La violence ethnique et le lait

Dans un intéressant article de Stephanie McCrummen paru dans le Washington Post de mars, concernant les problèmes qui déchirent, actuellement, le Kenya, il nous est rappelé que certaines radios ont diffusé un message appelant le peuple du lait à arracher les mauvaises herbes.

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Est-il utile de préciser que cela n’avait rien d’un conseil à la Nicolas le Jardinier ? En effet, le peuple du lait, ce sont les Kalenjins (un peu plus de 10 % de la population du pays), des éleveurs, tandis que les mauvaises herbes, ce sont les Kikuyus, des cultivateurs (plus de 20 %). C’était donc un appel au massacre.

Cependant, ce n’est pas la violence de cette phrase qui m’intéresse, mais sa formulation. Cette opposition entre éleveurs et cultivateur est l’une des constantes de l’histoire humaine depuis… pas mal de temps ! De la bible, où Abel l’éleveur tue Caïn le cultivateur à certains classiques du western (je n’ai pas mes ouvrages de référence sous la main, si quelqu’un à une idée de titre…), l’espace lisse de l’éleveur s’affronte à l’espace strié du cultivateur (pour parler comme Deleuze), c’est-à-dire que le cattle king, dans son ranch, veut que ses milliers de têtes de bétail puissent aller partout dans la plaine comme au temps où il y avait encore des Indiens alors que le petit fermier veut clôturer sa terre avec du fil de fer barbelé (pour parler comme… John Ford ?).

Cette opposition culturelle et économique se double bien souvent d’une différence ethnique dont la marque génétique évidente est, bien souvent, l’intolérance au lactose des adultes. En effet, après le sevrage, certains perdent la capacité de digérer le lactose, d’autres, non. Cela ne se fait pas au hasard, mais en rapport avec le passé évolutif du groupe ethnique de la personne (cf. Scientific American et Wiki). Je n’ai pas le taux d’intolérance au lactose, mais il n’est probablement pas le même chez les Kikuyus que chez les Kalenjins. Alors, certes, cela ne justifie pas une guerre, mais les différences alimentaires sont souvent d’une très lourde symbolique. Ce n’est donc vraiment pas un hasard ni une forme creuse rhétorique si on a appellé le peuple du lait à arracher la mauvaise herbe…

Source : Washington Post.


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5 commentaires pour “ La violence ethnique et le lait ”

  1. Ce n’était pas Caïn l’éleveur, mais abel !

    Gn 4:3- Le temps passa et il advint que Caïn présenta des produits du sol en offrande à Yahvé,
    Gn 4:4- et qu’Abel, de son côté, offrit des premiers-nés de son troupeau, et même de leur graisse. Or Yahvé agréa Abel et son offrande.

  2. Arf, trois ans de théologie pour faire une telle erreur :D

    Je ne me félicite pas (mais vous, oui) et je corrige, merci.

  3. l’homme qui n’avait pas d’étoile …. Kirk Douglas qui portait encore les traces du fil de fer barbelé sur son dos…

  4. Ah, oui, ça me dit quelque chose cette histoire de dos marqué par des barbelés, merci :)

  5. [...] est à noter que sur les 100 loci les plus porteurs de différence, 17 sont liés à la tolérance au lactose. Cela permet, en passant, d’éclairer sous un jour nouveau le nombre de publicité mettant en [...]

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