Pourquoi 2048 ?
Nous sommes en 2048, et il est possible de mettre sur un support externe le contenu du cerveau d’un individu. Si on le télécharge sur un ordinateur, la machine sera-t-elle un être humain? A l’inverse, une personne de chair et d’os, dotée d’une intelligence artificielle, est-elle humaine? Relevé des copies dans deux heures!

Je n’ai pas mis deux heures et ce n’a ni la longueur ni la prétention d’être une copie, mais je voudrais proposer un élément de réponse tout en commentant l’article d’Anne-Muriel Brouet de La Tribune de Genève que j’ai cité en exergue. Oh, ce n’est pas qu’il mérite beaucoup de commentaires, ce n’est qu’une suite assez disparate de faits dont les lecteurs du présent blog ont déjà vu évoqués ici.
Nonobstant le côté journalistique (pas nécessairement au bon sens du terme) de cet article, il est très intéressant de voir de telles préoccupations quitter le champ de la spéculation savante ou spécialisée (les geeks, nous, quoi) pour entrer dans celui du journalisme grand public. Ce n’est pas la première fois et je ne cite cet article qu’un peu par hasard, mais ton employé ou souvent celui de l’apocalypse (c’est la fin de l’Homme, de la Nature, de la Terre, etc. (etc., mais avec des majuscules)) ou celui de la désinvolture, genre, “tout ça, ce n’est tout de même pas aussi important que 0,2% d’augmentation sur le prix du lait demi-écrémé”…
Aujourd’hui, la question du dépassement de l’homme par lui-même entre dans le champ journalistique comme une question qui en vaut d’autres et les informations concernant ce thème passe de la rubrique “insolite” à celle des “questions de société”. Il reste néanmoins stupéfiant que des changements de paradigmes tels que ceux que nous connaissons aujourd’hui ne soient pas au centre des préoccupations de tous. Parce que, qu’on le veuille ou non, l’homme tel que nous le connaissons n’existe plus. Certes, c’est sans doute ancien et, du point de vue philosophique, rien n’a changé, fondamentalement, mais dans les faits, comme tout est radicalement nouveau !
Maintenant, pour en revenir à la question du début, laquelle était purement rhétorique, mais que je veux prendre au sérieux, voici ma réponse. S’il n’y a pas de principe vital hors de l’organisation (comme l’a fort bien formulé Lamarck), alors, une copie parfaite ou un équivalent exact de l’organisation de la vie et de la pensée, ne sont rien d’autre que la vie et la pensée.
De ce fait, un artefact qui aurait une structure équivalente (un ordinateur puissant) ou qui serait une parfaite copie (un cerveau dans un bocal) de l’organisation des neurones d’un homme ne serait pas seulement un homme, mais cet homme en particulier (sauf le lieu et le moment qui sont si importants, mais d’un autre point de vue). De même, un corps identique à celui d’un être humain, mais mû par une intelligence artificielle qui le fait agir comme un être humain (même si c’est pour des raisons radicalement différentes de celles qui poussent un homme à agir (cf. la douleur du martien)) ne pourrait que difficilement être considéré autrement que comme humain.
Si la première partie de ma réponse sera sans doute acceptée aisément, je soupçonne que la seconde sera une pierre d’achoppement (pour la même raison que le premier Ghost in the Shell de Mamuro Oshii a été très apprécié et le second incompris). Pourtant, c’est, à y réfléchir, exactement la même chose. On ne peut, selon moi, accepter l’un sans accepter l’autre. Si on est matérialiste, il faut acquiescer au fait que la pensée est dans l’organisation de la matière de même que l’on doit admettre que l’on n’a d’autres rapports au monde qu’au travers des phénomènes, et donc, il faut accepter que l’illusion de la pensée est la pensée elle-même. Bon, j’arrête, la semaine prochaine, je parle de jeux vidéo, promis.
Source : La Tribune de Genève.
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16 mai 2008 à 21:56Oui, en théorie.Mais à mon avis il subsistera toujours un doute métaphysique.La vision matérialiste est assez minoritaire, nos congénères ont une nette tendance à voire des esprit partout même dans les objets.Moi même je suis convaincu que mon PC est doté d’une volonté propre et capricieuse dont l’objectif principal est de monopoliser mon attention et me frustrer.Tout cela pour dire, qu’on préférera sans doute dire que les robots ont une âme plutôt que d’admettre que l’être humain est une simple machine.
17 mai 2008 à 2:02Ce qu’il y a c’est que Hall, on peut toujours le débrancher … si besoin. Mais Hall est sans doute un vieux modèle.
19 mai 2008 à 11:41Mais l’humanité d’un être se résumerait-elle à la seule faculté de penser, qu’elle soit artificielle ou non ?
Qu’en est-il d’un “homme” dont l’esprit est “éteint” ou dans un coma profond, et dont le corps est incapable d’assurer même ses fonctions vitales sans assistance extérieure, bref qu’en est-il de ce qu’on appellerait familièrement un “légume” ?
Au fond, il serait assez difficile de le qualifier en tant qu’homme sans le définir d’abord et avant tout comme une personne, soit un être humain relié à d’autres êtres humains. Ce qui fera de lui une personne, c’est donc la “trace” qu’il laisse dans la mémoire affective et intellectuelle des autres, mais c’est aussi l’idée qu’il est issu de deux autres êtres humains.
Peut-être faudrait-il donc inclure dans la définition de l’homme l’idée de génération (l’homme hérite du patrimoine génétique humain) et celle de son caractère social, pour ne pas dire politique (car un homme vivant seul, vraiment seul, ne serait plus un homme mais un surhomme…. ou un animal). On a sans doute le tort de concevoir le corps humain et l’esprit humain comme deux choses séparées alors que l’homme en est l’unité.
Parler d’une machine dotée d’une intelligence humaine ou alors d’un corps humain équipé d’une intelligence artificielle, c’est parler d’une mutation anthropologique inédite, et c’est peut-être affirmer que l’homme est “mort”.
29 mai 2008 Ã 14:51D’un point de vue pragmatique :
Pour moi dans les deux cas il s’agit d’une intelligence artificielle et non d’un être humain car elles sont potentiellement immortelles et possèdent un temps relatif qui leur permettrait de fonctionner avec 1s = 1 jour ou l’inverse.
Dans le cas ou l’on puisse copier l’ensemble des connections neurales on n’aurait pas encore fait la moitié du chemin car les organes influent directement sur le cerveau.
Je suis donc de l’avis que si on peut recopier l’ensemble des souvenirs et des connections neurales d’un homme dans une machine alors on va forcement décupler certaines qualités et produire des sur hommes.
Mais pour beaucoup de nos frères humains ces questions sont indissociables de l’aspect continuité de l’âme issu de nos cultures monothéistes culpabilisatrices censées nous poursuivre jusqu’après la mort.