Emotions et machines

Le scénario de WALL-E n’a guère d’intérêt, j’en conviens. Il est si faible qu’on le croirait presque écrit par Al Gore. Mais ce film a tout de même une formidable qualité qui m’a fait l’aimer : les sentiments qu’expriment les machines et que l’on ressent pleinement. L’empathie avec la machine est l’aspect le plus troublant du film et non sa vision puérile de la pollution ou de l’évolution humaine.



C’est d’ailleurs de ce point de vue là que ce film aura peut-être le plus de conséquences. Certes l’image donnée des détritus qui s’entassent poussera peut-être les enfants à dénoncer leurs parents et celle de l’évolution a se répéter, comme un mantra, qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour et que les gros, c’est moche (mais qu’il ne faut pas le dire, parce que la gras-doublophobie est aussi un racisme et que, de toute façon, l’anorexie devrait être interdite), mais, surtout, ce que à quoi les enfants s’habituent s’est à des machines qui leur semblent éprouver des émotions et à les ressentir avec eux.

Cependant, deux chercheurs chinois Jianqiao Ge et Shihui Han (comme je regrette le système de l’EFEO !) de l’université de Pékin ont voulu savoir si l’on percevait les processus mentaux de la même façon quand il s’agit d’un humain identifié comme tel ou d’une machine identifiée comme telle (nous ne sommes dons pas dans le cadre de machines indiscernables de l’homme que j’ai abordé en différents endroits).

Pour ce faire, 28 étudiants ont été témoins de la résolution d’un problème logique simple par un humain puis par une machine. Il s’agissait pour l’”enquêteur” de déterminer la couleur du chapeau qu’il avait sur la tête ou la caméra (pour la machine) en sachant 1. que les chapeaux étaient soit rouges, soit bleus, 2. quel était le nombre total de chapeaux de chaque couleur. Il lui suffisait donc de regarder, de compter, puis de déterminer de quelle couleur était le chapeau manquant : c’était celui qu’il avait sur la tête.

L’étude du cerveau des témoins montre qu’il ne réagit pas de la même façon, suivant que c’est l’humain ou le robot qui mènent l’enquête. Il est beaucoup plus actif quand c’est un humain, il s’identifie à lui, en quelque sorte et en s’imaginant à sa place, il réfléchit comme lui.

Cette différence vient de ce que l’on reconnaît la machine et qu’on la différencie de l’humain. Si la machine imitait l’humain dans son apparence, il est probable que le témoin réagirait pareil que pour un humain, il se mettrait à sa place, il lui prêterait des pensées qu’elle n’aurait pas, il donnerait un sens humain à sa façon d’agir.

C’est pour cela que WALL-E n’a nul besoin d’être une puissante intelligence artificielle pour sembler si humaine. Pascal disait qu’à force de s’agenouiller, on acquérait la foi ; c’est à force de faire de touchantes mimiques que les machines se confondront à nous.

Source : Not Exactly Rocket Science.


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