Miracle vulgaire et darwinisme trivial
J’ai toujours pensé qu’il y avait des façons de défendre certaines idées qui les mettaient plus en danger que toutes les attaques. Le darwinisme, de par son caractère contre-intuitif, est continûment soumis aux attaques injustes et aux défenses absurdes. En toute franchise, j’ai peur qu’il souffre plus des secondes. Rien n’est pire que d’être mal défendu.

Dans le court commentaire de Darwin, le hasard et Dieu, de Michel Delsol, publié chez Vrin l’année dernière, j’ai pu lire ceci sous la plume de Gabriel Gohau :
Or le hasard des mutations introduit une composante qui réfute tout dessein intelligent et a fortiori toute création. Cela rend délicate la position des croyants. Et depuis Darwin, on sait les préventions des autorités religieuses à l’égard des idées évolutionnistes. Le père Teilhard qui sut pourtant opposer un dedans des choses spirituel au dehors matériel en fit l’expérience amère. En se lançant dans la bataille, il est vrai un demi-siècle après la mort du jésuite, Michel Delsol fait-il preuve d’un certain courage ?
Avant d’aller plus loi, il faut dire du bien du commentateur, car, quoique notoirement opposé à l’Eglise et ceux qui s’en réclament, il ne semble se montrer nullement injuste avec Michel Delsol et ne fait, dans ce texte, aucune attaque gratuite contre l’Eglise, ce qui donne d’autant plus de force à son désaccord.
Il y a, cependant, dans l’extrait cité une phrase qui me gène infiniment (il y en a trois, en fait, celle sur la position délicate des croyants et celle sur les préventions des autorités religieuses, deux choses sur lesquelles l’historien des idées aurait beaucoup à dire). Je la cite isolée du reste :
Or le hasard des mutations introduit une composante qui réfute tout dessein intelligent et a fortiori toute création.
Cette phrase me dérange pour plusieurs raisons que je vais énumérer d’emblée avant d’aller plus loin :
- elle suppose que les mutations sont soumises au hasard en soi, qu’elles sont imprévisibles par nature et non du fait de la faiblesse (sans doute irréductible) de nos connaissances en la matière,
- elle semble indiquer que le dessein intelligent s’inscrit dans la logique de la causalité, étrangement, elle donne l’impression de faire de cette aberration scientifique et théologique, une vision rigoureuse de la science,
- enfin, elle affirme que la science a son mot à dire sur la Création, c’est-à -dire sur le pourquoi et non simplement sur le comment.
Inutile de s’attarder sur le troisième point. La science n’a pas grand-chose de pertinent à dire sur ce point. Elle peut très expliquer les raisons évolutives, par exemple, qui font que l’on donne telle explication religieuse ou philosophique plutôt que telle autre, mais cela s’arrête là , à mon avis.
Les deux premiers points, eux, se confondent.
Il y a deux formes de hasard. Le hasard absolu et le hasard relatif. Par exemple, si vous jouez à pile ou face, vous ne savez pas quel sera le résultat, mais la pièce est soumise à des lois connues et, si on connaissait tous les facteurs qui entrent en jeu, on pourrait prévoir le résultat : ce n’est du hasard que pour nous, relatif à la méconnaissance de l’ensemble des facteurs. Autre exemple, je rappelle l’histoire (si quelqu’un en retrouve la trace, je suis preneur) de ces d’Européens de l’Est qui, en Angleterre, à l’aide d’un téléphone portable, filmaient la roulette dans certains casinos, envoyaient, en temps réel, les images à des complices dotés d’ordinateurs, et qui misaient au dernier moment avec des résultats assez étonnants. D’ailleurs, je crois qu’ils n’ont pas été inquiétés, rien de ce qu’ils avaient fait n’était illégal. Mais je doute, qu’aujourd’hui, on puisse s’installer devant une roulette avec caméras et ordinateurs portables…
Pour ce qui est du hasard absolu, ma foi, je ne sais pas ce que c’est et aucun exemple ne me vient à l’esprit. De fait, il y a du hasard relatif, mais de droit, il n’y a pas de hasard absolu, c’est même l’hypothèse de base de tout raisonnement scientifique.
Si le hasard absolu existait, il désignerait le fait qu’un événement se produise sans raison. C’est précisément la définition la plus triviale du miracle. En somme, défendre le hasard, comme le font les darwiniens les plus hostiles à la religion, c’est presque prouver l’intervention d’un Dieu anthropomorphique infoutu de savoir où il va et qui bricole en rompant régulièrement les lois de la causalité pour retoucher une création imparfaite.
A l’inverse, si tout obéi aux lois de la causalité, s’il n’y a de hasard que pour le faible entendement humain, et si ce hasard est condamné à éternellement reculer sans jamais disparaître, alors, cela ne nie ni ne prouve l’existence de Dieu, mais cela permet une saine pratique de la science (et de la théologie) affranchie de la puérile croyance au miracle permanent du hasard.
Source : AFIS.
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19 octobre 2008 à 12:26[...] qui suit porte sur un même site, un même auteur et sous le même angle qu’un autre déjà posté… Comme je n’aime pas écrire pour rien, je le publie, mais bon, il ne vous [...]