Pourquoi les pygmées ?
Il y a quelque temps, j’évoquais les pratique cannibaliques dont ont été victimes les pygmées, en Afrique. Je rappelais, à ce propos, que pour beaucoup d’Africains, les pygmées ne sont tout simplement pas des hommes. Mais avant de leur jeter la pierre, n’est-il pas possible de trouver quelques circonstances atténuantes à leur erreur criminelle ?

Avant d’aller plus loin, et pour éviter les malentendus, je précise qu’il ne fait aucun doute pour moi que les pygmées sont des hommes, je veux juste m’interroger sur ce qui pousse un grand nombre d’Africain à leur refuser cela.
La différence la plus évidente des pygmées avec leurs voisins est, bien sûr, la taille. Par définition, les pygmées font moins de 1,55 m. Mais il y a d’autres traits qui leurs sont propres et qui peuvent les faire apparaître comme radicalement différent. Tout d’abord, leur espérance de vie est très courte. Certes, il y a les conditions de vie qui l’écourtent, mais si on la compare à celle de populations équivalentes dans leur mode et leur milieu de vie, elle est, avec 24 ans au maximum (16 pour certains groupes), de 10 à 20 ans inférieure. Et cela n’est pas uniquement le fruit du milieu, car l’âge de l’aménorrhée et celui de la maturité sexuelle (12 ans) sont, peu ou prou, proportionnels à ce dernier chiffre.
On a donc là , je pense, les éléments qui permettent de comprendre l’attitude de ceux qui refusent de voir en eux des hommes : ni leur taille, ni leur rythme reproductif, ni leur espérance de vie ne sont en accord avec ceux de leur voisin. De ce fait, leurs voisins ne voient pas en eux des semblables, mais des singes… et, accessoirement, ils les mangent.
Pourtant, toutes ces particularités ne sont que des déclinaisons évolutives de la norme humaine, car tout cela n’est qu’adaptation issue de la sélection naturelle. Tout ? Peut-être pas tout à fait, puisque d’autres populations ont été confrontées aux mêmes conditions de vie sans évoluer dans ce sens, mais certainement oui pour l’essentiel.
La petite taille favorise la thermorégulation et le déplacement dans les forêts denses, deux choses importantes pour des chasseurs-cueilleurs en zone tropicale. La malnutrition et les maladies peuvent expliquer, par la surmortalité, que l’âge de la procréation ait dramatiquement baissé et, par là même, un déplacement de l’âge adulte et de la vieillesse très en amont de la vie.
Encore une fois, la théorie de l’évolution, bonne fille qu’elle est, nous donne la clef du problème. Les pygmées sont comme ils sont à la suite de leur évolution et cela ne les fait pas quitter la famille humaine, ni génétiquement, ni culturellement, puisqu’ils partagent, avec tous les hommes, les mêmes ancêtres humains.
D’ailleurs, cela peut nous donner des pistes de réflexion pour penser l’avenir quand des branches entières de l’humanité se sépareront du tronc commun et muteront.
Sources : The Economist et Scientific American.
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2 juillet 2008 à 16:54“Cela peut nous donner des pistes de réflexion pour penser l’avenir quand des branches entières de l’humanité se sépareront du tronc commun et muteront” ???
Vous voulez parler des socialistes ou des geeks ??!!
2 juillet 2008 à 18:55Pour l’avenir ? Le problème n’est-il pas précisément que ce n’est pas à l’avenir que la question se posera, mais justement maintenant ?
2 juillet 2008 à 19:32Disons que nous sommes à l’heure de l’élevage inconscient, un peu comme les premiers hommes avec les animaux qui allaient devenir les chiens. Nous n’en sommes pas encore à l’heure de l’élevage scientifique et encore moins à celui où les fruits de cet élevage seront visibles… Mais quand ce sera le cas, ils seront pour nous comme des évidences et tout sera joué.