Mendel, un génie de la science



Voici l’avant-propos de Adriana Giannini au dernier numéro, consacré à Mendel, des Génies de la science, revue du groupe Pour la Science, la version française, c’est-à-dire en langue française et à l’usage des esprits français, du Scientific American :

Gregor Mendel a quelque chose d’un Galilée. Comme le savant pisan, ce moine du XIXe siècle qui cultivait des pois au fin fond de la Moravie est une sorte de « mutant culturel », pour reprendre l’expression de l’historien des sciences Enrico Bellone. Galilée préconisait d’étudier le monde à l’aide du langage mathématique ; nombre de ses prédécesseurs s’étaient déjà engagés dans cette direction, mais nul ne raisonna aussi bien que lui sur les lois de la mécanique ni ne découvrit et n’expliqua les mouvements des satellites de Jupiter. De même, Mendel se retrouva en situation d’élaborer une variante inattendue de la description d’un phénomène déjà connu. Dans son cas, le phénomène déjà observé et étudié par ses prédécesseurs et contemporains était la transmission des caractères chez les hybrides de plantes et d’animaux. Il fut toutefois le seul à avoir l’intuition (et la constance de la démontrer) que cette transmission suivait des règles bien précises, mathématiquement prévisibles, fondées sur des facteurs matériels contenus dans les cellules germinales des parents.
Comme Galilée aussi, Mendel ne fut pas compris en son temps. D’abord parce qu’il ne faisait pas partie des milieux académiques : moine et professeur assistant dans une école technique de Brünn, ville située aux confins de l’Empire austro-hongrois et vouée au commerce et à l’agriculture, il n’était, pour ses correspondants savants, qu’un amateur enthousiaste. Ensuite parce que, lors de ses études à l’Université de Vienne, il avait fait siennes les conceptions les plus modernes des mathématiques combinatoires et de la physique expérimentale et les avait appliquées – démarche inédite, même pour les naturalistes les plus avancés de l’époque – à l’étude de la transmission des caractères héréditaires.
La portée des travaux de Mendel ne fut mesurée que 35 ans plus tard. Pourtant, son nom ne serait sans doute pas devenu aussi célèbre s’il n’avait été commode, pour trois scientifiques rivaux, de reconnaître la primauté d’un personnage décédé depuis longtemps et de reléguer ainsi leurs collègues au rang de simples redécouvreurs. De cette redécouverte tumultueuse naquit une nouvelle science, encore en mutation aujourd’hui : la génétique.

Le parallèle avec Galilée me semble très tiré par les cheveux, mais le dossier de 78 pages est très intéressant et offre une bonne introduction à la vie et à l’Å“uvre de ce moine génial et modeste dans le monde duquel nous évoluons encore, au moins partiellement.


Source : Pour la Science (cf. SchizoBiblio).


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Un commentaire pour “ Mendel, un génie de la science ”

  1. [...] cite cet extrait du numéro des Génies de la science consacré à Mendel, dont j’ai parlé ailleurs, c’est pour montrer que quels que soient les lieux communs rabâchés et archirabâchés sur [...]

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