Darwin was wrong
“Mon cher, espérons que ce ne soit pas vrai !” se serait exclamée, il y a 150 ans, l’épouse de l’évêque de Worcester, apprenant que les êtres humains pourraient descendre de grands singes. “Mais si c’est vrai, espérons que cela ne soit pas connu de tous ! Et la sociobiologie — mieux connue aujourd’hui comme “psychologie évolutionniste” — à , elle aussi, ses modernes femmes d’évêques.
Los Angeles Times, 20 juillet 2008.

L’article de David P. Barash paru fin juillet dans le Los Angeles Times, bien que très américain dans sa problématique, permet de comprendre bien des choses sur la situation du darwinisme en France. Son idée est de dire que si le darwinisme contemporain est refusé en bloc par presque toute la droite religieuse américaine (ce dont nous n’avons aucun équivalent notable en France), il n’est souvent accepté que nominalement par la gauche progressiste (progressisme auquel se rallie d’une façon ou d’une autre la quasi-totalité de la classe politique française).
Ce que l’auteur met en avant, c’est le refus venant des plus progressistes et des plus favorables à la science de tout un pan du darwinisme contemporain, à savoir la psychologie évolutionniste, laquelle est héritière de la sociobiologie, c’est-à -dire la réflexion à la possibilité d’explication darwinienne aux problèmes des animaux sociaux (les insectes eusociaux (comme les fourmis ou les termites) en premier — les insectes “communistes” comme les fourmis, pour reprendre l’angle d’approche de certains marxistes), puis des animaux en général dont l’homme ne peut être que difficilement exclu.
J’ai déjà abordé le problème au travers des personnalités de Gould et de Lewontin et de leurs méthodes pour discréditer (ou tout simplement intimider, y compris physiquement) Edward O. Wilson. La situation est différente aujourd’hui et la sociobiologie est très largement diffusée dans les milieux scientifiques, mais en dehors de quelques articles simplistes concernant quelques applications au domaine sexuel qui paraissent dans les revues féminines, c’est un grand silence qui a remplacé les dénonciations.
Certes, ces progressistes qui se méfient de l’application de la grille darwinienne à l’homme ont des raisons historiques de se méfier. Les grands programmes eugénistes (au moins les théories), les stérilisations forcées, voire l’euthanasie de la fin du XIXème siècle aux années 70 se sont réclamées de Darwin et, plus que cela, étaient du darwinisme ; du darwinisme mal compris, sans doute, pervertis, sûrement, mais du darwinisme tout de même. Mais ce furent justement les ancêtres idéologiques des progressistes actuels qui ont été à la pointe de ces dérives (l’essence du nazisme n’est pas, je crois, le darwinisme de Haeckel et je pense qu’il faut épargner au darwinisme même perverti la responsabilité de ce qui s’est passé en Allemagne à partir de 1941 et surtout de 1942). C’est au nom du progrès que l’on a agi ainsi et, dans les pays catholiques, ce n’est que là où il y avait des gouvernements violemment hostile à l’Eglise (certains pays d’Amérique latine, l’Espagne d’avant 1936) que l’eugénisme et l’euthanasie ont pu être pratiqués.
Cependant, un fait reste un fait et la certitude des faits passés ne doit pas occulter la vérité des découvertes scientifiques présentes. L’essentiel et de ne pas faire l’erreur du passé, laquelle a moins consisté à mal comprendre le darwinisme, qu’à fonder la politique sur la science. Je pense, concernant ce point, que Spencer avait tout à fait raison : il n’est nullement nécessaire de faire coïncider le droit et le fait.
Il découle de cela que, dans une certaine mesure, il est bon que ces progressistes se voilent la face sur les fondements naturels ou génétiques de certaines inégalités sociales, car en tant que bons Weltbesserer et do-gooder, ils ne manqueraient pas de traduire cela dans le droit sous la forme de discrimination positive de la même façon qu’ils ont traduit cela par des discriminations négatives de par le passé.
Ce n’est pas pour autant qu’il faille gêner chercheurs ou philosophe dans leurs réflexions concernant la lecture darwinienne de la vie sociale humaine. Or, si aux Etats-Unis, cela reste possible, ce n’est pas vraiment le cas en France (même Jean-François Kahn le dit !) et il est, ici, extrêmement difficile de défendre une position de ce type et cela devient même impossible si on inscrit cela dans la logique de la pensée classique. A ce titre, le livre de Larry Arnhart, Darwinian Conservatism, qui marie à merveille darwinisme et pensée aristotélicienne (y compris celle de la première et de la seconde scolastique), s’il était traduit, serait une véritable provocation et subirait la conspiration du silence ou un procès en sorcellerie, suivant que l’un ou l’autre profite à ceux qui en seraient les auteurs et les acteurs.
Une fois parvenu à ce point, je pense qu’il est juste de dire de ceux qui s’opposent à la sociobiologie, même sous la forme “magazine féminin” de la psychologie évolutionniste (même les gens sérieux lui donne ce ton), n’ont pas tort d’être prudents, mais que la nature humaine, et l’essence de la civilisation occidentale, pousse à la recherche du savoir, quoi qu’il en coûte. Nous sommes faustiens, rappelé-je ailleurs…
Source : Los Angeles Times.
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17 août 2008 à 9:39PS :
Il faudrait rendre obligatoire en première année de n’importe lequel des cursus scientifiques la lecture de ce livre :
Peut-être cela éviterait de lire certaines approximations (disons ça pour êtregentilsl) infiniment rabâchées.
12 novembre 2008 à 12:24[...] darwinisme, clef de voûte d’un certain vote pour Obama, pourrait donc être la pierre d’achoppement à laquelle chacun se heurte et les amoureux de la science ont peut-être troqué les prérogatives [...]