Correspondance choisie de Voltaire



Admirer une Å“uvre, ce n’est pas aimer tout ce qu’un auteur à produit et encore moins respecter le pauvre bougre ou le sale type qu’il est parfois. C’est un lieu commun de le dire, mais il est parfois bon de dire des lieux communs.

Voltaire n’était pas voltairien. Les voltairiens sont des ânes. Ils sont presque comme les enfants qui jouent aux cow-boys ey aux indiens, sauf que les enfants n’y croient pas plus qu’il ne faut pour s’amuser ; les voltairiens ecr. l’inf. à chaque instant de leur vie, sans se soucier que la seule infamie qui est écrasée c’est la leur propre et sous leur suffisance. Mais passons sur les Bouvard et Pécuchet, les Homais et les Tribulat Bonhomet de notre pauvre temps et revenons à un âge plus doux et plus subtil où il y fallait à peine plus de courage pour penser comme voltaire qu’aujourd’hui à ne pas le faire…

Je considère la prose du XVIIIème comme étant un sommet indépassable de l’art littéraire. Indépassable tout simplement parce que la langue dans laquelle est s’est épanoui est morte. La prose privée, celle des correspondances, est ce qu’il y a de plus frappant dans le genre. Les lettres de Voltaire sont innombrables et presque toutes très belles. Ce n’est pas tout à fait de la prose privée, Voltaire savait que ces lettres circulaient ou qu’elles seraient éditées. Ce n’est pas madame du Deffand écrivant à tout le monde ou Diderot à Sophie Volland. D’ailleurs, je crois l’écriture de madame du Deffand supérieure à celle de Voltaire, mais peu importe, lisez Voltaire, ne croyez pas ce qu’il dit, faites-en un de vos maîtres à écrire, pas un maître à penser.


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2 commentaires pour “ Correspondance choisie de Voltaire ”

  1. > “Les voltairiens sont des ânes”

    Tout d’un coup, je me sens visé… Je ne suis pas encore très familier de ton blog et sûrement les habitués auront compris très vite les raisons qui te font affirmer cette phrase très voltairienne.

    Pour ma part, ce que je retiens de Voltaire, ce n’est pas seulement son écriture, comme tu y invites à le faire. Est-ce alors sa pensée ? En ce cas, laquelle ? Il n’y a pas un Voltaire, mais au moins deux, où le deuxième a renié nombre des avis du premier, tel un schizodoxe.

    Ce que je retiens, ce n’est pas l’ecr. inf. qui n’a plus de sens une fois celui-ci écrasé mais l’intuition qui le guide qui n’est autre que l’esprit des Lumières : le désir que l’homme s’émancipe de ses tutelles, le désir qu’il devienne enfin adulte.

    Pour cela, je n’ai pas honte d’être un âne voltairien.

  2. L’écrasement de l’infâme n’avait pas vraiment plus de sens à l’époque qu’aujourd’hui et même si cela avait été le cas, les méthodes employées par Voltaire n’en seraient pas moins une tache indélébile sur la mémoire de sa réputation. Et l’expulsion des Jésuites l’un des grands crimes contre la pensée dont l’histoire de l’Occident peut s’enorgueillir.

    Voltaire pensait que plus les hommes seraient éclairés, plus ils seraient libres, ce qui n’est pas faux, bien que, comme l’a fait remarquer Rivarol, plus tard, la Révolution s’est réclamée de cela pour faire l’inverse en pensant que la liberté éclairerait, elle a fait que la licence obscurcisse.

    Cependant, de qui Voltaire parlait-il quand il disait cela ? Des paysans, des artisans ? Certainement pas. Il avait la vision de son époque et de son ordre (ou caste, ou classe, suivant la façon dont on interprète les choses). Voltaire avait des tas de “défauts”, dont beaucoup étaient ceux de son époque et qu’il est loisible de lui pardonner. Ce que je ne pardonne pas, en revanche, c’est de se dire voltairien et de ne voir en Voltaire que ce que l’on bien y voir en fermant les yeux sur ce qui dérange, surtout lorsqu’en scrute la moindre trace chez d’autres.

    Je ne dis pas que tous les voltairiens sont de ceux-là et encore moins que c’est votre cas. Disons qu’il en va des voltairien comme des heideggeriens : ceux qui disent l’être le plus le sont parfois le moins.

    Alors, peut-on être voltairien aujourd’hui ? Oui, certainement, au moins autant que Persan hier, mais en pensant et en agissant à son image, pas en allant rabâchant à contre-temps et comme un perroquet des mots qui n’ont plus le même sens contre des ennemis qui n’existent plus (pour peu qu’il n’ait jamais existé — on sait la stratégie de la fabrication des adversaires chez Voltaire, notamment sa technique de sélection des affaires à défendre (Callas, etc.) et celle à taire ; Sarah Maza avait écrit des choses intéressantes, là-dessus.

    On peut donc être voltairien et n’être point âne et si vous en êtes, je le suis au moins autant que vous. Au moins, aurons-nous la consolation de l’avoine et du son et quelques heureux hasards comme ceux que connut Lucius après avoir joué de malchance avec Photis.

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