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Le pape, Darwin et M. Spock
Un parasite vraiment efficace est un commensal qui vit dans l’amitié de son hôte, voire qui lui donne des avantages, comme, par exemple, les protozoaires qui vivent dans le système digestif de vos termites et qui digèrent le bois qu’ils consomment. Un parasite qui tue régulièrement et systématiquement son hôte ne peut survivre longtemps, du point de vue de l’évolution, à moins qu’il ne se multiplie avec une extraordinaire rapidité… Ce n’est pas viable.
Je n’ai jamais trop compris le raisonnement qui faisait du pape, qui est le leader d’une religion particulière (je parle d’un point de vue sociologique, pas théologique), le responsable de la diffusion du SIDA sur tout le continent africain. Même en me torturant l’esprit, je ne peux concevoir, même avec peine, qu’il y ait un rapport de causalité entre, d’une part, l’incitation, pour les catholiques, à préférer l’abstinence ou la fidélité au préservatif et, d’autre part, le fait que des populations qui ne sont souvent pas catholiques ni même chrétiennes ne soient ni abstinentes, ni fidèles, ni adeptes de l’usage du préservatif.
C’est pour cela que je pense donc qu’accuser le pape du SIDA en Afrique relève, au mieux, d’une bêtise crasse et, au pire, d’une forme perfide de mensonge délibéré. Au-delà de ces adversaires bêtes ou malhonnêtes, il y en a, aussi, de plus honnêtes qui s’oppose tout autant à la position de l’Eglise. Ces derniers, ne pouvant l’attaquer sur le point de l’abstinence, laquelle préserve des MST (personne ne le contestera), disaient qu’il était absurde de prêcher la fidélité, car cela ne pouvant en rien freiner le développement du SIDA, seul le préservatif était utile (la capotolâtrie est une des grandes idéologies d’une fin de XXème siècle qui n’en finit par de mourir).
Cette affirmation est, bien sûr, fausse d’un point de vue logique (un malade ne contamine qu’une seule personne, dans ce cadre précis), mais elle l’est, tout autant, d’un point de vue darwinien. Quoi ? Le pape et Darwin, ensemble, dans le même camp ? Eh, pourquoi pas, si c’est monsieur Spock de Star Trek qui les met d’accord ?
Le VIH est, comme son nom l’indique, un virus. C’est à partir d’une certaine densité dans l’organisme porteur, qu’il déclenche le SIDA, lequel entraîne à plus ou moins long terme la mort. Si le virus se répand très rapidement dans l’organisme, il augmente le pourcentage de chance de contaminer ceux qui ont des relations sexuelles avec le porteur, mais il diminue la durée de vie de celui-ci, donc le nombre de personnes qu’il peut infecter. Plus les relations sexuelles avec des personnes différentes sont fréquentes, moins la virulence du virus nuit à sa survie. C’est ce qu’expliquait monsieur Spock en exergue de ce billet. A l’inverse, et très logiquement, la fidélité à un seul partenaire fait disparaître très rapidement les souches virales les plus virulentes.
Cependant, que Nash, Darwin et le pape se donnent la main pour soutenir cette théorie ne change rien au fait qu’il ne s’agit que d’une théorie, mais cela lui donne un poids assez étonnant et détonnant.
















16 juillet 2008 à 8:06« Plus les relations sexuelles avec des personnes différentes sont fréquentes, moins la virulence du virus nuit à sa survie. »
Peux tu m’expliquer la logique de cette phrase?
16 juillet 2008 à 18:44Plus la virulence d’une MST est élevée, plus les chances de contaminer un partenaire, lors d’une relation sexuelle, sont nombreuses, mais moins l’espérance de vie du porteur est grande.
C’est un problème de sélection naturelle et donc de théorie des jeux. Une personne qui a peu de partenaires différents, voire un seul, et qui a des relations peu fréquentes, a très peu de chance de transmettre sa maladie (ou, alors, à très peu de gens), si la virulence est élevée, puisqu’elle le tuera avant qu’il n’ait eu l’occasion de la transmettre. A l’inverse, une personne qui a des relations fréquentes et avec des partenaires multiples, transmettra sa maladie même si celle-ci ne lui laisse que très peu de temps à vivre.
Est-ce plus clair et moins sommaire, ainsi ?
17 juillet 2008 à 14:29[...] Bachelot l’admet, incidemment, ce que la science, la logique et le sens commun savent depuis longtemps : les risques d’être contaminé par le VIH [...]
18 juillet 2008 à 10:34Merci
C’est bien ce que j’avais compris.
Je ne te cache pas que je ne comprends pas qu’il faille se torturer l’esprit pour comprendre…
Responsabilité: « Obligation faite à une personne de répondre de ses actes du fait du rôle, des charges qu’elle doit assumer et d’en supporter toutes les conséquences ».(définition CNRTL)
Il n’est, bien entendu, pas question d’exclusivité: le pape n’est pas seul ‘responsable’.Encore moins pour l’intégralité du peuple africain.Mais en tant que haute instance morale de la chrétienté, ses positions comptent et influent sur les positions de tous ceux pour qui sa parole compte.Tu me parleras certainement de responsabilité individuelle…(les articles sur la RED BULL, par exple,te ‘positionnent’).Mais sommes nous tous logés à la même enseigne en termes de connaissances?de psychologie? d’appréciation globale du monde?
Il y aurait encore beaucoup à dire, le sujet est de surcroit épineux, mais je n’aimerai pas que mon incompréhension se transforme en roman…
19 juillet 2008 à 13:48Mais si sa parole compte, pourquoi lui reprocher l’attitude de gens qui ne s’y conforment en rien ? A ce compte-là, pourquoi ne pas dire que les déclarations du pape sur le préservatif en Afrique sont cause des accidents de voiture en Finlande ?
Encore une fois, comment passe-t-on de l’incitation pour les catholiques à l’abstinence et à la fidélité dans le mariage à l’oblation, à la Vénus vulgivague, de gens qui ne sont, pour l’essentiel, pas catholiques ou qui, s’ils le sont, n’ont rien à faire de ce que peut dire le pape ? Où est le lien ?
Si le pape avait été écouté et si les Africains avaient suivi ses conseils, l’Afrique serait peut-être terriblement ennuyeuse et pas d’une joyeuseté folle pour les amateurs de sexe, mais le SIDA en aurait peu ou prou disparu (il y serait moins virulent, en tout cas, et pour des raisons darwiniennes, c’était là tout mon propos). Que l’on pense que cela est impossible, voire pas souhaitable, très bien, mais qu’on en tire une conséquence inverse, c’est scandaleux et malhonnête.
21 juillet 2008 à 20:05Belle illustration de la bêtise du « raisonnement » que j’évoquais au début de ce billet :
Source : Nouvel Observateur.