La dernière campagne de communication de la Sécurité Routière m’a été signalée il y a quelques jours par un lecteur, l’avez-vous vu ?

Si ce n’est pas le cas, donnez-vous-en la peine :
Tout d’abord, si ce n’est pas mal fait, c’est assez larmoyant et démagogique. On s’imagine l’effet d’une telle publicité sur des gens qui ont vécu cela et qui seront invités à le revivre tous les jours entre la pub pour le papier toilette et celle pour le talk show du soir (ce qui est un peu la même chose, convenons-en) ; ensuite, le slogan est tous sauf anodin : tous responsables.
Sans tomber dans la facile allusion au trop fameux “responsable, mais pas coupable”, on ne peut qu’être saisi par ce que cette phrase implique. Elle semble dire qu’il n’y a pas de gradation dans la responsabilité et qu’il n’y a donc pas, au sommet de l’échelle, la culpabilité, et tout en bas l’innocence. Celui qui grille le feu rouge n’est pas plus responsable que celui qui passe au vert, puisque nous sommes “tous responsables”.
L’essentiel des lois contraignantes en matière de sécurité routière n’a d’autre but que de borner suffisamment la liberté des gens prudents pour que les imprudents ou les inconscients puissent mal rouler en paix. D’ailleurs, “tous responsables”, et si vous vous sentez quelqu’un de responsable, alors, vous être nécessairement plus responsables que les autres. Chacun sait que si un accident peut arriver à n’importe qui, il n’arrive pas à n’importe qui avec la même fréquence ni dans les mêmes conditions, ce que ce “tous responsables” veut cacher. De même, il n’est indifférent d’avoir un accident quand on est en faute ou quand on ne l’est pas, mais là encore, le “tous responsables” le nie (la Justice, elle, non, et c’est heureux).
Rien de plus irresponsable, en fin de compte, que ce tous responsables.
Source : Sécurité Routière.


C’est la responsabilité sociale, en effet. Qui élimine de fait la responsabilité individuelle (donc la liberté).
Cette campagne est édifiante.
Tout d’abord, c’est quoi ? un festival d’intermittents du spectacle sans talent ? Bonjour l’identification avec des gens qui pleurent aussi mal que dans un épisode d’Hélène et les garçons.
“Nous pouvons tous arrêter ça, alors faisons le” Qu’est ce que la Grande Mère de Prévention Routière veut dire par là ? Que c’est de ma faute, moi qui ne conduis pas, s’il y a des chauffards. Que si mon frère meure dans un accident de la route, je peux changer les choses en étant responsable ? Je ne comprends pas trop le truc. Ca sent la pensée magique à plein nez cette connerie.
Soyons tous responsable et il n’y aura plus de mort sur les routes.
Il suffit de dire que de fumer donne le cancer, et tout le monde arrêtera de fumer. Depuis quand l’éducation empêche les conduites “à risque”. C’est oublier tout un tas de facteurs déterminants, extérieurs, et intérieurs à ce genre de comportement.
Et puis ce terme de “violence routière”. Sans déconner, ils ont sortis ça d’où ?
Je citerais J.G. Ballard qui déjà dans les années 60 parlait de la violence routière. Nous sommes tellement entouré par les slogans et les images de prévention qu’on se sent soulagé, quand enfin, nous sommes victime d’un accident de la route.
Je pense tout simplement que ce film veut signifier que nous sommes tous responsables quand nous prenons le volant, quoiqu’il en soit. J’aurai même tendance à dire que le fait de chercher à nous toucher dans notre égoïsme en voulant faire en sorte que nous nous identifions à ces personnes qui pleurent des êtres chers (même si cela est fait maladroitement) me semble une assez bonne idée. Même si le risque zéro n’existe pas en matière de conduite, ni dans la vie en général d’ailleurs.
Je suis responsable de mes faits et gestes. Je conduits prudemment. Donc je ne suis pas responsable des imbéciles qui roulent n’importe comment. A fortiori, je ne suis pas responsable des accidents (99% ?) que causent les chauffards dangereux.
Toute proportion gardée, cela me fait songer au SIDA. Là aussi, nous étions, là aussi, tous responsables ; bien sûr, il ne s’agit pas de dire qu’il y avait des coupables, on n’est pas plus “coupable” d’attraper le SIDA que d’attraper un rhume, mais simplement qu’il y avait des gens infiniment plus exposés que d’autres (y compris les hémophiles — nous revoilà avec le “responsable, mais pas coupable”). Si on avait été honnêtes, les plus exposés auraient sans doute mieux pu se protéger…
Paradoxalement, ceux dont on a dit qu’ils étaient les plus coupables (là, on ne s’est pas gêné pour employer ce terme) étaient… ceux qui ayant fait vœu d’abstinence ne contribuaient en rien à la diffusion de la maladie, cf. les attaques aberrantes contre le pape et l’Eglise. On devrait peut-être arrêter les piétons marseillais pour réduire les accidents sur les autoroutes du Nord de la France.
Il faut que j’écrive un truc sur le SIDA, d’ailleurs…