Archive pour juillet 2008

40t Prototype Tank

Jeudi 31 juillet 2008

Mishima : a life in four chapters

Jeudi 31 juillet 2008

Pour moi, je ne me suis jamais intéressé qu’aux lisières du corps et de l’esprit, les contrées au-delà du corps et de l’esprit. Les profondeurs n’ont pour moi aucun intérêt ; je les laisse à d’autres, superficielles et banales qu’elles sont.

Qu’y a-t-il donc à la lisière externe ? Peut-être le néant, sauf quelques rubans agités dans le vide.

Mishima, Le soleil et l’acier, pp. 103-104.

mishibanJe crois que c’est sur Arte, il y a très longtemps que j’ai vu Mishima : a life in four chapters de Paul Schrader pour la première fois. J’avais à l’époque enregistré ce film sur une cassette VHS qui doit traîner, encore aujourd’hui au milieu de ses sœurs toutes aussi illisibles depuis que je n’ai plus de magnétoscope, les unes enregistrées à la télévision, les autres achetées. J’ai une formidable collection de cassettes de Panda Film, le génial éditeur du cinéma japonais, mais tout cela est vieux, si vieux.

J’ai vu ce film alors que j’avais déjà lu à peu près tout ce qui avait été traduit en français. Traduit de l’anglais en français, car Mishima connaissait la première de ses langues et avait révisé les traductions et tenait à ce qu’elles servent de base aux traductions en langues occidentales.


Mishima, le film, donc, a trois caractéristiques marquantes : sa structure narrative, son hétérogénéité esthétique et son homogénéité musicale. La structure narrative alterne différents récits dont chacun a sa propre unité esthétique, et lui superpose un découpage en quatre chapitres. Les couches narratives sont :

  1. le récit de la dernière journée de Mishima, celle où il « tente » un coup d’Etat fasciste à la tête de sa milice privée (la Tatenokai, Shield Society, SS, il aimait ce nom anglais et la provocation), les images sont filmées en couleur et d’une façon très réaliste, nous ne sommes pas loin du docufiction ;
  2. celui qui va de son enfance à cette dernière journée : son rapport à sa grand-mère, son homosexualité, la littérature, son cheminement politique. Le noir et blanc crée une certaine distanciation, mais le réalisme domine ;
  3. enfin, trois adaptations d’histoires de Mishima, qui forme le noyau des trois premiers chapitres : Beauté avec Le Pavillon d’or, Art avec Kyoko House (je n’ai pas mis la main sur l’édition française de ce texte dans ma bibliothèque, désolé, je laisse donc le titre anglais) et Action avec Chevaux échappés (le troisième volume de la tétralogie La mer de la fertilité dont le dernier manuscrit est remis à l’éditeur par l’auteur le jour même de sa mort).

Toutes ces couches narratives se rejoignent par leur conclusion — l’incendie du Pavillon d’or, le double suicide d’amour sado-masochiste à la fin de Kyoko’s House, le seppuku du terroriste d’extrême-droite à la fin de Chevaux échappés, celui de Mishima, enfin, de la même façon qu’il l’avait décrit dans ce dernier livre et telle qu’il l’avait joué en dans l’adaptation d’un de ses plus beaux textes, Patriotisme (nouvelle du recueil La mort en été) — et forme le dernier chapitre, Harmonie de la plume et de l’acier, là où la pensée rejoint l’action dans la mort.

L’unité n’est possible que grâce au génie de trois hommes : Paul Schrader qui dirige le film, Ken Ogata qui joue, non, qui est Mishima (ah ! la scène du tout début où il revêt son uniforme !) et Philip Glass le musicien.

Si les morts sont les soli, si la violence est le rythme, la musique de Glass est le continuo. L’image du film est sublime, de cela, il n’y a pas à discuter, mais je crois que je pourrais « voir »ce film les yeux largement clos, uniquement par à la musique, grâce à la bande-son, car la musique se mélange à chaque instant aux sons parasites, au bruit de la vie qui foisonne et qui entoure Mishima.

L’harmonie de la plume et de l’acier est ce vers quoi le film et la vie de Mishima tendent. Voici ce que ce dernier disait lors de sa harangue devant des soldats qu’il espérait soulever :

Nous voyons le Japon se griser de prospérité et s’abîmer dans un néant de l’esprit… Nous allons lui restituer son image et mourir en le faisant.

On a voulu voir dans la mort volontaire de Mishima un seppuku classique et formalisé de protestation comme celui de l’époque Tokugawa ou Edo. Non, la mort de Mishima est celle des combattants désespérés de la guerre d’Ônin qui s’éventraient sans art au sommet des châteaux assiégés et dévorés par les flammes et qui jetaient à la face des ennemis leurs entrailles fumantes. Mishima a balancé des tripes pleines de sang, de merde et d’encre à la gueule d’un Japon de salary-men, d’otakus et de schoolgirls.

Et rien ne s’est passé.

Mais, comme disait sa mère à ceux qui lui présentaient leurs condoléances :

Ne le plaignez pas.

Pour la première fois de sa vie, il a fait ce qu’il désirait faire.

Dans le cadre du mois du cinéma japonais organisé par Wild Grounds, à la dernière limite :)

L’agression

Jeudi 31 juillet 2008

lorenzUn livre qui s’appelle L’agression, voilà qui en impose. Mais quand le sous-titre est : une histoire naturelle du mal, on commence à se demander si c’est le genre de chose à mettre entre toutes les mains.

Konrad Lorenz joue cartes sur table dès la première page de la préface :

Mon livre traite de l’agressivité, c’est-à-dire de l’instinct de combat de l’animal et de l’homme, dirigé contre son propre congénère.

Tous les mots sont importants. L’agressivité, c’est-à-dire la violence non provoquée, la violence que l’on dit gratuite, sans toujours y réfléchir et que l’on assimile le plus facilement au mal ; l’instinct de combat, car il s’agit d’un instinct, d’un fonctionnement normal, mécanique, de la machine vivante ; de l’animal et de l’homme, l’un et l’autre héritent du même lot et, à tout prendre, la précision, « et de l’homme », est tout ce qu’il y a de plus superflue ; dirigé contre son propre congénère, l’instinct de combat dont il est question n’est pas la technique de mise à mort du prédateur ou la défense résolue, d’une proie acculée, cet instinct de combat est celui qui se porte sur le semblable, sur le prochain, souvent pour des raisons de sélection sexuelle, d’ailleurs.

Ce livre est important, sa lecture est précieuse, non seulement pour l’éthologue en herbe, mais aussi et peut-être surtout pour qui veut entendre la logique aux allures erratiques de l’animal politique, de l’être humain. J’en ai déjà cité un long passage, je le ferai de nouveau, peut-être plusieurs fois, mais le mieux est de l’avoir chez soi et de le lire, et tant pis pour les maladresses de la conclusion, tout le reste les rachète mille fois.

Le fantôme de Lamarck

Jeudi 31 juillet 2008

La croyance en l’hérédité des caractères acquis par l’habitude, à laquelle on résume souvent Lamarck, était partagée, au moins partiellement, et surtout à la fin de sa vie, par Darwin. Ces deux grands penseurs de l’évolutionnisme ne connaissaient pas, bien sûr la génétique. Darwin avait dans sa bibliothèque un exemplaire du célèbre article de Mendel, mais la légende veut qu’on l’ait retrouvé alors que les pages n’étaient même pas découpées. Une chose est sûre, Darwin aurait pu connaître Mendel, mais il ne l’a pas connu et, de toute façon, de Mendel à la génétique moderne, il y a pas mal d’intermédiaires (Hugo de Vries, Erich von Tschermak, etc. puis James Watson et Francis Crick…).


En France, on a eu beau freiner des quatre fers, la génétique a eu raison de cette forme d’hérédité… du moins, c’est ce qui semble le plus évident. Dans la pratique, de nombreux traits acquis sont héréditaires, mais à une échelle infime, et jusqu’à ce qu’autre chose soit démontré, bien sûr, nous sommes là sur des franges, néanmoins, certains se pose sérieusement la question d’une relative réhabilitation périphérique de cette hérédité dans certains domaines précis. Tout cela revient sur le devant de la scène à l’occasion d’un article de New scientist, alors, j’en profite pour citer une traduction que j’avais faite sur le forum de Futura-Sciences :

Une recherche est actuellement menée par les doctorants de Ken O’Brien de l’Université de Queensland pour mettre à jour les liens entre le Trouble de stress post-traumatique [PTSD] des parents et des désordres tels que le Trouble Déficitaire de l’Attention [ADHD] ou l’autisme chez leurs enfants.

Monsieur O’Brien, de l’Ecole de Recherche des Changements Sociaux de l’Université de Queensland recherche des volontaires parmi les enfants ou les petits-enfants de vétérans du Viêt-nam [NB : les australiens ont participé à cette guerre] pour permettre l’étude des effets sociaux et génétiques des PTSD sur les générations suivantes.

Les volontaires seront interrogés sur leur expérience dans le but de développer des stratégies pour aider les enfants à gérer leurs désordres émotionnels et à développer la résilience au stress.

 »Les vétérans du Viêt-nam sont le groupe le mieux étudié et ont un taux de PTSD très élevé », déclare M. O’Brien.

 »Toutefois, leurs enfants ont été peu étudiés bien que les parents ayant des PTSD ont souvent des enfants qui ont des ADHD, de l’autisme, des syndromes d’Asperger, ou qui sont dépressifs ou anxieux. »

Il précise aussi que beaucoup d’Australiens ont diverses formes de PTSD, qui peuvent être causés par la guerre, des hold-up armés, des viols, des accidents, des prises d’otage et même les agressions verbales à l’école [là, je suis perplexe].

 »Ma recherche est d’enquêter sur les caractéristiques secondes du transfert intergénérationnel de ces états. Il y a beaucoup de façons possibles pour que les PTSD agissent sur le développement émotionnel des enfants. »

 »Le langage employé dans la famille a une puissante influence. »

M. O’Brien dit que les effets des PTSD paraissent pouvoir être transmis aux enfants ou aux petits-enfants via les gènes aussi bien que par le langage, les conditions sociales ou le comportement des parents.

Il s’inscrit dans le un nouveau de l’épigénétique laquelle étudie comment des événements environnementaux peuvent altérer les gènes d’une personne et, de là, passer à la génération suivante.

 »Ma recherche vise à aller dans le sens des publications qui suggèrent une influence environnementale qui « active » ou non un gène ou une série de gènes qui sont alors transmis aux générations suivantes .

 »Nous savons que les ADHD ont été identifiés sur le chromosome 5 de notre génome. C’est un gène que nous avons tous, mais nous n’avons pas tous d’ADHD [c'est heureux]. Il semble alors que le gène n’est pas « activé » par un événement vécu par les parents. »

M. O’Brien dit qu’il est temps de construire un pont entre le modèle médical qui focalise les causes et les conditions sur l’individu et le modèle sociologique qui met l’accent sur les institutions sociales.

'Ce pont peut rapprocher ces deux modèles assez près pour pouvoir bâtir de nouvelles stratégies efficaces. »

On imagine toutes les récupérations philosophiques ou politiques que ce genre de recherche rend possibles…

Sources : New Scientist et Genetic Archaeology.

La technologie de l’information que nous utilisons est incroyablement archaïque

Jeudi 31 juillet 2008


Je pense que le plus grand besoin qu’éprouve un peintre ou un écrivain est l’information. J’aimerais posséder une machine dans mon bureau qui me fournirait constamment de la matière à la création : des extraits de journaux scientifiques, les derniers commérages hollywoodiens, la liste des passagers du 707 qui s’est écrasé dans les Andes, les couleurs entrant dans la composition d’une nouvelle peinture de carrosserie. Nous avons rassemblé, par des procédés divers, cette sorte d’information mais nous utilisons le moyen le plus maladroit qui soit pour le faire, c’est à dire nos propres mains et nos propres yeux. La technologie de l’information que nous utilisons est incroyablement archaïque.

J.G. Ballard, 1971, interview dans Studio International

Un fil électrique sur la langue

Jeudi 31 juillet 2008


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