L’esprit du marché
Puisque je suis dans une période Michael Shermer, autant continuer. Comme il le dit lui-même dans l’article dont j’ai mis en ligne la traduction de la première partie, il se définit comme étant un libertarien, c’est-à -dire quelqu’un que l’on aurait à classer, en France, dans la catégorie des ultra-ultra-ultra-libéraux, même si cela n’est pas entièrement pertinent. Cela dit approcher la pensée d’un libertarien sous l’angle de l’économie n’a rien d’absurde. Voici un article déjà un peu ancien où Michael Shermer présente les idées de bases de son dernier livre, The Mind of the Market (l’esprit du marché).
Un des postulats de base de la sociobiologie est le décalage qu’il y a entre l’état évolutif de l’homme et le monde dans lequel il vit. Pour dire les choses simplement, nous vivons, nous autres occidentaux, du moins, dans un monde de grandes villes éclairées la nuit où la nourriture est abondante, où la médecine est accessible pour tous, où le risque de finir sous les dents d’un prédateur sont plus que faible (Hannibal le Cannibale ne compte pas), mais cela est récent et l’impact sur l’évolution de l’homme, via la sélection naturelle et les nouvelles règles de la sélection sexuelle, n’a pas eu le temps de porter ses fruits. Si bien que nous sommes encore parfaitement adaptés au monde dans lequel la race humaine a vécu la quasi-totalité de son histoire, c’est-à -dire, sommairement, que nous sommes adaptés à la préhistoire.
Michael Shermer fait sien ce point de départ pour refuser l’illusion d’un homme qui, comme agent économique, agit toujours de façon rationnelle et froide, c’est-à -dire dans son propre intérêt égoïste à court terme. La rationalité de l’homme est “décalée”, elle est celle de la préhistoire. L’homo Å“conomicus n’a donc pas la rationalité économique que certaines théories économiques lui prêtent. Homo est animal rationale, certes, mais un animal de la préhistoire.
Comme le rappelle Michael Shermer, cette “irrationalité” peut être mise à nu par certaines expériences, comme le jeu de l’ultimatum. On donne 100 $ à une personne, elle en donne une partie à une autre personne (sans négocier, ni discuter), si la personne accepte, tout le monde garde ce qu’il a, si elle refuse aucune des deux ne garde rien… En théorie, aussi petite que la somme donné soit à la seconde personne, celle-ci a tout intérêt à accepter, mais cela ne se passe pas ainsi et si on veut être certain de garder une partie des 100 $, il faut en donner au moins 30…
En fait — il faudra que je revienne là -dessus plus en détail — il y a de très fortes différences suivant l’appartenance culturelle de ceux qui sont ainsi testés et les membres de certaines qui refusent à moins de 50 % ! Cela s’explique, essentiellement, par le contexte. L’état évolutif des primitifs ou des hommes occidentaux est sensiblement le même, mais les premiers vivent encore (grossièrement) dans la préhistoire qui correspond à cet état alors que ce n’est plus du tout le cas pour les seconds. C’est pour cela que l’altruisme joue plus chez les primitifs et la rationalité économique chez les autres, mais l’altruisme lui-même n’est pas irrationnel du tout, il est la rationalité du stade évolutif de l’être humain (et du singe).
Mais alors que les primitifs — et les singes — vivent dans des milieux naturels où l’altruisme montre sa rationalité, les autres hommes, eux, vivent dans un monde artificiel où l’altruisme passe, souvent, pour absurde, voire est impossible (c’est notamment le cas des pays où l’Etat impose la solidarité nationale en volant aux gens ce qu’en d’autres circonstances ils auraient certainement donné de bon cÅ“ur).
De tout cela, Michael Shermer déduit qu’au fond, ce qui est la norme du capitalisme n’est pas tant la recherche froide du profit, laquelle correspondrait parfaitement à l’homo Å“conomicus parfaitement rationnel, mais la recherche du profit dans le respect de certaines normes morales qui, pour être plus visibles chez les primitifs qui vivent dans le monde naturel, n’en sont pas moins présente chez tous les hommes.
On comprend donc que le libertarianisme de Michael Shermer est darwinien, mais ce n’est pas le darwinisme social de la fin du XIXème s., c’est un darwinisme social qui sait, certes, qu’il y a de la sélection (et du tragique), mais aussi que l’altruisme est central que c’est lui qui permet à la fois au système de fonctionner et de le rendre vivable. Je trouve que c’est une position assez originale est qui mérite que l’on s’y intéresse.
Source : Scientific American.
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4 novembre 2008 à 8:30[...] est libertarien (cf.L’esprit du marché), athée (cf. Dialogue socratique entre Dinesh D’Souza et Michael Shermer) et darwinien (cf. son [...]