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L’évêque jaloux du chien
Un jour j’embarrassai fort un évêque qui partage tout à fait cette manière de voir [celle de Descartes]. Il est jaloux de sa nature. Je lui dis : « Quand vous estes jaloux, estes vous machine ou homme, car apres vous je ne connois rien de plus jaloux que mes chiens, ainsi je vouderois savoir si c’est un mouvement de la machine ou une passion de l’âme ? » Il se fâchat et partit sans me répondre…
Lettre de la Princesse Palatine, datée de Fontainebleau, le 30 octobre 1696 (p. 199 de l’édition du Mercure de France).
J’aime bien cette anecdote et vous l’aimerez avec moi, si vous ne tombez point dans l’erreur de Damasio qui confondait Descartes et les cartésiens sans avoir vraiment lu ni l’un ni les autres.
Il faudra bien, pourtant, un jour réhabiliter Descartes… et ce pauvre Schizodoxe a qui l’on reprochera longtemps l’aimable plaisanterie du titre et de l’illustration, tous en deux rapport avec le fond, mais d’une façon différente.

















2 août 2008 à 13:56Ah tiens, je suis en plein dans l’erreur de Descartes de Damasio. C’est loin d’être inintéressant mais je suis pas encore arrivé au moment où il remet en cause la dualité corps/esprit.
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2 août 2008 à 14:05Ce n’est pas tant ça le problème (la remise en cause du dualisme) que son ignorance de la philosophie du XVIIème siècle, de son vocabulaire, de son contexte, de ses enjeux et donc, il aligne les erreurs dont la première est d’en impugner une de faux (pour parler avec les mots du temps) à Descartes. En clair et pour le dire vite, Damasio n’a pas lu Les passions de l’âme ou il n’y a rien compris.
Pour le reste, d’autant que je m’en souvienne, ma lecture de ce livre étant ancienne, L’erreur de Descartes est un livre intéressant et plein de faits utiles (d’ailleurs, je l’avais évoqué il y a peu).
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2 août 2008 à 15:50Damasio ne remet pas vraiment en cause la vision dualiste cartésienne. Il essaye de faire la peau aux rationalistes, à la raison en tant que « pensée pure » en disant qu’un sentiment, une émotion ne peut pas se concevoir sans un corps, l’émotion étant pour lui la lecture consciente de cet état du corps. Et comme émotions et sentiments sont partie prenante de la pensée, il déduit que la pensée ne peut se concevoir sans corps. De cette nécessité du corps, il déduit un certain monisme matérialiste.
Mais ce neurologue et ses amis qui, regardant une cervelle de près, n’y trouvent que signaux électriques ou chimiques, ont ce vilain défaut matérialiste qui consiste à réduire à rien ce qui les dépasse.
Damasio doit surement regarder non pas l’image de sa télévision mais plutôt mesurer les signaux électriques qui la parcoure et conclure ainsi que l’image de la télévision n’existe pas.
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2 août 2008 à 16:22C’est ce que dit, justement, Descartes dans Les passions de l’âme. Son « dualisme » (le mot n’est pas de lui, mais, un siècle plus tard du néo-leibnizien Wolff) implique qu’il y ait coïncidence entre l’âme et le corps (tout le débat est de savoir comment et si cette distinction est autre chose qu’une fiction euristique). C’est parce qu’il passe à côté de cela que je trouve Damasio un peu ridicule.
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2 août 2008 à 16:36En même temps, et pour faire du leibnizo-deleuzisme, on entend le bruit de la mer, là où il n’y a que celui distinct de milliers de vagues. Il y a des êtres d’agrégat que l’on perçoit pour un, mais qui ne le sont pas (pour faire une métaphore, un banc de poissons peut donner l’impression d’être un très gros poisson ; pour ne pas faire de métaphore, nous sommes un et pourtant, nous sommes des millions de cellules en qui, pour aucune d’entre elles, ne réside notre unité – il y en a même qui conspire à nous tuer, cela s’appelle un cancer). L’image de la télévision peut très bien n’être qu’une illusion, l’ombre portée sur les parois de la caverne par des millions de feux électriques tous indépendants et aveugles à eux-mêmes.
J’ai lu il y a bien longtemps un livre qui posait intelligemment cette question de l’un. C’était Hénologie, ontologie et Ereignis. Plotin, Proclus Heidegger de Narbonne. Un très chouette livre pour ce qu’il m’en souvient. L’hénologie, la question de l’un (sujet de la thèse de Leibniz, soit dit en passant (sur le principe d’individuation pour être précis) est une des grandes questions philosophiques un peu délaissées aujourd’hui (j’avais dit à quel point elle posait un problème au réductionnisme matérialiste auquel j’ai tendance à me rattacher, comme je l’ai clairement dit ici).
(si j’en vends un, je fais un billet sur le rap…)
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2 août 2008 à 17:05Descartes avait sa glande pituitaire un peu ridicule pour tenter d’expliquer cette coïncidence, cette interaction. Damasio, imprudent, franchit le pas et tente de nous dire qu’il n’y a pas de coïncidence et que tout est corps. C’est ce que je lui reproche. Pourquoi ne pas imaginer un Berkeley moderne qui, de notre subjectivité dont il est impossible d’échapper, conclurait (avec bien plus de force logique que Damasio et sans science) l’inverse, que tout est esprit? Pour moi, c’est ça l’erreur de Damasio.
On reste tous bloqués au dualisme cartésien. On sait que la matière existe (encore que…). On sait que la pensée existe (on en fait la continuelle expérience). Mais on est pas foutu d’expliquer comment, si c’est le cas, l’une produit l’autre. Le jour où quelqu’un expliquera la pensée par la matière sera l’avènement de la plus grande révolution philosophique de l’humanité…la fin des religions, des superstitions, de toutes possibilités de transcendance. Le monde ne sera plus qu’un gros tas avéré de cailloux. Une horreur pour moi.
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2 août 2008 à 17:17L’ouvrage que vous citez m’aurait bien intéressé mais il n’est plus disponible sur amazon, ni même en occasion. Pas trop de prise de risque pour le billet sur le rap…
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2 août 2008 à 17:46Arf, je n’avais même pas fait attention, cela m’aurait évité le collage d’un peu de code…
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