Mendel, son abbé et son jardin
“De quoi hérite-t-on et comment”, se demandait l’abbé Knapp depuis déjà bien longtemps. Gregor Mendel, un jeune moine revenant de l’université pour le calme de son monastère allait trouver la réponse grâce à son aide. Si je cite cet extrait du numéro des Génies de la science consacré à Mendel, dont j’ai parlé ailleurs, c’est pour montrer que quels que soient les lieux communs rabâchés et archirabâchés sur l’incompatibilité de toutes les religions avec la science, la vérité est autre, notamment en ce qui concerne l’Eglise catholique.

A propos du catholicisme et du darwinisme, il faudra d’ailleurs que je prenne un jour le temps de citer in extenso l’article darwinisme du Dictionnaire apologétique de la foi catholique du P. Jaugey (autant dire que ce n’est pas un livre très progressiste) qui, après avoir affirmé que la théorie de Darwin n’était nullement incompatible avec le dogme catholique, ne l’attaque que sur le point de la sélection naturelle comme unique principe de sélection (l’évolution, appelée encore transformisme, va de soi pour l’auteur), ce qui est parfait accord avec la science du temps, puisque ce dictionnaire date de l’étiage du darwinisme, juste avant que la découverte des travaux de Mendel lui donne la touche finale et lui enlève ce petit noyau d’incohérence dont Darwin avait lui-même parfaitement conscience. N’oublions jamais que le darwinisme actuel n’est pas celui de Darwin. Il a fallu le renforcer et le conforter grâce à la théorie génétique, laquelle vient de Gregor Mendel, un ecclésiastique ; citons donc ce texte où l’on croise Gregor et son abbé :
À son retour dans la tranquillité du monastère, Mendel a de longues discussions avec l’abbé Napp, impatient de connaître les théories les plus récentes sur un sujet qui le passionne depuis des années, et qu’il a résumé en 1837 par la question : « De quoi hérite-t-on et comment ? »
En Moravie, l’agriculture et l’élevage sont deux ressources très importantes et, dès la fin du XVIIIe siècle, on effectue des expériences de croisement chez les plantes et les animaux afin d’améliorer la production. Ainsi, à Brünn, les éleveurs de moutons organisent chaque année une réunion au cours de laquelle ils comparent les résultats obtenus en croisant les meilleurs spécimens. Déjà en 1829, J. K. Nestler avait publié un ouvrage où les méthodes de croisement étaient traitées scientifiquement ; cet ouvrage était vite devenu un texte de référence dans les cours d’agronomie d’Olmütz et de Brünn. Napp, un personnage occupant des postes de prestige dans les diverses institutions de la ville, comprenait la portée de ces recherches bien au-delà des considérations économiques, et y avait contribué en aménageant dans son monastère un jardin botanique. Cependant, il avait dû attendre de longues années pour trouver parmi ses moines, pourtant érudits, un homme en mesure d’aborder de manière vraiment scientifique le thème de l’hérédité.
En cette fin d’été 1853, il reconnaît en Mendel la personne qu’il a toujours cherchée, une personne avec laquelle il partage en outre une grande affinité de pensée. Ceci explique pourquoi, rigide et hautain avec les autres (on raconte qu’il exigeait d’être appelé « Votre Grâce », même par sa mère), il a toujours été disponible et compréhensif à l’égard du père Gregor. L’abbé écoute avec grand intérêt les projets que le cours de botanique suivi à Vienne a suggérés à son protégé. Mendel s’était jusqu’alors surtout intéressé au rôle des hybrides dans le développement de nouvelles espèces, mais l’approche mathématique inculquée par ses enseignants (et probablement sa nature méticuleuse) lui a fait comprendre que pour évaluer avec précision comment les caractères des hybrides se transmettent aux descendants, il est nécessaire de travailler avec un grand nombre de variétés pures. La première étape consiste donc à disposer tant d’un jardin que d’une serre, de manière à cultiver toute l’année un nombre important de plantes.
Outre le jardin, qui a toujours été à la disposition de Mendel, l’abbé lui concède immédiatement la serre du monastère, réchauffée par un poêle. Puis il lance sans tarder la construction d’une nouvelle serre, plus spacieuse, qui permettra à Mendel de travailler sur de grands nombres, puisque, comme ce dernier l’écrira plus tard : «…avec un nombre plus limité de plantes expérimentées, il peut se produire des fluctuations considérables ». La construction de la serre prend deux ans, pendant lesquels Mendel a tout le loisir de préciser son projet et de déterminer l’espèce la mieux adaptée à ses expériences.
Adriana Giannini, “Mendel. Les prémices de la génétique”, Les génie de la science, n° 35, mai-juillet 2008, p. 37.
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4 août 2008 à 19:47La véritable pierre d’achoppement entre religion et sciences n’est-elle pas le débat âme/corps, conscience/matière? Après tout, le darwinisme me semble parfaitement compatible avec les religions chrétiennes pour peu qu’on ait une lecture métaphorique de la genèse.