Quand l’argent ne fait pas le bonheur

Il y a quelques jours, Scorpius évoquait un article du Washington Post sur l’usage du temps libre chez les riches et chez les pauvres, d’où il ressortait que l’argent ne faisait pas le bonheur (et il le faisait à propos d’un billet sur le sentiment de bonheur et le positionnement politique, tout se tient)…



C’est un lieu commun de le dire et on le dénonce souvent pour tel, mais à y réfléchir, si on a le nécessaire et un peu de superflu, on peut être, en fin de compte bien plus heureux qu’avec beaucoup de superflu qui étouffe le nécessaire…

Cela dit, la récente étude menée par le prix Nobel d’économie Daniel Kahneman ne convainc qu’à moitié. En effet, il avance que les plus riches (au-delà de 100 000 $ de revenu annuel) ont moins de loisirs que les plus pauvres (en deçà de 20 000 $) parce qu’ils consacrent moins de temps aux loisirs passifs (comme regarder la télévision).

A l’inverse, je suis bien d’accord pour placer le shopping parmi les loisirs stressants (et vain). Je n’ai rien contre la consommation, ni contre l’appropriation de biens au-delà du nécessaire, mais je pense que cela peut devenir un poids. Avoir dix paires de chaussures, très bien (je n’en ai que deux, dont une trouée), en avoir cent, pourquoi pas, en avoir plus de mille, cela devient une charge plus qu’autre chose. Il faut aussi insister sur le fait que plus la quantité de biens matériels est élevée, plus la fragilité face au dénuement est grande.

Pour en revenir au postulat de départ, cela me semble être une erreur que de placer au sommet du loisir la passivité. Cependant, ce constat permet de comprendre que certains parmi les plus pauvres n’ont aucun intérêt à devenir plus riche. Après tout, si l’on considère que manger des friandises en regardant la télé est le sommet du confort, alors il est inutile, voire nuisible d’avoir d’importants revenus…

Source : Washington Post.


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12 commentaires pour “ Quand l’argent ne fait pas le bonheur ”

  1. On est en effet à moitié convaincus… La TV comme paradigme du loisir, mouais… et la lecture ? le sport (je ne vise aucun geek en particulier) ? la chasse au sanglier ?

    Schizodoxe, je compatis pour votre chaussure trouée, moi c’est les chaussettes.

  2. On est pauvre parcqu’on regarde la télé, ou on regarde la télé parcqu’on est pauvre ?

  3. Je ne sais pas, mais on n’es pas moins pauvre en ne la regardant pas… En tout cas j’ai l’impression que, question loisirs, la télé c’est un peu dépassé, maintenant “on” passe plus de temps sur le Oueb, et là je suis pas sûr qu’il y ait une différence flagrante entre pauvres et riches.

    Tout ça me fait penser à une étude que j’avais vue il y a 1 ou 2 ans, une étude canadienne il me semble, montrant que les amateurs de musiques “metal” étaient essentiellement des dépressifs ou des futurs potentiels suicidés, que les auditeurs de musiques “pop” étaient globalement heureux, et que les plus jovials étaient les amateurs de… rap et de r’n'b… Affligeant. Moi, Schizodoxe, je le trouve plutôt plein de gaieté, non ?!

  4. Bah, il va bientôt faire trop chaud pour écouter du Black Metal. Je vais me remettre en position jazz pour toute la durée de l’été :)

    D’ailleurs, à propos du jazz, je me demande dans quelle mesure il y a eu autre chose de nouveau, depuis un siècle, que cette musique géniale. Toutes les musiques actuelles en découlent (pour le meilleur comme pour le pire), même le NSBM (ils doivent en être contents…).

  5. Je me pose la même question. J’avais tendance à penser que quelque chose de neuf sortirait du rock et de la musique électronique, mais on tourne en rond… Il y a bien Cali, sinon… Nan, il faut sûrement attendre comme une sorte de tournant métaphysique, ou une mutation anthropologique, qui induira une musique nouvelle…

  6. et les collages surréalistes de Nurse With Wound ?

  7. D’ailleurs, à propos du jazz, je me demande dans quelle mesure il y a eu autre chose de nouveau, depuis un siècle, que cette musique géniale. Toutes les musiques actuelles en découlent (pour le meilleur comme pour le pire), même le NSBM (ils doivent en être contents…).

    Ahum… le blues, tant que vous voudrez, mais le jazz, j’en doute plus que très fort.

  8. Le blues est un jazz enroué (ou le jazz un blues enjoué). Oui, bon, le blues, pas le jazz, ok, ok, je me suis emporté…

  9. Bah, il va bientôt faire trop chaud pour écouter du Black Metal. Je vais me remettre en position jazz pour toute la durée de l’été

    Voilà qui illustre mon propos, l’été est cruel pour le Metal :

  10. [...] parlions précédemment de l’avenir de la musique. Ici se trouve peut-être une évolution de la manière de faire de [...]

  11. sur les questions de bonheur, je vous conseille cette lecture (si vous ne l’avez pas déjà lu !):

    http://www.amazon.fr/paradoxe-choix-Comment-culture-labondance/dp/2749905524

    cordialement

    Paulo

  12. Ça m’évoque ce que j’avais écrit ici :

    Le long de l’Orénoque, entre le Brésil et le Venezuela, des chasseurs-cueilleurs vivent avec l’équivalent de 90 $ par personne et par an ; sur les bords de l’Hudson, entre l’état de New York et le New Jersey, les revenus moyens par habitant et par an sont de 36 000 $, soit 400 fois plus.

    Mais cet écart n’est rien comparé à celui qu’il y a entre les quantités de différents produits accessibles aux uns et aux autres : sur les rives de l’Orénoque, les chasseurs-cueilleurs ont accès à 300 produits différents, mais à Manhattan, ce sont dix milliards de produits qui sont disponibles, soit 33 millions de fois plus !

    L’écart est donc à la fois plus important et moindre que l’écart simple entre les revenus. Plus importants, les chiffres parlent d’eux-mêmes ; mais moindre, aussi, car la faiblesse de l’offre rend la faiblesse de la demande moins prégnante.

    Car si, quand il y a peu de choix, le manque de moyens est faiblement ressenti, à l’inverse, quand il y en a beaucoup, ne pas pouvoir se satisfaire est perçu comme une privation intolérable. C’est peut-être pour cela que dans le tiers-monde on travaille très dur pour avoir l’essentiel et on est heureux de pouvoir assurer le nécessaire à soi et à sa famille alors qu’en Occident, on peut voler ou tuer pour du pur superflu.

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