C’est l’intention qui compte

On dit souvent que c’est l’intention qui compte lorsque l’on veut consoler quelqu’un de ne pas être parvenu à faire aussi bien qu’il le souhaitait, mais qu’est-ce que cela implique concrètement  ? Est-ce que l’intention compte autant ?


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L’article de Dave Munger part d’un exemple simple : avons-nous la même vision de la responsabilité d’une personne dans un accident suivant la raison qui l’a poussé à rouler trop vite ? Suivant qu’il voulait faire une surprise à ses parents à l’occasion de leur anniversaire ou cacher de la drogue ? Ce que nous savons des faits dans l’un et l’autre cas ne change pas. La vitesse de la voiture, l’état de la route, sa courbe, la visibilité, etc. Les éléments matériels sont strictement identiques (quoique l’état physique du cerveau du conducteur diffère), mais s’ils roulent trop vite pour ses parents il nous paraît moins responsable que si c’est pour cacher de la drogue.

Une lecture à la Leibniz ou à la Kripke à partir de l’incompossibilité des mondes possibles serait très stimulante, mais ce n’est pas le propos de l’auteur qui adopte, non pas une approche logique et conceptuelle, mais plus concrète. Suivons-le.

L’étude sur laquelle il s’appuie, “Ripple effects in memory : Judgments of moral blame can distort memory for events”, Pizarro et alii in Memory & Cognition (en 2006) s’est intéressée à l’influence des détails non pertinents sur les jugements que l’on peut porter. En effet, pour juger de la responsabilité d’un accident, la raison pour laquelle la personne roulait trop vite est indifférente (on peut la prendre en compte dans l’application de la peine : on peut avoir causé un accident en roulant trop vite pour fuir la police suite à un crime ou pour amener une personne gravement blessée à un hôpital, la responsabilité peut être la même, mais on peut ne pas punir le second), ce n’est donc pas un détail pertinent. Pourtant, son influence est grande.

Revenons à l’article en question. L’exemple de départ est le suivant : Frank va au restaurant, commande un repas complet, reçoit un appel téléphonique et part sans payer la note d’une cinquantaine de dollars (56,43, le caractère tarabiscoté de ce nombre a son importance. A un premier groupe d’étudiants (l’étude porte sur 283 d’entre eux), il est expliqué que l’appel lui a annoncé que sa fille avait eu un accident et qu’elle était à l’hôpital. On explique aussi qu’une fois qu’il s’est aperçu de son oubli, il contacte le restaurant pour indiquer qu’il passera régler la note le lendemain. A un second groupe, l’histoire racontée est très différente : après être parti du restaurant, Frank rit de son bon tour… A un troisième groupe, enfin, aucune explication suplémentaire n’est donnée.

Première étape de l’étude, on demande aux différents groupes de noter de 1 à 9 le caractère blâmable de l’attitude de Frank. Comme on s’y attend, le premier groupe le juge bien mois blâmable que le second et celui-ci que le troisième. Mais c’est la seconde étape qui est la plus intéressante : on laisse passer une semaine puis on revient sur cette histoire et l’on fait subir à des étudiants étonnés un quizz sur… le prix du repas ! Et bien, plus l’attitude a été jugée blâmable, plus le prix est surévalué ! Ce n’est donc pas seulement la vision que l’on a des faits qui changent suivant l’intention qui les ont motivés, mais la mémoire des faits eux-mêmes.

La morale de cette histoire ? C’est que la morale de l’histoire change… l’histoire !

Source : Cognitive Daily.

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