Plus blanc que blanc

Yapou ?Le texte qui suit est extrait d’un livre de science-fiction écrit par le Japonais Shozo Numa. C’est un texte très particulier puisque l’auteur y étend son masochisme au nationalisme (une tradition japonaise, il semble), voire au racisme, de son pays et, ce, en mettant en avant une réalité sociologique de la société japonaise de l’après guerre qui était l’alignement, y compris physique, sur le modèle américain (pour échapper à ce genre de clichés) et une réalité sociobiologique qui est la recherche de la blancheur du teint dans le cadre de la sélection sexuelle (dont il a été question ici).

Depuis que les membres de la famille impériale se mêlaient de sélectionner les jeunes filles half, la vogue pour les talento féminins half connaissait un tel engouement que ces dernières faisaient systématiquement la couverture des magazines. A la télévision également, les barbares se voyaient cantonnés aux rôles secondaires, voire à la simple figuration dans la majorité des feuilletons (drama) au profit des halves qui menaient grand train. Dans les couples de présentateurs de JT (news casters), les femmes étaient halves. Elles étaient mises en avant. Leur partenaire masculin était un barbare réduit au rôle de simple faire-valoir. Là résidait le secret de l’augmentation des taux d’audience. Le half faisait vendre. Les effets de la médiatisation du half furent tels que le Blanc devint rapidement l’idéal de la beauté, les faces plates, pensait-on, manquaient d’allure. Le phénomène prit bientôt une telle ampleur que les jeunes femmes se laissaient pousser les cheveux ou se les teignaient, elles méprisaient les hommes qu’elles jugeaient “trop courts sur pattes”, lesquels ne trouvèrent bientôt plus à se marier. Le phénomène ne faisait que s’amplifier à mesure qu’augmentait le taux d’apparition de halves dans les publicités, qui occupent désormais 100% des réclames de cosmétiques et 98% des spots vantant des marques de vêtements. Mais aussi en dehors de l’univers de la mode, rien de tel que l’apparition d’un bel enfant blond, dit-on, pour assurer la promotion des produits pour bambins. Les ménagères s’informant mutuellement des avantages de leurs produits ménagers ne sont plus des Japonaises, des halves font la réclame des produits masculins. Les gestes du half sont chic. Le désir d’achat des jeunes gens augmente si les vertus d’un produit leur sont vantées en japonais par une voix à l’accent étranger prononcé. C’est le cas de 90% des marques de boisson, de 95% des produits alimentaires, etc. au point que certains membres du Parti des patriotes ne cachent pas leur irritation : “Existera-t-il bientôt un seul produit que nous pourrons acheter sans qu’il ne nous ait été suggéré par un étranger ?” Alors que la population half compte cinquante mille individus, parmi lesquels le nombre de sang-mêlé ne dépasse pas 0,5%, les agences de publicité persistent à n’utiliser que des halves. Il en est de même avec les chanteurs de variété locaux qui n’hésitent pas à s’affubler d’une perruque ou à avoir recours à la chirurgie esthétique pour se donner l’apparence d’un half. Il se trouve même certaines personnes pour prédire que l’ampleur du phénomène half est telle qu’il ne sera bientôt plus possible d’apercevoir sur le petit écran le moindre visage barbare hormis, à l’occasion, dans les reportages d’actualité ou cantonné à un rôle de figurant dans les feuilletons télévisés.

La majorité des jeunes femmes ne jurent que par le half : en se faisant half, il sera possible d’approcher les talento voire, en s’y prenant bien, de s’en faire accepter et “cajoler”. Voilà pourquoi toutes les jeunes filles rêvent, une fois dans leur vie, de devenir talento.

Shozo Numa, Yapou Bétail Humain, 2, Paris, 2007 pp. 227-228.


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Un commentaire pour “ Plus blanc que blanc ”

  1. Un article pour éclairer cela :

    The more I study feminine shifts in Korean men’s body ideals and fashions of the past decade or so for my MA thesis, the more I’m forced to acknowledge their many Japanese origins beyond the narrow Korean ones that I originally identified. Still, sometimes the differences in culture are just too great for some Japanese trends to ever catch on here, not least because - as Tom Coyner also points out - the socialization process involved in Korea’s mandatory military service for men will always be a strong mitigating factor against them from ever becoming too girly.

    If, that is, there’s even a trend to be followed. While interesting, the following article most reminded me of the minor revelation I had ten years ago, which was that sometimes it can be the very act of reporting on trends itself which is what actually creates them, perhaps particularly with the case of the New Zealand Herald that I was reading at the time, which can still make the closest claim (albeit still not quite) to being New Zealand’s only national paper in a population of only four million, and which was thereby very influential in what was still largely a pre-internet age. At least, I think that creating rather than reporting on a trend was the hope of the author and designers featured in this article, although in reality common sense, basic human physiology and innate sexual drives will surely ensure that anorexic men who like being dominated by their larger girlfriends have never been and will never be anything but a fringe minority of any society. Yes, even in Japan too.

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