D’un interventionnisme l’autre

On ne dira jamais assez le mal que l’Etat peut faire lorsqu’il fourre ses gros doigts malhabiles dans la délicate machinerie économique. En voici un nouvel exemple.

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L’inflation est l’une des choses qui fait le plus peur aux gouvernements de la plupart des pays, notamment lorsqu’elle touche les prix des produits de première nécessité. On peut le voir en France où, alors que les augmentations ne menacent en rien la survie (ni même le confort) de l’immense majorité, ce sujet est devenu central (ce qui aggrave, par ailleurs, l’ampleur du phénomène). Mais c’est encore plus vrai dans des pays dont la population consacre une grosse part de ses revenus au strict nécessaire.

L’Inde est dans ce cas et comme le gouvernement indien est un gouvernement passablement interventionniste, il a décidé de mettre son grain de sel pour permettre aux plus pauvres de se nourrir et de voter correctement aux prochaines élections.

Seulement, voilà, cette nouvelle politique d’intervention en faveur des consommateurs est l’exact contraire de la politique en faveur des producteurs qui était jusque-là menée. Cela se comprend très bien puisque les premiers ont intérêt à ce que les prix soient bas et les seconds à ce qu’ils soient hauts… De l’interdiction de l’importation pour protéger les producteurs (laquelle a été un facteur déclencheur de la crise actuelle) ont est donc passé à une interdiction des exportations (laquelle est un facteur aggravant de cette crise).

Cela signifie que la priorité du gouvernement est soudainement passée de la protection des agriculteurs contre les importations à bas prix à celle du consommateur par des importations à bas prix.

On ne saurait mieux dire, car, la première intervention a privé la population indienne d’une nourriture peu chère qui lui aurait permis quelques économies et la seconde prive les fermiers des bénéfices qu’ils auraient pu faire sur le marché international en exportant.

Mais plus grave, sans la limitation d’importations la concurrence aurait obligé les producteurs à baisser leurs coûts de production et à se moderniser pour être plus compétitif et, par la suite, sans l’interdiction d’exportation, le poids économique de ces changements auraient été couverts par les bénéfices qui auraient pu être opérés… Il est ici flagrant que la bienveillance de l’état se fait toujours à contretemps et qu’elle est, paradoxalement, certes, mais trop souvent, néfaste.

Source : The Times of India.

2 commentaires à “D’un interventionnisme l’autre”


  1. 1 emmalast

    ça me rappelle mes cours d’histoire avec les problèmes de circulation des grains, quand il se produisait des crises de subsistance dans une région de la France de l’ancien régime… c’est toujours le même dilemme mercantilistes versus physiocrates..

  2. 2 Schizodoxe

    On oublie souvent que les spéculateurs ne sont pas stupides et qu’ils n’ignorent pas que ce qui fait le prix, c’est le rapport entre la demande réelle l’offre, pas la demande théorique. Ainsi, si le besoin de nourriture est très fort, la demande théorique ou subjective est, elle aussi, très forte, mais la demande réelle ne peut dépasser les moyens financiers réels. Dit autrement, crever de faim ne rend pas plus riches. Donc, les spéculateurs ne peuvent pas spéculer au-delà de ce niveau, sans compter qu’il peut leur coûter très cher d’assurer leur sécurité s’ils poussent le bouchon un peu trop loin.

    En fait, ce que les spéculateurs attendent le plus souvent, c’est que l’Etat entre sur le marché et achète à un prix supérieur à celui qu’il leur était possible d’attendre. L’intervention de l’Etat est un facteur de spéculation, l’histoire de l’Ancien Régime que vous évoquez en témoigne, sans la monarchie prête à se ruiner pour acheter du grain pour les plus pauvres, la spéculation aurait été moins forte.

    Pour le cas qui nous intéresse, c’est encore pire car l’Etat ne se trouve pas confronter au problème d’un seul bout, mais des deux et c’est lui qui s’y place tout seul…

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