en ce qu’elle est humaine et que l’homme se retrouve, par sa naissance, jeté dans un monde plein de bruit et de fureur et où sa présence ne fait qu’ajouter au tumulte. La religion et le rite sont l’introduction du rythme dans ce bruit et d’un ordre dans cette fureur.

La sorcellerie n’est pas fondamentalement différente de la religion. En Afrique noire, principalement en Tanzanie, des sorciers commanditent le meurtre d’albinos, la mutilation de leur corps et le vol de certains de leurs organes. Ils les destinent à la confection de fétiches. Il faut songer, pour comprendre cela, à la place des reliques et à leur trafic dans le Moyen Âge chrétien, sauf que, bien sûr, nous ne tuions pas nos saints. Enfin, pas toujours et jamais dans ce but, mais toujours par erreur.

La remémoration des descriptions des corps de saints dépecés encore chaud, comme il en existe de contemporaines, ce dont Peter Greenaway a fait une sublime (s)cène dans The Baby of Mâcon, nous permettent d’éclaircir partiellement le but, en aucun cas d’excuser la méthode qui reste de l’ordre du meurtre.


Je dis éclairer partiellement, car la place du corps et par-là même de la relique, occupe une place radicalement différente en Afrique noire aujourd’hui. Cependant, je tenais à faire cet éclaircissement afin d’éviter de porter trop vite un jugement moral.

En incise, et à propos de cette notion de jugement moral, je rappelle que les athées militants, en jugeant moralement de la religion, se placent eux-mêmes sur le terrain de la croyance, et de la croyance en ce qu’elle a de plus vulgaire, celle qui se prend pour un fait.

Mais retournons à nos albinos africains. L’ostracisme dont ils sont victimes et la peur dans laquelle ils vivent, non seulement pour les raisons religieuse ou liées à la sorcellerie, évoquées ci-dessus, mais aussi à cause du racisme — on les accuse, à tort, d’avoir du sang blanc — a pour conséquence l’augmentation de leur nombre. En effet, le gène de l’albinisme est récessif, si les deux parents le sont, et c’est souvent le cas, puisque leur albinisme, ou plutôt l’attitude que l’on a à leur égard du fait de ce trait physique, les pousse à vivre à l’écart du reste de la société, l’enfant l’est nécessairement lui aussi (le cas des albinos d’Aicuña est exemplaire sur cet aspect génétique).

En somme, plus on mange de pygmées, moins il y en a, mais plus on tue d’albinos, plus ils sont nombreux…

Source : BBC.


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2 commentaires pour “ La chasse aux albinos ”

  1. Connaissez vous René Girard? Il explique bien le pourquoi du sacrifice.

  2. En effet, mais il ne s’agit pas, ici, de la même chose. Chez René Girard, le sacrifice est fondateur ou refondateur d’un ordre par la mise à mort collective d’un individu destiné à porter sur lui seul le part de mal de tous.

    Dans le cas précis, il s’agit de tuer pour s’emparer d’organes dans un but magique. Le tueur agit de façon discrète pour le compte d’un sorcier qui vend, sous le manteau, un objet dont l’acheteur ne se vantera pas. Ce n’est pas du tout un acte collectif à la René Girard.

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