Actualités
Morale et vente d’organes
Des chirurgiens, des avocats et des philosophes de 78 pays ont dit « non » (non !) au tourisme de la transplantation. Il est jugé immoral que les riches occidentaux achètent des organes à de pauvres gens de l’hémisphère Sud… Voilà qui est une belle décision morale, reste à savoir si les donneurs potentiels qui ne recevront pas d’argent et si les transplantés en attente qui mourront faute d’organe en seront si heureux.
L’impératif catégorique kantien a pourtant ses limites. Cette décision est, certes, moralement défendable sur le terrain général de la soumission des pays du Sud à ceux du Nord ou que sais-je encore, mais elle l’est, sans doute, beaucoup moins dans chaque particulier. L’éthique et la morale sont des notions personnelles et personne d’autre, en dehors des religions constituées pour leurs fidèles, ne devrait décider à la place des individus.
Lutter contre ce marché international des organes ne peut guère avoir que deux conséquences, en augmentant les coûts : l’interdire aux demandeurs d’organes les moins riches et rendre éventuellement rentable le « vol » d’organes.
Maintenant, cela ne veut pas dire pour autant que cette pratique est « morale », ni qu’il n’y a pas quelque chose de l’ordre du cannibalisme (je dis ça dans un bête but de provocation), mais je ne vois pas de solutions. Les portes que la science ouvre ne peuvent guère être refermées par l’indignation morale, voilà tout.
Source : New Scientist.
















9 juillet 2008 à 16:33« l’interdire aux demandeurs d’organes les moins riches et rendre éventuellement rentable le “vol” d’organes. »
L’argument ne tiens pas, ce n’est pas parce qu’une règle est mal respecté qu’il faut la supprimer.Évidemment, il y aura toujours à la marge des pratiques illégales, et alors?Parce qu’il y a des meurtres vous en concluez qu’il faut supprimer l’interdiction de l’assassinat?
Citer
9 juillet 2008 à 16:37@ ZI
Pour l’interdiction du meurtre, je ne sais pas (enfin, je veux dire par là qu’elle doit subsister, et que je ne la discute pas).
Mais notamment parce qu’il y a des trafics de drogues (et tout ce qui s’ensuit), je pense qu’il faut supprimer l’interdiction des drogues.
Et puis, c’est vrai que j’aime bien les drogues (quoique pas toutes, à vrai dire)…
Citer
9 juillet 2008 à 16:59Ce n’est pas mon propos, mais, trois remarques, néanmoins : 1. lors d’un meurtre, il y a une victime, dans une vente contractuelle, il n’y en a pas. Il est donc abusif de passer de l’un à l’autre ; 2. l’existence de la légitime défense montre qu’il n’y a pas une interdiction absolue de tuer, puisque l’agresseur qui perd la vie n’est pas, d’un point de vue moral, la victime de celui qui l’a tué, mais de lui-même ; 3. mon argument n’est absolument pas un argument formel, c’est juste une banale constatation ; il ne porte pas tant sur le droit que sur le fait. Je trouve moralement contestable de prôner quelque chose au nom de principes moraux, si, pour respecter abstraitement ces principes, on accroît la somme des souffrances effectives.
Citer
9 juillet 2008 à 18:05Ce qui me gêne, c’est que l’argent soit le moyen du contrat. C’est lui qui rend la transaction immorale. Cela rend la valeur de la vie du riche intrinsèquement plus importante que celle du pauvre. Il faudrait un autre média, par exemple un troc: je t’offre un rein contre un morceau du foie de ta fille pour mon neveu.
Citer
9 juillet 2008 à 18:12Oui, et pour assurer le caractère équitable du troc, on pourrait instaurer une unité d’évaluation et de mesure que l’on appellerait le cepadufric. Comme ça, par exemple, si je ne veux de morceau de foie aujourd’hui, parce que je n’en ai pas besoin, il suffira qu’on me donne un papier où sera inscrit le nombre de cepadufrics convenu avec l’autre troqueur et, ainsi, je pourrai utiliser ce papier, à une autre occasion, pour un autre bout de foie ou, je sais pas moi, un morceau de main…

Etc.
Franchement, je ne comprends où on peut vouloir en venir avec ce type d’approche…
Citer
9 juillet 2008 à 18:16La santé n’a pas de prix. Chacun en conviendra (surtout le malade demandeur en attente de greffon). A ce titre, vendre un organe est toujours un marché de dupe pour le vendeur.
Citer
9 juillet 2008 à 19:59C’est précisément là un des problèmes : poser en axiome que la santé n’a pas de prix…
Citer
9 juillet 2008 à 20:20La santé n’a pas de prix, l’éducation n’a pas de prix, la culture n’a pas de prix, la défense… non, rien.
Citer
9 juillet 2008 à 20:23A combien estimez-vous donc le prix de votre vie? A partir de quel prix consentiriez-vous à prendre la place d’un cancéreux bourré de métastases et en fin de vie? Quel est votre prix pour vendre vos deux reins et passer le reste de vos jours en dialyse? A partir de quelle somme seriez-vous prêt à subir une intervention chirurgicale relativement lourde, susceptible de complications sans qu’elle soit pour vous d’aucun bénéfice attendu sur votre santé pour qu’on vous prélève un lobe hépatique ou un rein?
Etes-vous fan de la roulette russe? Combien faut-il vous donner pour que vous consentiez à participer à ce jeu? Pour quel prix seriez-vous prêt à sauter en parachute en sachant qu’il y a 5% de chances qu’il n’y ait pas de parachute dans le sac que vous avez sur le dos?
La santé n’a pas de prix parce qu’elle est le socle sans lequel rien n’est plus possible dans la vie. Si c’est un axiome indémontrable, il est en tout cas fondamentalement évident et il n’y guère que des personnes en excellente santé capables d’émettre une hypothèse contradictoire.
Citer
9 juillet 2008 à 20:38Si pardon, il reste une possibilité le suicide ou le don altruiste (entre frères par exemple) mais là il n’est plus question d’argent.
Quand il est question d’argent, il y a toujours comme vendeur quelqu’un qui ne peut faire autrement, qui a la main forcé par la vie, un désespéré. Et forcement, un profiteur de l’autre côté.
Citer
9 juillet 2008 à 20:40Les miracles sont gratuits, les médicaments, les heures de soin par une infirmière, le temps de consultation par un médecin, etc., tout cela ne l’est pas. De ce fait, la vie a, bien évidemment, un prix, celui que l’on est prêt (et capable) d’offrir pour la sienne propre ou pour celles de ses proches, ou celui que l’on est obligé de donner pour des inconnus par le biais d’un système de redistribution.
Vous mêlez une considération morale — la vie humaine n’a pas de prix — avec la série des cas particuliers dans la quelle il y a telle personne meurt faute de soin à l’autre bout du monde alors qu’avec l’argent du dernier CD que l’on s’est acheté, on aurait pu lui offrir les médicaments qui l’auraient sauvé. Sa vie avait un prix…
Citer
9 juillet 2008 à 20:45A voir à ce sujet « The island »
http://www.theisland-themovie.com/
Citer
9 juillet 2008 à 20:46Si je n’achète pas à manger, je ne mange pas et si je ne mange pas, il est probable qu’au bout d’un moment, cela me sera fatal, aussi fatal de ne pas se faire greffer tel organe pour une personne qui en a besoin. Suis un profiteur de la grande surface du bout de ma rue (ou de l’épicier arabe en bas de chez moi) ? Est-ce au contraire eux qui m’exploitent, puisque sans cette nourriture qu’ils me vendent au prix fort, je meurs de faim ?
Citer
9 juillet 2008 à 20:49Le seul argument véritablement valable contre la vente d’organe n’est pas celui que vous avancez, selon moi, il est celui de la possibilité de vendre la partie et pas le tout, dit autrement, si on peut vendre un de ses reins, pourquoi ne pourrait-on pas vendre tout le reste d’un bloc, c’est-à-dire se vendre en entier ? On voit là, bien sûr, l’impasse politique, sociale et surtout morale sur laquelle cela débouche.
Citer
9 juillet 2008 à 20:52Pour avancer dans le débat, que souhaitez-vous, alors, Thierry ? Qu’on transforme cette prise de position morale en contrainte, avec police, amende, prison, etc. ?
Citer
9 juillet 2008 à 21:01Si les moyens de maintenir, de préserver ou de rétablir la santé ont un prix, la santé en elle-même n’en a pas. Celui qui l’a (le donneur potentiel d’organe) n’a pas besoin de payer quoi que ce soit, n’a pas besoin de soins et il n’a aucun intérêt à la mettre en péril et a susciter une probabilité de soins, serait-ce pour une montagne d’or.
Citer
9 juillet 2008 à 21:17« Pour avancer dans le débat, que souhaitez-vous, alors, Thierry ? Qu’on transforme cette prise de position morale en contrainte, avec police, amende, prison, etc. ? »
Non, non, non, surtout pas d’état, de police, de coercition, etc, etc…Je rêve d’éthique personnelle et de responsabilité, l’île aux enfants quoi, une utopie.
Et à défaut une banque de données internationales pour les dons d’organe afin d’éviter autant que possible le don d’organe sur donneur vivant sauf dans les cas des dons « altruistes » intrafamilaux et de répondre au mieux à la demande de tous et pas seulement des riches. Sur ce type de produits, organes et tissus humains, je crois qu’il est nécessaire de maintenir le DON et d’éviter le commerce.
Citer
9 juillet 2008 à 22:30ahlalal ça sent la culpabilité du nord face au sud tout ça. Et si un riche vietnamien voulait acheter un rein à un français, cadre moyen mais qui a du mal à joindre les deux bouts (cf le pouvoir d’achat et tout le tralala) pour sauver son jeune fils.
Tout le monde pencherait la tête de coté en faisant: » aaaaa comme il a raison ».
Et si la vente d’organe, organisé, régulé par le marché et des entreprises pouvaient sortir de l’ornière les « pays du sud » ?
Il n’est nullement question de TUER quelqu’un pour avoir son rein, mais de prélever des organes ou des tissus, sans détruire la vie, pour en aider une autre, pour faire du commerce.
J’aimerais savoir combien de chinois meurent chaque année dans les usines qui fabriquent les jouets de nos enfants pour Noël.
Je prefererais que cet ouvrier chinois vende de sa moelle pour assurer les études supérieures de ses enfants, qu’eux mêmes deviennent médecins et aillent s’installer au Vietnam pour guérir des plus pauvres.
LE CORPS EST A VENDRE. Je vends mon intelligence (ouais quoique), je vends mes mains, mon endurance à mon employeur. Quelle est la différence ?
J’ai déjà eu 4 ponctions lombaires, j’aimerais que la 5ème me fasse un 13ème mois.
Non mais…
Citer
9 juillet 2008 à 23:42« ahlalal ça sent la culpabilité du nord face au sud tout ça. Et si un riche vietnamien voulait acheter un rein à un français, cadre moyen mais qui a du mal à joindre les deux bouts (cf le pouvoir d’achat et tout le tralala) pour sauver son jeune fils.
Tout le monde pencherait la tête de coté en faisant:” aaaaa comme il a raison”. »
Je crois pas que ca se limite a une relation nord/sud mais tout simplement une relation de pouvoir inégale entre pauvre/riche , si les organes se vendent , les pauvres reduiront leurs durées de vie a cause des opérations subits , et les riches l’augmenterons grace aux organes achetés .Que ces acheteurs ou vendeurs soit en france ou au vietnam c’est la meme relation inégale.
« Il n’est nullement question de TUER quelqu’un pour avoir son rein, mais de prélever des organes ou des tissus, sans détruire la vie, pour en aider une autre, pour faire du commerce. »
Une anesthésie n’est jamais sans risque et une prelevation de rein a toujours des conséquences sur la santé a long terme.
Citer
9 juillet 2008 à 23:52L’anesthésie est un risque, pas un meurtre. Les hôteliers qui travaillent à Phuket RISQUENT un tsunami mais pourtant personne ne trouve à redire à leur activité.
Il existe un trafic d’organes, dû à l’hypocrisie de tout le monde. Mettons tout à plat, et gérons ça de manière pragmatique, réaliste et transparente.
Citer
9 juillet 2008 à 23:59Reste, alors, le problème que j’ai soulevé plus haut.
Citer
10 juillet 2008 à 1:26L’impératif kantien a du bon, je dois dire… La Cosette de Hugo vendant ses cheveux et ses dents le fait « contractuellement » mais on sent bien qu’il y a quelque chose qui coince. L’utilitarisme (=minimiser la somme des souffrances effectives) a des limites, comme, je crois, l’a expliqué John Rawls, et comme nous le souffle notre intuition personnelle (ou notre culture judéo-chrétienne, je ne saurais trop faire la part d’inée et d’acquis dans mon cas personnel). Je crois sain de fixer un seuil en-dessous duquel on considèrera que la dignité humaine est atteinte, et d’estimer que commercialiser les organes, c’est descendre en-dessous de ce seuil. Vous me direz – et c’est parfaitement défendable – que cette « dignité » n’est qu’un mot et qu’il est plus facile de s’en gargariser que de se colleter avec les réalités du terrain – des gens qui souffrent de la faim, et que la vente d’un rein pourrait sauver de la misère. Mais je pense que la vie sociale repose justement sur l’intime conviction de chacun que ce n’est pas seulement un mot mais une valeur (autrement dit quelquechose qui nous transcende, pour reprendre le vocabulaire kantien) ; et je pense qu’il est prudent de condamner légalement les pratiques qui l’entament. Sans doute réac comme position, mais je ne sais pas trop où ça nous entraîne de nous en éloigner. On joue vraiment aux apprentis sorcier à légaliser ce genre de commerce…
Citer
10 juillet 2008 à 5:08Bien sûr que la santé a un prix. Je le paie chaque mois avec ma prime d’assurance maladie et accident. La socialisation de la santé est probablement un problème bien plus grave qu’on ne le pense généralement. Cela débouche sur l’interdiction de fumer, la taxation des produits gras pour bientôt, et j’en passe!
Citer
10 juillet 2008 à 9:22Si on veut vraiment parler de jouer aux apprentis sorciers, ce n’est pas en aval mais en amont qui faut regarder et se souvenir de l’affirmation justifiant l’avortement : « le corps de la femme lui appartient« . Alors, au nom de quoi ne pourrait-elle pas vendre un morceau de ce qui lui appartient et, puisque l’on ne saurait être sexiste, pourquoi l’homme en général ne pourrait-il faire de même ?
Nous n’en sommes pas encore à discuter de morale, nous restons toujours à la posture morale.
Citer
11 juillet 2008 à 9:36Le corps est-il la propriété de celui qui en dispose au sens où il pourrait en faire commerce (ventes d’organes et ventes d’esclaves)? Dans ces conditions, la vente d’organe devient possible, mais aussi l’esclavage et le meurtre qui devient aussi si peu répréhensible qu’un simple vol.
Le corps est-il la propriété de celui qui en dispose au sens où il possède sur lui un droit inaliénable à en disposer, ce droit étant le pendant d’un devoir qui oblige l’usufruitier de ce corps à s’en rendre digne afin de s’élever à la condition d’Homme sans quoi il se ravale au rang d’un animal dont effectivement on peut faire commerce de la viande?
Citer
11 juillet 2008 à 10:46Il y a probablement une maladresse à parler de « propriété du corps ». Il s’agit d’autre chose. Mais si on ne sait pas précisément quel est le rapport entre un individu et son corps, on sait au moins que personne d’autre que cet individu ne possède son corps. Cela suffit me semble-t-il à rendre caduques tous règlements et lois qui limitent la liberté d’action par rapport à son propre corps, car interdire à quelqu’un d’agir comme il l’entend avec son corps à lui, c’est se comporter de facto comme le propriétaire du corps de ce quelqu’un.
Citer
11 juillet 2008 à 17:47« une banque de données internationales pour les dons d’organe »
J’espère que vous envisagez bien les travers d’une telle solution, hein.
Parce que vous vous proposez là de substituer à une sélection par l’argent (avec tous ce qu’elle a de discutable) une autre forme de sélection. Et les hauts-fonctionnaires chargés de gérer cette banque de données, et les employés, et leurs familles, et leurs amis, et les ceusses qui seront en mesure de les corrompre, et, et…
Enfin bref, votre projet est non seulement bancal d’un point de vue éthique, mais (et là c’est pour moi rédhibitoire), il crée une nouvelle instance coercitive.
« Pouah ! », dirais-je…
Citer
11 juillet 2008 à 18:58Faut peut-être pas voir des enculés partout. Je pensais simplement à essayer d’organiser mieux l’offre et la demande afin d’éviter autant que possible les dérives commerciales, juste mettre en relation les différents fichiers nationaux faute de mieux et non pas monter une usine à gaz de plus.
Et de toute façon, la principale barrière est génétique (groupage HLA) et il y a toutes les chances pour les greffons qui nécessitent une compatibilité HLA assez stricte (ce qui n’est pas le cas du rein, organe principalement concerné par le traffic commercial puisque double) se trouvent dans une proximité ethnique et donc géographique dans la majorité des cas.
Citer
12 juillet 2008 à 13:34Oui, c’est intolérable, il faudrait interdire cela : c’est discriminant
Citer
12 juillet 2008 à 15:47Je viens d’appeler la HALDE pour leur signaler cet état de fait afin que le concepteur du groupe HLA s’explique sur ces inégalités discriminantes.
Citer
23 août 2008 à 17:46