Le nombre et la liberté
A la suite d’un billet traduisant partiellement un article très critique sur Lovelock il y a eu un court débat dont je cite un échange avec el topo :
Mais est-on sûr que l’humanité est véritablement surnuméraire par rapport aux ressources de la planète ?Tout dépend ce que l’on appelle les ressources de la planète. Si l’on parle du strict minimum, alors, certainement pas. Maintenant, si on évoque le “superflu”, comme le respect de l’esthétique des paysages, par exemple, le seuil commence à être atteint dans de nombreuses régions du monde.
Tout est une question de degré. Mais, oui, après tout, on peut très bien vivre en se contentant d’une nourriture minimum, d’une culture minimum, d’un art minimum, d’une sphère privée minimum, etc. Et comme disait je ne sais plus qui, l’homme étant infiniment destructible, je pense que l’on pourra, de génération en génération, rabaisser ce seuil minimal…
Ce qui suit illustrera mon propos.

La sélection naturelle décidera sans conteste en temps utile qui est le plus à même de survivre : une population maximum d’êtres humains évoluant dans un semi-désert atteignant à peine le seuil de subsistance - le monde du bien-être ultime - ou quelque autre système social moins onéreux regroupant moins d’individus. D’aucun affirmeront qu’un monde de plusieurs dizaines de milliers de millions d’êtres humains est non seulement possible mais tolérable grâce au développement de la technologie. Il n’en demeure pas moins que l’ampleur de la réglementation, de l’autodiscipline et du sacrifice de la liberté personnelle qui serait alors imposée par nécessité à tout un chacun dans un univers aussi peuple le rendrait inacceptable à la majorité, selon les critères actuels. N’oublions pas cependant que les conditions de vie dans la Chine et l’Angleterre actuelle indiquent que l’existence dans un environnement à haute densité n’est ni impossible ni forcément déplaisante. Pour qu’un tel régime soit applicable à l’échelle mondiale, une compréhension et une connaissance claires de nos limites territoriales au sein de Gaïa seraient indispensable, et il conviendrait de préserver de manière scrupuleuse l’intégrité de ces régions capitales qui assurent la régulation de la santé planétaire.
[…]
Attendu que nous participons de manière inextricable à la technosphère, y renoncer est aussi irréaliste que de sauter par-dessus le bastingage d’un navire au milieu de l’Atlantique pour effectuer le reste du trajet an jouissant d’une indépendance glorieuse. Divers groupes ont essayé d’échapper à la société moderne et de retourner vers la nature. Presque tous ont échoué, et lorsqu’on examine les rares succès partiels, on constate qu’ils reçoivent un puissant soutien de la part du monde qu’ils rejettent. Il existe une analogie à cette situation au niveau de Gaïa […]. Des micro-organismes et parfois des formes de vie plus complexes ont réussi à coloniser un environnement extrême, tel qu’une source d’eau bouillante ou un lac salé, mais s’ils survivent c’est uniquement parce que les autres participants, membres de Gaïa, assurent la fourniture d’éléments essentiels à leur survie tels que l’oxygène et les aliments. Au même titre que la tolérance de l’excentricité personnelle est le propre d’une civilisation riche et qui connaît le succès, l’acceptation des excentricités biologiques dénote une organisation supérieure. Ces dernières ne sont imaginables que sur les planètes florissantes. […]. Une solution plus prometteuse aux problèmes que nous nous sommes créés est celle du mouvement de technologie alternative, ou appropriée. Celle-ci reconnaît avec honnêteté notre dépendance face à la technologie mais s’efforce de sélectionner les seules parties de celle-ci qui sont décentes et modérées dans leurs besoins de ressources planétaires.
James Lovelock, La terre est un être vivant. L’hypothèse Gaïa, Paris, 1993, pp. 152 et 160-161.
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29 juillet 2008 à 7:35[...] n’y a pas très longtemps, j’ai cité un texte de James Lovelock auquel certains écologistes conséquents pourraient, je le crois, souscrire. En revanche, [...]