La fosse aux Shoggoth | Kulchur | Chroniques | Lecture
The Lovecraft Lexicon
Si l’on devait résumer la conséquence première qu’a la philosophie de Lovecraft pour l’être humain, il faudrait parler d’indifférence cosmique : les choses vont selon les lois d’airain de la causalité et l’homme n’est qu’un rouage parmi les autres, plutôt plus infime et plus cironesque que les autres. Tout au plus peut-il s’élever à la compréhension de son état, ce qui ne peut guère que le plonger dans la tristesse et l’affliction. Plus de savoir, plus de malheur disait le Qohélet, l’un des livres de la Bible qu’appréciait le plus Lovecraft. L’athée qu’il était connaissait fort bien la King James Version, cette traduction anglaise de la Bible qui a formé la prose de tant d’auteurs différents (de Melville à Faulkner, par exemple) ; ah, si l’on pouvait en dira autant de ceux qui, aujourd’hui, font profession d’athéisme !
Mais si ce cosmos est indifférent aux hommes, comme Moby Dick l’est à la haine d’Ahab, Lovecraft n’en a décrit l’horreur que dans un petit coin de terre, la Nouvelle-Angleterre, qu’il a partiellement fantasmé (comme la région d’Oxford, MS, chez Faulkner avec le comté de Yoknapatawpha). On a parlé, en France, de « localisme cosmique » pour décrire cela ; c’est assez juste. C’est la raison pour laquelle je me suis procuré à la fois l’encyclopédie dont j’ai parlée ici et ce lexique.
The Encyclopedia of New England est là pour pour m’éclairer sur la Nouvelle-Angleterre réelle, The Lovecraft Lexicon, sur la Nouvelle-Angleterre rêvée, cauchemardée, par Lovecraft ; son Yoknapatawpha personnel, en somme.
Un tel lexique est particulièrement utile, car, pour les raisons que j’ai citées, lieux, événements et personnes reviennent et se répondent d’une l’histoire l’autre. Les mêmes noms, les mêmes familles, les mêmes hameaux oubliés — comme chez Faulkner — sont là, d’une histoire à l’autre.
Le lexique d’Anthony B. Pearsall, un Californien fou de Lovecraft est l’outil nécessaire et presque suffisant pour accompagner une lecture littéraire de Lovecraft (The Encyclopedia of New England est celui qu’il faut pour la remise en contexte historique). A l’exception de la poésie de Lovecraft (si belle, pourtant) et des collaborations posthumes ou non, l’auteur a référencé méticuleusement tout ce qui demande à être expliqué. Il pèche même plutôt par excès que par défaut et un lecteur un peu instruit trouvera trivial qu’il s’arrête sur certains points. En revanche, l’auteur a parfaitement raison de faire précéder les notices par un excellent résumé de la vie de Lovecraft qui prend en compte les derniers acquis de la recherche (notamment la biographie monumentale de Joshi).
Les seuls points faibles que je vois à ce livre — et ils sont loin d’être des arguments pour ne pas l’acquérir — sont 1. l’absence d’un index, 2. quelques erreurs factuelles (sans gravité) concernant des points liés, par exemple, à l’histoire d’éditions anciennes, 3. l’absence de références précises pour les passages cités, mais cela est inévitable, il n’y a pas aux Etats-Unis (contrairement à la France — merci Francis Lacassin et Robert Laffont) d’édition de référence.
Pour conclure en paraphrasant Lyautey : Tout lovecraftien doit lire ce livre.

















Laisser un commentaire