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Bioéthique : la dignité ou l’autonomie

« La dignité est un concept inutile. »
Macklin

Steven Spinker vient d’écrire dans The New Republic un intéressant article sur la bioéthique. Il part du constat qu’aux Etats-Unis (il en va de même ailleurs, mais il n’en parle pas) le concept central est celui de dignité humaine. Mais pour lui, à la suite Ruth Macklin, c’est un concept trop faible pour bâtir quoique ce soit dessus. Ils lui préfèrent tous deux celui d’autonomie. La norme doit être le consentement éclairé, rien d’autre.

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Cet article est aussi l’occasion pour son auteur de régler quelques comptes avec un mouvement qui a catholicisé l’Administration Bush qu’il dénonce et qui l’inquiète tout particulièrement. Paradoxalement, il voit l’une des raisons à cela dans le fait que nombreux sont ceux qui, dans son entourage, viennent de l’extrême-gauche et, après les troubles qui les ont poussés à changer de camp, ils se sont donc réfugiés au cœur de ce qu’il y avait de plus conservateur : l’Eglise. Or…

Comme les manifestations de la Révélation divine se sont espacées au cours des derniers millénaires, le problème qui s’est imposé est de savoir qui interprétera et formulera les normes. La plupart des confessions actuelles ne sont pas aptes à le faire : le protestantisme évangélique est trop anti-intellectuel et les courants mainstream du protestantisme et du judaïsme sont trop humanistes. L’Eglise catholique, avec sa longue tradition d’érudition et sa morale dure comme la pierre est devenue le centre naturel de ce mouvement et le journal First Thing, sous la direction du Père Richard John Neuhaus, sa voix. Le catholicisme est désormais l’armature intellectuelle d’un mouvement qui embrasse dans le conservatisme tout aussi bien les intellectuels juifs que protestants

Cependant, si je reste particulièrement dubitatif face à la dignité abstraite, je ne suis guère convaincu par cette notion d’autonomie, car il y a dans l’idée d’autonomie, par définition, celle de prendre des engagements. Si la seule norme devant s’appliquer à la bioéthique est celle du consentement éclairé (mais qui en jugera et au nom de quoi ?), celui-ci pourra être accordé sous la pression des circonstances. Si je suis libre de vendre mes organes, alors je peux être obligé de le faire pour rembourser un prêt, par exemple. Il est très possible de considérer cela comme admissible, mais il est hypocrite de le cacher.

En somme, ni la dignité telle qu’elle est défendue par ces intellectuels catholiques, ni l’autonomie prêchée par les scientifiques ne semblent apporter de réponse. Peut-être est-ce tout simplement parce qu’il n’y en a pas et que, pour le meilleur ou pou le pire, nous nous retrouverons face aux biotechnologies, tout simplement, intellectuellement totalement désarmés.

NB : le concept de dignité dont il est discuté ici est celui de la personne humaine, pas de la vie humaine, lequel est, notamment en France, l’argument principal, et excessivement dangereux, en faveur de l’euthanasie.

Source : The New Republic.



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