Poudres magiques et intelligence
J’ai déjà évoqué Ritaline et Provigil, deux médicaments qui, une fois détournés de leur usage initial, permettent d’améliorer les capacités cognitives.

Il est bien sûr interdit de les utiliser à ces fins, or, c’est à la fois futile et stupide, comme le fait remarquer The Economist. Futile parce qu’Internet permet de s’en procurer sans mal, et de toute façon, bien des médecins peuvent se montrer conciliants. Stupide, parce que cet usage détourné présente un intérêt évident pour celui qui prend la décision d’y recourir et qui est, le plus souvent, parfaitement conscient de ce que cela implique.
C’est notamment le cas d’une nouvelle famille de médicaments qui pourrait être détournée pour le plus grand profit de ceux qui ont besoin d’aller au-delà de leurs capacités intellectuelles ordinaires. L’ampakine (est-ce le terme français exact ?) améliore l’activité du glutamate, un neurotransmetteur lié à la mémoire. Le CX717, un composé d’ampakine, permettrait, ainsi, de lutter contre l’Alzheimer sans modifier la pression sanguine. En l’utilisant, une personne qui ne serait pas atteinte par cette maladie verrait donc sa mémoire être améliorée (le vieillissement de la population occidentale qui cause une forte augmentation des recherches sur la maladie d’Alzheimer a cette étrange conséquence).
Je vois dans les questions que cela soulève l’exact écho de ce qui a été dit ici à propos de ce que l’on appelle l’eugénisme libéral : peut-on priver les individus de leur liberté de choix, alors que celle-ci débouche sur une amélioration très nette de leurs conditions de vie, au nom des conséquences futures, même quand on les devine néfastes ? La véritable question est là et, en même temps, il est absurde de la poser tant l’évolution scientifique et ses conséquences morales sont inéluctables. Parfois, la science pense ou décide pour nous.
L’ignorance, c’est comme la virginité, ça ne se retrouve pas. Nous utiliserons de plus en plus de substances pour nous améliorer de même que nous nous livrerons à un eugénisme individuel massif. Je ne crois pas que l’on puisse honnêtement imaginer que le futur soit autre. A moins de rêver d’une sorte de Jihad Butlérien obscurantiste sur le modèle de ce qu’à décrit Frank Herbert, dans Dune, à propos des machines pensantes, nous pouvons avoir la quasi-certitude que notre futur proche sera celui-là . Peut-être — certainement — cela ne durera qu’un temps, mais nous en passerons par là , c’est certain.
Source : The Economist.
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8 juillet 2008 à 15:57“Peut-on priver les individus de leur liberté de choix, alors que celle-ci débouche sur une amélioration très nette de leurs conditions de vie, au nom des conséquences futures, même quand on les devine néfastes ?”
Y-a-t-il véritablement une liberté de choix? Si mon voisin devient super-intelligent après avoir pris une pilule, me reste-t-il vraiment un choix à moi qui jusqu’ici n’en ai justement pas fait (de choix)? Soit faire comme lui, soit appartenir désormais à la race des néo-crétins. Il faudra bien que je suive…
Darwin est mort. L’homme a flingué l’évolution et s’y substitue par la technique. Mais l’évolution avait le mérite d’être très lente. L’homme, lui, va beaucoup trop vite. Posons nous et réfléchissons sans pilules. Nous avons bien un peu de temps avant de devenir super-intelligents.
Et si on sait les conséquences néfastes pour le futur d’une innovation technique du jour, il faut peut-être alors s’en remettre à Hans Jonas et à son principe de précaution. Mais cette prédiction, ce savoir des conséquences est souvent incertain; c’est çà le problème.
8 juillet 2008 à 16:30Il y a une très importante différence entre se sentir obligé et se voir imposer. A tout prendre, il me semble qu’il vaut mieux la première de ces alternatives.
8 juillet 2008 à 16:52C’est tout de même pas ma faute si mon voisin ne lit pas, ne devient pas plus intelligent que moi grâce à ce livre. Et je ne peux pas l’obliger à lire tous les livres du monde pour être meilleur que moi.
Bon ok ma comparaison est grossière et naïve…
8 juillet 2008 à 17:03Moui, je discutais il y a 3-4 ans avec un neurobiologiste au sujet des drogues “améliorant” l’efficacité du fonctionnement du cerveau. Il était extrêmement dubitatif. Donc, à suivre, sans plus.
8 juillet 2008 à 17:15Etant donné le taux d’utilisation au sein de la communauté scientifique, je pense que nous n’en sommes plus là . Certes, ces drogues ne font pas d’un imbécile un génie, mais elles peuvent ponctuellement donner un léger coup de pouce. De même que le café ou le thé. Faisons un test, prenons un laboratoire plein de postdocs et mettons-les, en période de bourre, à l’eau plate : ni coca, ni jus d’orange, ni jus vitaminés, ni café, ni thé, ni aspirines, ni efferalgan codeine ni rien… On verra combien de temps cela durera avant qu’il y ait une insurrection sanglante
8 juillet 2008 à 17:32Ça, c’est assez connu, j’avais lu que 75% des étudiants en médecine de Montpellier étaient sous produits.
Mais je reste très dubitatif. Si ça améliore une capacité, ça déséquilibre forcément une autre capacité.
Si vous prenez une fiat et que vous lui mettez un moteur de ferrari, ça sera marrant 5 minutes, mais au premier virage, vous ferez moins le malin. Ce qu’on acquiert en vitesse de réflexion, pourquoi pas, mais si la mémorisation ne suit pas, je ne vois pas l’intérêt.
8 juillet 2008 à 17:47Ah ? Au nom de quelle loi d’équité ? Que les péchés commis dans ce monde soient payés dans l’autre, c’est un axiome théologique, mais que la consommation d’une drogue aujourd’hui ait demain des conséquences négatives proportionnelles au plaisir ou à l’avantage que l’on y a trouvés, je ne vois pas d’où ça vient (enfin, si, c’est de la théologie sécularisée, cf. Carl Schmitt)…
8 juillet 2008 à 20:53Aucune loi, juste le scepticisme.Les remèdes miracles sont rares, il est logique et prudent de penser que des effets secondaires existent.
8 juillet 2008 à 23:37Bon, mon analogie de la voiture qui gagne en vitesse mais qui n’a jamais été conçue pour ça, ce que le conducteur découvre au premier virage, n’a pas été comprise. C’est l’image, je crois, que le neurobio suscité avait utilisé pour me décrire les problèmes rencontrés.
8 juillet 2008 à 23:40J’ai aussi conscience de la nullité de ma réponse par rapport à la tienne, SDX, mais j’assume.
9 juillet 2008 à 8:13(Je crois que le dernier commentaire de Scorpius veut dire : SdX, donnez-moi SVP les références de vos pilules)
27 juillet 2008 à 23:12Le glutamate ça m’excite ! Bon les pilules miracles ça n’existent. En suite, il ne fait pas faire des raccourcies aussi facile. L’ampakine (merci mon ami Pubmed) permet l’augmentation de l’activité des récepteurs AMPA et donc de la LTP (potentialisation à long terme) qui est impliqué dans les processus de mémorisation par exemple. D’où le fait que l’ampakine induit une méilleur mémorisation. Mais mémorisation ne signifie pas intelligence.
Ensuite notre très cher glutamate et ses récepteurs dont le récepteur AMPA est aussi excitotoxique entrainant la mort cellulaire des neurones. Donc tout est une question d’homéostasie et de régulation.
Donc avaler des doses considérables de cette pilules en pensant que cela va amélioré l’intelligence est complètement stupide.