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Le cas Omar Khadr

J’avoue ne pas trop comprendre ce que l’on reproche à Omar Khadr, un natif de Toronto de 16 ans. On l’accuse d’avoir jeté, en 2002, en Afghanistan, une grenade sur des soldats des forces spéciales américaines, tuant l’un d’entre eux, le sergent Christopher Speer, et en blessant gravement un autre. C’est peut-être tout à fait exact et si leurs camarades de combats avaient achevé Omar Khadr ou l’avaient laissé mourir de ses blessures, cela n’aurait, peut-être, pas été très fair-play, mais, en revanche, parfaitement compréhensible.



Le soigner, l’» arrêter» , l’envoyer à Guantanamo puis vouloir le juger semblent étrange et, pour tout dire, assez stupide. En effet, même en supposant que son père soit un bailleur de fonds d’Al-Qaïda, n’est-il pas naïf de croire que l’on puisse faire pression sur lui en faisant subir cela à son fils ? Certainement pas, le fanatisme se nourri précisément de ce genre de chose et face à un fanatique, il n’y a guère que deux solutions : plier à ses exigences ou le tuer.


Bien que Guantanamo ne soit pas sur le territoire américain et n’est pas soumis au droit américain, l’emmener là ne va pas sans poser de problèmes moraux et de philosophie du droit. L’idée de ne pas enfreindre les lois des Etats-Unis en utilisant l’extra-territorialité de certaines zones, des bateaux, des avions, etc. afin de pouvoir torturer théoriquement sans risque de poursuites judiciaires est habile, moralement partiellement défendable puisqu’elle sauve le droit, mais risqué du point de vue de l’image et des implications à long terme.

Il n’en reste pas moins que le plus logique et le moins attaquable à tous points de vue est de tuer sur le champ de bataille ou immédiatement à la suite d’affrontement. C’est la Western Way of War que les Etats-Unis, par un souci excessif du respect de la lettre du droit risque de remettre en cause. Et inutile de parler de l’image. En effet, que voit-on sinon un gamin qui appelle sa mère ? Que le gamin en question soit un fanatique, un meurtrier prêt à recommencer, etc. est très possible et son élimination était peut-être tout à fait justifiée, mais lui faire cela et se faire cela à soi-même est absurde et dangereux.

Au fond, le drame des Etats occidentaux confrontés au terrorisme est de refuser de penser l’exception et la suspension temporaire et limité du droit sur le modèle de la dictature romaine (qui était bornée dans le temps et la juridiction, ce qui impliquait un contrôle après coup). En voulant respecter le droit dans sa lettre et dans sa pratique du temps de paix tout en faisant face à un danger qui, pour ne pas être si grand qu’on le dit, n’en est pas moins exceptionnel dans sa forme, on corrompt le droit et on fait passer l’état d’exception dans la norme. Et c’est là le pire des dangers qui pèse sur l’Occident, bien, plus que le terrorisme, à coup sûr.

Source : Los Angeles Times.



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2 commentaires pour “ Le cas Omar Khadr ”

  1. J’ai un peu du mal a comprendre votre dernier paragraphe , d’abord vous dites que faire passer l’etat d’exception dans la norme est un danger , mais que suspendre temporairement le droit sur le modele de la dictature romaine ne pose pas de problemes ?

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  2. Ne pas poser de problèmes, c’est beaucoup dire. En poser moins est sans doute plus juste.

    La dictature romaine ne fait pas passer l’état d’exception dans le droit, elle suspend le droit pour un temps donné et pour une juridiction spéciale (faites, si vous voulez, un parallèle avec un soldat qui a le droit de tuer dans une zone de guerre et tant que cette guerre dure). Ce que les gouvernements occidentaux actuels font, c’est de modifier le droit afin d’autoriser de façon normale et pérenne certaines pratiques d’exception. Il faut sauver le droit des nécessités contingentes (sauver l’Etat du Parti comme disait Mussolini à Carl Schmitt).

    Prenons un exemple qui ne soit pas celui du terrorisme, choisissons de parler de l’euthanasie. Il y a deux façons de voir les choses : 1. on peut compter sur l’absence de témoins (ni le médecin, ni le curé, ni la famille ne parlent de ce qui s’est passé et de comment, la décision a été prise, à la demande d’un malade, de lui donner de quoi s’endormir définitivement), sur la bonne volonté des enquêteurs (qui, voyant que tous les acteurs du drame témoignent de façon convergente, abandonnent l’enquête), ou encore sur une interprétation souple du droit par le juge (il lui faut obéir au droit, mais il peut le faire de façon à ce que les « coupables»  soient épargnés autant que possible) ; on peut aussi instaurer une loi et rendre l’euthanasie légale, institutionnalisée, avec ses fonctionnaires, ses codes, ses lourdeurs, etc. Dans un cas, on laisse l’exception être hors le droit, mais sous le regard des hommes, dans le second, on la fait passer dans le droit. Et le droit est infiniment plus facile à tromper (ou à tourner) que le regard des hommes.

    Maintenant, pour en revenir au cas du terrorisme, vous pouvez remplacez euthanasie par torture et faire le même raisonnement.

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