Le fantôme de Lamarck

La croyance en l’hérédité des caractères acquis par l’habitude, à laquelle on résume souvent Lamarck, était partagée, au moins partiellement, et surtout à la fin de sa vie, par Darwin. Ces deux grands penseurs de l’évolutionnisme ne connaissaient pas, bien sûr la génétique. Darwin avait dans sa bibliothèque un exemplaire du célèbre article de Mendel, mais la légende veut qu’on l’ait retrouvé alors que les pages n’étaient même pas découpées. Une chose est sûre, Darwin aurait pu connaître Mendel, mais il ne l’a pas connu et, de toute façon, de Mendel à la génétique moderne, il y a pas mal d’intermédiaires (Hugo de Vries, Erich von Tschermak, etc. puis James Watson et Francis Crick…).



En France, on a eu beau freiner des quatre fers, la génétique a eu raison de cette forme d’hérédité… du moins, c’est ce qui semble le plus évident. Dans la pratique, de nombreux traits acquis sont héréditaires, mais à une échelle infime, et jusqu’à ce qu’autre chose soit démontré, bien sûr, nous sommes là sur des franges, néanmoins, certains se pose sérieusement la question d’une relative réhabilitation périphérique de cette hérédité dans certains domaines précis. Tout cela revient sur le devant de la scène à l’occasion d’un article de New scientist, alors, j’en profite pour citer une traduction que j’avais faite sur le forum de Futura-Sciences :

Une recherche est actuellement menée par les doctorants de Ken O’Brien de l’Université de Queensland pour mettre à jour les liens entre le Trouble de stress post-traumatique [PTSD] des parents et des désordres tels que le Trouble Déficitaire de l’Attention [ADHD] ou l’autisme chez leurs enfants.

Monsieur O’Brien, de l’Ecole de Recherche des Changements Sociaux de l’Université de Queensland recherche des volontaires parmi les enfants ou les petits-enfants de vétérans du Viêt-nam [NB : les australiens ont participé à cette guerre] pour permettre l’étude des effets sociaux et génétiques des PTSD sur les générations suivantes.

Les volontaires seront interrogés sur leur expérience dans le but de développer des stratégies pour aider les enfants à gérer leurs désordres émotionnels et à développer la résilience au stress.

“Les vétérans du Viêt-nam sont le groupe le mieux étudié et ont un taux de PTSD très élevé”, déclare M. O’Brien.

“Toutefois, leurs enfants ont été peu étudiés bien que les parents ayant des PTSD ont souvent des enfants qui ont des ADHD, de l’autisme, des syndromes d’Asperger, ou qui sont dépressifs ou anxieux.”

Il précise aussi que beaucoup d’Australiens ont diverses formes de PTSD, qui peuvent être causés par la guerre, des hold-up armés, des viols, des accidents, des prises d’otage et même les agressions verbales à l’école [là, je suis perplexe].

“Ma recherche est d’enquêter sur les caractéristiques secondes du transfert intergénérationnel de ces états. Il y a beaucoup de façons possibles pour que les PTSD agissent sur le développement émotionnel des enfants.”

“Le langage employé dans la famille a une puissante influence.”

M. O’Brien dit que les effets des PTSD paraissent pouvoir être transmis aux enfants ou aux petits-enfants via les gènes aussi bien que par le langage, les conditions sociales ou le comportement des parents.

Il s’inscrit dans le un nouveau de l’épigénétique laquelle étudie comment des événements environnementaux peuvent altérer les gènes d’une personne et, de là, passer à la génération suivante.

“Ma recherche vise à aller dans le sens des publications qui suggèrent une influence environnementale qui “active” ou non un gène ou une série de gènes qui sont alors transmis aux générations suivantes .

“Nous savons que les ADHD ont été identifiés sur le chromosome 5 de notre génome. C’est un gène que nous avons tous, mais nous n’avons pas tous d’ADHD [c'est heureux]. Il semble alors que le gène n’est pas “activé” par un événement vécu par les parents.”

M. O’Brien dit qu’il est temps de construire un pont entre le modèle médical qui focalise les causes et les conditions sur l’individu et le modèle sociologique qui met l’accent sur les institutions sociales.

‘Ce pont peut rapprocher ces deux modèles assez près pour pouvoir bâtir de nouvelles stratégies efficaces.”

On imagine toutes les récupérations philosophiques ou politiques que ce genre de recherche rend possibles…

Sources : New Scientist et Genetic Archaeology.


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Un commentaire pour “ Le fantôme de Lamarck ”

  1. Difficile de conclure qu’un traumatisme psychologique puisse “s’imprimer” sur nos gènes et être ainsi transmis. On peut conclure aussi bien qu’une personne génétiquement susceptible de développer un stress post-traumatique transmet simplement ce risque comme celui d’un trouble de l’attention à sa descendance, que le risque de développer un stress post-traumatique comme un trouble de l’attention sont génétiquement liés.

    Toutefois, si cela s’avérait vrai, toute action culturelle, sociale sur l’individu aurait potentiellement des conséquences sur la totalité de ses descendants; soit la fin du débat nature-culture mais surtout le fait que nous serions ce que nos ancêtres ont été. Difficile dans ces conditions de s’en tenir à une position humaniste universaliste.

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