Quand on parle de la diffusion de la pratique des mères porteuses, souvent, à l’image du film Baby Mama, on imagine de riches femmes d’affaires voulant avoir un enfant sans les inconvénients de la grossesse et ayant pour cela recours à une femme peu qualifiée et n’ayant d’autre chose à vendre que son ventre.

La réalité est toute différente, aux Etats-Unis, où cette pratique est légale en plusieurs endroits. Bien sûr, il faut que les futures mères porteuses soient disponibles, mais cela n’implique pas qu’elles n’aient aucune qualification. Cette disponibilité peut simplement être le fait de l’impossibilité de construire une carrière, à cause d’une extrême mobilité, par exemple.
L’autre élément qui va à l’encontre de ce lieu commun, est la nécessité que les mères porteuses soient en bonne santé et qu’elles évoluent dans un milieu stable. Celles qui sont les plus recherchées ne sont pas des femmes célibataires n’ayant jamais eu d’enfants et qui sont économiquement fragiles. On recherche plutôt des femmes qui ont déjà eu des enfants et dont la famille est stable et relativement à l’abri des coups du sort.
Le fait qu’une femme dispose d’une très bonne assurance-maladie est quelque chose de très important pour les agences de placement de mères porteuses. En effet, et bien que cela soit un abus, les frais de l’accouchement sont ainsi placés à la charge de l’assureur.
Maintenant, posons-nous la question de savoir à quelle genre de femme ce portrait-robot-là correspond… C’est aux femmes de militaires. Celles-là ont souvent construit une famille avant l’âge de 28 ans et sont donc au moment de leur épanouissement, des mères au foyer dévouées à leurs enfants, mais au ventre libre. Quoique qualifiées, elles n’ont pu avoir de carrière à cause des différentes affectations de leurs époux. Elles évoluent dans un milieu plutôt conservateur et n’ont que rarement des conduites pouvant exposer l’enfant lors de la grossesse (alcool, drogue, etc.), ce qui est d’autant plus intéressant que, légalement, les parents biologiques ne peuvent absolument pas imposer à une mère porteuse qu’elles soient prudentes de ce point de vue là. Enfin, et c’est un argument de poids, elles profitent, de par le métier de leur mari, de la couverture de Tricare qui est extrêmement complète.
Ainsi, pour prendre les chiffres de deux états très peuplés et où la pratique est légale, le Texas et la Californie, les mères porteuses sont pour plus de la moitié, des femmes de soldats. C’est que servir de mère porteuse peut rapporter 20 000 $, soit autant sinon plus que le salaire des militaires en début de carrière avec lesquels elles sont mariées. L’enjeu économique est donc de taille. Une nouvelle catégorie de femmes émerge donc avec cette pratique.
Déjà, aujourd’hui, le futur enfant d’un couple homosexuel de Paris est peut-être dans le ventre de la femme d’un soldat servant en Irak ou celle d’un couple blanc de New York dans celui d’une femme noire, car ni les frontières politiques, ni les frontières génétiques ne font obstacle. Cela explique d’ailleurs que ce marché devienne un marché mondial et que si la femme de soldat américaine est trop chère, il est possible de se rabattre sur des Indiennes réunies dans des endroits comme la ville d’Anand, le “berceau du monde”. Alors, Cadillac ou Tata ? Pour le coup, là, la réalité rejoint le lieu commun ou plutôt le dépasse…
Source : News Week.


0 commentaires à “Une mère (porteuse) idéale”