Les universitaires et Dieu



Razib nous offre un bref commentaire d’une passionnante étude : “Religious Beliefs and Behavior of College Facult” (pdf) qui porte, comme son nom l’indique, sur le rapport des universitaires aux religions.


Dans une certaine mesure, ça parle de soi, mais il faudrait, néanmoins, que je prenne le temps de commenter l’article original en entier, car son sujet mérite largement que l’on y consacre du temps.

Source : Gene Expression.


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17 commentaires pour “ Les universitaires et Dieu ”

  1. Plusieurs choses me surprennent :
    - il n’y a pas ou aussi peu de musulmans aux US pour qu’ils n’apparaissent même pas dans ces charts ?
    - 80 % de la population US (sondée) est chrétienne ?

    C’est effarant ! Même en science, 50% sont croyants.
    Ça fait vraiment peur pour l’avenir.

  2. Si je ne m’abuse 95% des américains se déclarent croyants. Voir même 98% selon certains enquêtes.

  3. Ce que je veux dire, c’est que si 80% sont chrétiens, un enfant qui nait aura-t-il le libre arbitre de choisir son camp ?
    J’aimerais bien lire le même type d’enquête pour la France

  4. C’est effarant ! Même en science, 50% sont croyants.
    Ça fait vraiment peur pour l’avenir.

    Je ne vois absolument pas où est le problème.

    A la limite je me sens beaucoup plus inquiété par tous ceux qui, ne croyant pas en un Dieu, s’imaginent échapper à la croyance et être parfaitement rationnels, car ils s’avèrent souvent être, en fin de compte, les plus crédules.

    Et puis, n’oubliez pas que dans un passé pas si lointain, les croyants étaient largement majoritaires. Darwin croyait en Dieu à l’époque où il a écrit De l’origine des espèces, par exemple.

    Pour terminer, il faut aussi rappeler que la totalité des scientifiques sont, aujourd’hui (c’était différent au XVIIème siècle, par exemple) obligés de faire acte de foi en acceptant pour vrai, sans le vérifier par eux-mêmes (ce qui est la définition de la foi), l’essentiel du savoir à partir duquel ils réfléchissent. Ce n’est pas la même chose que la foi en Dieu, bien entendu, mais c’est exactement du même ordre.

  5. Ce que je veux dire, c’est que si 80% sont chrétiens, un enfant qui nait aura-t-il le libre arbitre de choisir son camp ?
    J’aimerais bien lire le même type d’enquête pour la France

    Le libre arbitre ?

    :)

  6. Ce que je veux dire, c’est que si 80% sont chrétiens, un enfant qui nait aura-t-il le libre arbitre de choisir son camp ?

    Cette question serait totalement stupide si elle ne comportait pas en germe la supposition que, dans un pays à 80% chrétien, un enfant a bien plus de chances de finir par naître que dans un pays largement déchristianisé où l’athéisme est la première étape du chic bourgeois et où la consommation de merde en poudre tient lieu de culture. Donc vous êtes génial.

  7. 80 % de la population US (sondée) est chrétienne ? C’est effarant ! Même en science, 50% sont croyants. Ça fait vraiment peur pour l’avenir.

    C’est tout à fait vrai. Nos ancêtres étaient catholiques à 95 %, résultat : aujourd’hui l’Eglise s’est cassée la gueule, l’Islam progresse partout et les athées se prennent pour Dieu. Ca fait vraiment peur, ça oui.

  8. J’ai l’impression de faire un tollé, pourtant, je ne suis pas bien méchant :)
    Je suis juste un ancien croyant qui a quitté les évangélistes dès que j’ai lu du Hubert Reeves. D’où mon étonnement face au constat des 50% scientifiques croyants.
    Je fais encore souvent l’erreur de penser que mon cheminement est banal et logique (d’autant plus quand je lis l’article de Shermer…).

    J’ai maintenant des convictions. Quel est le soucis ?

  9. Être croyant et scientifique, c’est comme être pompier et pyromane.
    Ca arrive mais franchement faut avoir un belle faculté a faire la part des choses, c’est la limite de la schizophrénie.

    Enfin quand je dis croyant c’est croire en un dieu anthropoïde, un dieu qui se soucis particulièrement des hommes.Dieu c’est la nature.
    faut que je fonde mon ordre avant de fondre une durite ;o)

  10. Attention à la pensée magique. Ce n’est pas parce qu’on est éduqué, qu’on comprend le monde, qu’on est intelligent, que l’on perd toute croyance.
    Ce voltairianisme de bas étage qui tend à nous faire croire que c’est par l’éducation, la compréhension, le progrès que disparaît la croyance me semble bien naïf.
    Oui on peut être croyant et scientifique. Un croyant n’est pas obligatoirement un barbare sans intelligence ni culture.
    Et je le déplore, il nous serait plus facile de la débusquer et de le chasser à coup de 12.

  11. “Pour terminer, il faut aussi rappeler que la totalité des scientifiques sont, aujourd’hui (c’était différent au XVIIème siècle, par exemple) obligés de faire acte de foi en acceptant pour vrai, sans le vérifier par eux-mêmes (ce qui est la définition de la foi), l’essentiel du savoir à partir duquel ils réfléchissent. Ce n’est pas la même chose que la foi en Dieu, bien entendu, mais c’est exactement du même ordre”. Pas vraiment d’accord avec vous : ce n’est pas du même ordre. A la source d’une croyance scientifique (je suis certes d’accord sur la notion de ‘croyance’), il y a tout de même la conviction plus ou moins consciente que vous pourriez la transformer en démonstration formelle à votre tour si on vous en donnait les moyens et le temps. Je dois pouvoir démontrer les lois de la chute libre, si on me donne le matériel adéquat, des bouquins ou des profs pour me guider, et quelques jours de congés. Evidemment, pour la relativité générale d’Einstein, il me faudra un peu plus de temps. Bref, une croyance scientifique, c’est essentiellement une confiance en l’homme.

    Mais j’ai l’intime conviction que, même avec une pile de Bible et de Coran, les meilleurs théologiens de la terre à ma disposition, et une vie de 1.000.000 ans, je serais incapable de prouver l’existence de Dieu… Un croyant et un athée partageront certainement cette même conviction avec moi.

    Certes tout un tas de gens ont essayé dans le passé de prouver l’existence de Dieu. Et en premier lieu Descartes, penseur rationnel s’il en est… Mais, l’âge métaphysique est tout de même terminé depuis trois siècles maintenant.

    Pour rebondir sur le commentaire de Dalhia (allez, je me prends tout le monde en même temps, ne lésinons pas :) ! ) “Ce voltairianisme de bas étage qui tend à nous faire croire que c’est par l’éducation, la compréhension, le progrès que disparaît la croyance me semble bien naïf”, je pense tout de même que la croyance change tellement de la nature lorsque progresse notre connaissance du monde, que oui, d’une certaine manière, elle disparaît. Je veux dire qu’entre l’interprétation littérale de la Bible (qui, à mon avis, est en… chute libre) et la croyance en un vague “Intelligent Design” il y a tout un monde…

  12. Bref, une croyance scientifique, c’est essentiellement une confiance en l’homme.

    L’étymologie du mot “confiance” me suffit : c’est une affaire de foi. Vous croyez (et je le crois aussi) que les “vérités” scientifiques sont démontrables par tous, mais, de fait, on ne les démontre pas et on les accepte comme des connaissances, alors qu’elles n’en sont pas. Encore une fois, je ne dis pas que c’est la même chose que la croyance en Dieu, mais je maintiens que c’est du même ordre.

    Maintenant, reprenons in extenso un vieil article publié dans un blog depuis longtemps disparu :

    SOCRATE
    Mais alors, comment pourrait-on, en reprenant la question au commencement, définir à nouveau la science ? Car nous n’abandonnons pas la partie, je présume.
    THÉÉTÈTE
    Pas du tout, à moins que tu ne l’abandonnes toi-même.
    SOCRATE
    Dis-moi donc quelle est la meilleure définition que nous pourrions en donner pour ne pas nous mettre en contradiction avec nous-mêmes.
    THÉÉTÈTE
    C’est précisément celle que nous avons déjà essayée, Socrate ; pour ma part, je n’en vois pas d’autre.
    SOCRATE
    Quelle est-elle ?
    THÉÉTÈTE
    Que l’opinion vraie est la science. L’opinion vraie, ce semble, est infaillible, et tout ce qui en résulte est bel et bon.

    Platon, Théétète, XXXVIII [1].

    Edmund Gettier, dans un fameux article [2], résume ainsi la position de Socrate :

    a. S knows that P IFF
    1. P is true,
    2. S believes that P, and
    3. S is justified in believing that P.

    Il complète cela par la définition que donne Chisholm [3] :

    b. S knows that P IFF
    1. S accepts P,
    2. S has adequate evidence for P, and
    3. P is true.

    Puis par celle d’Ayer [4] :

    c. S knows that P IFF
    1. P is true,
    2. S is sure that P is true, and
    3. S has the right to be sure that P is true.

    Ces trois formulations correspondent à la définition classique de la connaissance. L’idée de Gettier est que cette définition est extensionnellement inadéquate c’est-à-dire, que la vérité de ce qui est défini (S knows that P - A) n’est pas strictement impliquée par ce qui le définit (les trois conditions - B).
    L’adéquation extensionnelle est exprimée par le IFF, le si et seulement si qui s’écrit, en langage logique, A↔B ; c’est la biconditionnalité dont voici la table de vérité :

    A B A↔B
    V V V
    V F F
    F V F
    F F V

    A et B sont vrais ou faux en même temps. Mais cette table de vérité peut prendre une autre forme. En effet, la biconditionnalité peut aussi s’écrire comme ceci : (A→B)⋀(B→A) :

    A B A→B B→A (A→B)⋀(B→A)
    V V V V V
    V F F V F
    F V V F F
    F F V V V

    En voyant cette table de vérité, la démarche de Gettier devient aisée à comprendre : pour montrer qu’il est possible de satisfaire aux trois conditions sans pour autant avoir une connaissance, il lui faut réfuter l’un des deux membres de l’énoncé développé de la biconditionnalité :

    Suppose that Smith and Jones have applied for a certain job. And suppose that Smith has strong evidence for the following conjunctive proposition :

    d. Jones is the man who will get the job, and Jones has ten coins in his pocket.

    Smith’s evidence for (d) might be that the president of the company assured him that Jones would in the end be selected, and that he, Smith, had counted the coins in Jones’s pocket ten minutes ago. Proposition (d) entails :

    e. The man who will get the job has ten coins in his pocket.

    Let us suppose that Smith sees the entailment from (d) to (e), and accepts (e) on the grounds of (d), for which he has strong evidence. In this case, Smith is clearly justified in believing that (e) is true.
    But imagine, further, that unknown to Smith, he himself, not Jones, will get the job. And, also, unknown to Smith, he himself has ten coins in his pocket. Proposition (e) is then true, though proposition (d), from which Smith inferred (e), is false. In our example, then, all of the following are true: (i) (e) is true, (ii) Smith believes that (e) is true, and (iii) Smith is justified in believing that (e) is true. But it is equally clear that Smith does not know that (e) is true; for (e) is true in virtue of the number of coins in Smith’s pocket, while Smith does not know how many coins are in Smith’s pocket, and bases his belief in (e) on a count of the coins in Jones’s pocket, whom he falsely believes to be the man who will get the job.

    Ainsi, dans cet exemple, la “connaissance” de Smith n’est juste qu’accidentellement, par hasard ; elle n’est donc pas une véritable connaissance. De la vérité de B ne découle pas celle de A. En revanche, de la vérité de A découle toujours celle de B puisque A est défini à partir de B. B est donc condition nécessaire de A, mais pas condition suffisante.
    CQFD.

    1. Nous citons la traduction d’Émile Chambry disponible en ligne chez Ugo Bratelli.
    2. Edmund L. Gettier, “Is Justified True Belief Knowledge ?”, Analysis, n° 23, 1963, pp. 121-123 qui est disponible en ligne et dont il existe une traduction française facile d’accès : “Une croyance vraie et justifiée est-elle une connaissance ?”, in Philosophie de la connaissance. Croyance, connaissance, justification, Paris, 2005, p. 43-46.
    3. Roderick M. Chisholm, Perceiving : A Philosophical Study, Ithaca, NY, 1957, p. 16.
    4. A. J. Ayer, The Problem of Knowledge, Londres, 1952, p. 34.

    En somme, bien des choses que l’on appelle connaissances, ne sont que des croyances.

  13. De toute façon tout est basé sur des axiomes, donc on peut dire que “La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute” (P Desproges) ;)
    Un axiome est une affirmation de base que l’on considère comme vraie dixit Wikipedia (et autres), “que l’on considère” qui n’est pas identique a “qui est”..ça laisse un certain flottement ça semble évident pourtant, pour nous, mais pas forcément pour tout être vivant,c’est relatif.

    Et je ne vois aucun rapport entre la croyance en dieu et l’acquisition des connaissances passées.Pourquoi ? car si on creuse un peu dans nos connaissances on arrive à progresser, ça s’uniformise. Alors que pour dieu? combien y a t’il de dieux différents? peux t’on tous les lier entre eux? Combien y a t’il d’interprétations contradictoires d’un même dieu?

  14. L’argument de la variation est un très mauvais argument. En fait, c’est vraiment le pire que vous pouviez trouver. En effet d’une part les vérités scientifiques sont extrêmement variables dans le temps, mais d’autre part, elles ne font pas toujours l’objet de consensus. A moins de considérer (et j’ai rencontré des tas de scientifiques qui y croyaient dur comme fer) que jusqu’à il y a 5 ans (ou 10 ans, ou 15, voire… 2, ça dépend) l’ignorance absolue régnait, mais qu’aujourd’hui tout est différent et que nos connaissances sont enfin sûres et au-delà de toute remise en cause.

    A l’inverse, prenez un catholique ici ou à 5000 km, prenez-le aujourd’hui, ou il y a 10 siècles, vous découvrirez une continuité étonnante. D’ailleurs, ce n’est en rien un argument dans l’autre sens, sinon pour les théologiens (cf. l’argument de la variation chez Bossuet, par exemple).

    En fait, je ne comprends pas du tout cette crispation sur le fait que des scientifiques croient en Dieu ou, simplement, refuse d’affirmer qu’il existe quelque chose comme Dieu… C’est leur problème, et ils n’en sont pas moins des scientifiques pour autant. Et encore une fois, s’il était impossible de croire en Dieu et d’être scientifique, alors, il faudrait sacrément réécrire les livres d’histoire des sciences !

  15. A La YoOne.

    Je suis juste un ancien croyant qui a quitté les évangélistes dès que j’ai lu du Hubert Reeves. D’où mon étonnement face au constat des 50% scientifiques croyants.
    Je fais encore souvent l’erreur de penser que mon cheminement est banal et logique (d’autant plus quand je lis l’article de Shermer…).

    Parce que la foi que vous aviez, comme celle de Shermer, sont des fois incompatibles avec la science (c’est un des points que je voulais développer, en revenant sur l’article que j’ai traduit). On n’imagine pas un catholique abandonner la foi après lu Reeves (sauf sa foi en la littérature, peut-être, mais je suis méchant) et, pour rester dans le domaine scientifique de ce dernier, faut-il rappeler l’existence d’un Georges Lemaître ?

    Je trouve toujours surprenant de me retrouver à défendre la foi alors que je suis naturellement sceptique et résolument matérialiste. Mais d’une part, je pense que les gens ont le droit de croire en ce qu’ils veulent et que cela ne les rend pas bêtes pour autant, d’autre part, et je me répète, j’ai été plus souvent confronté à la crédulité et au conformisme face à des gens qui se déclaraient athées haut et fort, que face à des croyants.

  16. [...] mettre en parallèle avec ceci, le parallèle est [...]

  17. L’exemple de E. Gettier est intéressant mais si je l’ai bien compris il semble plutôt enseigner qu’on peut conclure des choses vraies à partir de choses fausses. Dans cet exemple, c’est donc une erreur qui est à la source d’une connaissance ; et non un acte de foi… Le terme de croyance ne me paraît pas tout-à-fait adéquat ? A la réflexion, je vous rejoins tout de même sur un certain plan, et c’est votre évocation de ce vieux bloggueur de Platon qui m’y invite. J’ai entendu hier une émission de France Culture (”Sciences et consciences”) où le physicien Bernard d’Espagnat expliquait que la grande majorité des physiciens sont des réalistes, au sens platonicien du terme ; c’est-à-dire qu’ils considèrent que les lois de la physique sont réelles, c’est-à-dire transcendantes (=indépendantes des hommes, intemporelles). Ce qui est déjà en soi une croyance, que l’histoire des sciences ne justifie pas forcément, puisqu’une nouvelle loi physique vient souvent limiter la portée ou corriger une loi plus ancienne qu’on pensait pourtant inaltérable. Ainsi Einstein a montré que la formule F=mA de Newton, n’était plus vraie lorsqu’on s’approchait de la vitesse de la lumière, etc. Plus encore, adhérer aux concepts de “Force” ou de “Masse” de Newton relève de la croyance, il me semble. Le fait que ces concepts aient été d’une efficacité et d’une fécondité extraordinaire pour décrire tout un tas de phénomène ne change rien à l’affaire : ils ont bien été *inventés* et non découverts… Ca rejoint ce que, je crois, Hume et Kant enseignent : pour avancer, les savants sont obligés de “faire comme si” le réalisme était légitime, mais au fond, rien ne le fonde, et ce n’est jamais qu’une croyance…

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