Scientifiques, qu’elles le veuillent ou non

Au chapitre des questions que vous ne vous êtes jamais posés il y a certainement celle du sexisme des mathématiques. En tout cas, moi, je confesse sans honte ni pudeur ne m’être, jusqu’alors jamais demandé si Pythagore était machiste ou si Euclide donnait dans le harcèlement sexuel. Eh bien sachez qu’il y a des gens pour penser qu’au contraire les mathématiques sont un truc de “mecs blancs morts” pour reprendre la délicate et subtile terminologie du politiquement correct des universités américaines.

Le niveau national - 1789

Le 23 juin 1972 est promulguée aux Etats-Unis une loi communément appelée “Title IX” disant ceci :

No person in the United States shall, on the basis of sex, be excluded from participation in, be denied the benefits of, or be subjected to discrimination under any education program or activity receiving Federal financial assistance… / Nul ne peut, aux Etats-Unis, du fait de son sexe, être exclu de la participation, se voir refuser les avantages, ou faire l’objet de discrimination lors de tout programme éducatif ou activité qui bénéficie d’une aide financière fédérale…

Suivent, alors, une série de cas particuliers (j’ai fait précéder la traduction de la version originale : le style juridique américain perd beaucoup à la traduction).

Jusqu’alors, cet amendement ne concernait que les activités sportives pour l’essentiel. Désormais, sous la pression d’un Congrès de plus en plus interventionniste, les agences fédérales veulent étendre cela au domaine des sciences.

Il n’y a bien sûr aucune discrimination de droit à l’égard des femmes au sein des départements de physique ou de mathématique dans les universités américaines. Rien de semblable, ni de près, ni de loin, aux interdictions formelles qui touchaient les Noirs, indépendamment de leur niveau, à une autre époque. Nonobstant, il y a, de fait, de très fortes inégalités et si les femmes sont majoritaires dans l’obtention des doctorats en science sociale (70 % des doctorats en psychologie ont des femmes pour titulaires) ou dans les sciences de la vie (60 % des biologistes sont des femmes), elles sont très minoritaires pour ce qui est des doctorats en physique (il n’y a que 10 % de femmes qui s’inscrivent dans ce type de cursus) ou en mathématique.

C’est du point de vue de certains au Congrès absolument intolérable.

Pourtant, selon les psychologues David Lubinski et Camilla Persson (une équipe où les hommes sont donc surreprésentés, si l’on veut suivre les raisonnements des ingénieurs sociaux de Washington), qui ont suivi la carrière de 5000 personnes douées pour les mathématiques sur une période de 35 ans, cela n’a rien d’étonnant :

…à partir de l’âge de 12 ans, les filles ont tendance à être mieux développées que les garçons : elles ont des aptitudes verbales relativement fortes de même qu’en math, et elles montrent plus d’intérêt pour les sujets “organiques” impliquant des gens et d’autres êtres vivants. En dépit de leurs capacités en mathématiques, elles sont moins susceptibles que les garçons de s’orienter vers la physique ou l’ingénierie.

Mais si elles deviennent des biologistes, des sociologues ou des avocates, quand elles sont interrogées entre 30 et 40 ans, ces femmes se disent aussi satisfaites de leur carrière que leurs homologues masculins. Elles gagnent, également, plus d’argent par heure de travail. Les docteurs Lubinski et Benbow concluent que ce sont les intérêts et la répartition des aptitudes — pas le sexe — qui sont les meilleurs indicateurs pour savoir si des adolescents feront le choix d’une carrière en science exacte comme la physique.

On me dira que les penchants de l’adolescence sont fortement corrélés au sexe, certes, mais la discrimination n’a rien à faire dans cette histoire (eh oui, les garçons et les filles sont différents). Les femmes qui aiment la physique sont aussi bonnes et compétentes que les hommes dans ce domaine, mais elles sont peu nombreuses à aimer cela et elles préfèrent, le plus souvent, autre chose.

Susan Pinker, sÅ“ur de Steven Pinker, dont j’ai parlé plusieurs fois ici, va très loin dans sa façon de voir les choses. Elle considère que cette volonté d’instaurer une sorte de discrimination positive en faveur des femmes dans les secteurs scientifiques serait, non seulement, profondément infantilisante, mais aussi génératrice de frustration et il est difficile de ne pas y voir une étape de plus vers une forme d’égalitarisme totalitaire soutenue par un Etat qui se mêle de tout.

La grande confusion est, rappelle Susan Pinker, entre le droit et le fait. L’égalité de droit est nécessaire, l’égalité de fait est contingente :

Offrir d’égales opportunités aux femmes ne signifie pas qu’elles doivent choisir d’égale façon ce que les hommes choisissent. La liberté d’agir selon les préférences peut créer une divergence considérable suivant le sexe dans de nombreux domaines.

Tout est dit, si le prix de l’égalité est la liberté, au diable l’égalité !

Source : The New York Times.


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4 commentaires pour “ Scientifiques, qu’elles le veuillent ou non ”

  1. je me souviens d’une discussion avec une thésarde, très portée gender studies et militante d’Actup, qui avait clôturé le débat par un : “ah mais de toute manière tu n’es qu’un mâle blanc hetero, tu peux pas comprendre…” Je me suis senti très discriminé ce jour là.

  2. Et moi qui avait toujours cru que Dahlia était une fille (James Ellroy aidant sans doute) !
    Cher Dahlia, vous fûtes pris pour une femme pendant quelques mois, pourrez-vous fièrement dire aux gender studiers.

  3. Le sexe est dans l’h.

  4. Ne jamais croire les apparences, jamais.
    Et moi qui me suis toujours attaché à bien conjuguer mes participes passés pour ne pas laisser d’ambiguïté.

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