Kwaïdan
Kwaïdan est sans doute le premier film japonais que j’ai acheté. C’était il y a des années, une cassette VHS, produite par Panda Film — ah ! Panda Film, comme c’était chouette ! Combien de merveilles… — et je crois qu’en le regardant une première fois j’ai été déçu. Pas de combat, pas de kung fu (oui, dans un film japonais, ce n’est guère étonnant, mais j’étais naïf à l’époque — enfin, peut-être pas autant tout de même), pas de grandes batailles comme dans Ran, juste une escarmouche dans l’eau. Très déçu, donc… Comme j’ai été stupide !

Kwaïdan est très clairement l’un des plus beaux films de l’histoire du cinéma. Certes, on me dira qu’il y en a beaucoup, et c’est vrai, mais que sont les centaines de plus beaux films de l’histoire du cinéma face à la masse de films médiocres ou mauvais, pour ne rien dire des très mauvais ?
Kwaïdan est un film de 1964 que l’on dirait à sketch, s’il était mauvais et italien, mais que je préférai définir comme composite. Le réalisateur, Masaki Kobayashi, a mis en scène quatre légendes japonaises. Cependant, et toute la subtilité du jeu entre Orient et Occident apparaît là (de même que dans le dialogue western chanbara) : il n’a pas pris ces légendes dans un recueil traditionnel, mais dans ceux de Lafcadio Hearn (1850-1904) un homme étrange, né sur une île ionienne d’une mère grecque et d’un père anglo-irlandais, ayant vécu en Irlande (il y perd un Å“il), s’étant marié, en toute illégalité, à une femme noire aux Etats-Unis (il y perd son emploi), s’installe à la Nouvelle-Orléans (où il écrit sur le V… non, je ne le dirai pas, je ne me laisserai pas aller à parler de ça, faut que je reste au Japon), puis part au Japon où il finit sa vie et y écrit des recueils d’histoires de fantômes (et un intéressant texte d’entomologie darwino-marxiste sur lequel il me faudra revenir).
Le film en lui-même est une merveille de narration et d’esthétisme. Chacune des quatre histoires qui le composent a un ton qui lui est propre, une unité et une fin à chaque fois assez terrible. Je ne déflorerai aucune d’entre elles. J’évoquerai juste, pour chacune, des scènes qui m’ont particulièrement frappé.
Pour la première, des cheveux noirs…

Pour la seconde, Yuki-onna, la femme des neiges : des yeux de glace (ils sont en illustration, tout en haut de ce billet) et des getas abandonnées.

Pour la troisième, des scènes de bataille qui ressemble aux paravents dorés de l’époque Heian et un corps peint (qui fait, irrésistiblement songer à The Pillow Book, un de mes films préférés) :

Pour la dernière, le reflet d’un visage dans une tasse de thé :

Ce film est sublime, achetez, regardez-le. Mon seul regret est que je ne le verrai certainement jamais en salle.
Voilà , j’avais pris l’engagement de participer à l’heureuse initiative de Wild Grounds d’un mois du cinéma japonais. Ce mois était le mois de juillet. Je suis encore dans les bornes, mais ce n’est pas faute d’avoir tout fait, par ma lenteur (et le fait que j’avais la tête à autre chose), pour ne pas tenir ma parole… Cela dit, le mois n’est pas encore terminé et je vais essayer d’être moins ridicule que ça et Dalhia a un truc sur le feu, allez, courage, ne faisons presque plus que ça jusqu’au 31
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26 juillet 2008 à 13:21En voilà un bel article ! Tu partages bien ton amour ce film, ça fait plaisir à lire
(et ça m’encourage à revoir le film)
27 juillet 2008 à 10:41[...] évoqué le fait que Lafacadio Hearn avait écrit un texte étrange sur les fourmis. Les insectes sociaux [...]
28 juillet 2008 Ã 1:09[...] Le manga 20th Century Boys & Kwaidan chez Schizodoxe [...]