Terrorisme et pauvreté, une fausse parenté

Il n’y a pas de relations significatives entre la richesse d’un pays et le niveau de terrorisme sans prendre en compte d’autres facteurs comme le niveau de liberté politique.

Alberto Abadie

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C’est une vérité bien peu audible qu’a tenu à dire le professeur Alberto Abadie, de la Kennedy School of Government de l’université d’Harvard. L’idée d’un lien de causalité simple entre pauvreté et terrorisme est un des lieux communs de notre début de XXIème. Ainsi, à Monterrey, au Mexique, cinquante pays ont appelé en mars 2002 à donner plus d’argent aux pays pauvres afin d’y faire baisser le terrorisme.

Michael K. Moore (non, pas l’auteur de docu-fictions) a même été jusqu’à dire, alors qu’il était à la tête de l’Organisation Mondiale du Commerce, que la :

…pauvreté, sous toutes ses formes, est la plus grande menace qui soit contre la paix, la sécurité, la démocratie, les droits de l’Homme et l’environnement.

Pourtant, les faits sont là et les terroristes sont, le plus souvent, des membres des classes moyennes, voire aisées (sans rien dire de ceux qui sont milliardaires) ; plus, ils sont rarement sans instruction, mais au contraire bien formés, bien intégrés et même avec devant eux de bonnes perspectives professionnelles. Voici ce que dit Nancy Lutz :

Les gens disent “la pauvreté nourrit le terrorisme et cela semble évident, mais quand quelqu’un regarde les données il doit se demander si c’est une vérité vraie. En fait, les données nous disent qu’ils n’y a pas de liens entre la pauvreté et le terrorisme, ce qui suggère que combattre le terrorisme en luttant contre la pauvreté ne fonctionne pas

Ce qui est lié au terrorisme, c’est, nous dit Abadie, la liberté politique, mais ce lien est complexe. Le terrorisme a tendance a émergé dans les pays les moins libres, mais aussi dans ceux qui le sont le plus (avec à chaque fois des exceptions liées à la culture, à la géographie, etc.).

Je crois que ceux qui continuent à faire le lien entre pauvreté et terrorisme n’ont pas vraiment de bonnes raisons pour le faire. Il y a bien sûr l’idéologie d’inspiration romantique, révolutionnaire ou marxiste. Il s’agit de voir partout tantôt le révolté, l’”insurgent” ou le guérilléro. Il y a aussi la confusion qui, mêlant des propagandes opposées dans leur origine, mais parfois convergentes dans leur formulation, fait de nombreux combattants impliqués dans des guerres civiles des “terroristes”. Pour illustrer ce propos, on peut citer le Hezbollah : d’un côté, les Israéliens ont tout intérêt à les désigner comme des terroristes, d’autant que, concrètement, leurs actes apparaissent ainsi (mais il n’en reste pas moins qu’une bombe posée et une roquette tirée depuis le sol d’un pays voisin sont deux choses totalement différentes ; et le Hezbollah lui-même n’a aucun intérêt à dévoiler ses objectifs politiques, son intrication dans des enjeux géopolitiques impliquant des états, etc. Finalement, l’un et l’autre camp ont tout intérêt à placer cela sur le terrain du terrorisme aveugle et du fanatisme religieux.

Source : EurekAlert.

2 commentaires à “Terrorisme et pauvreté, une fausse parenté”


  1. 1 ZeusIrae

    On rentre là dans le problème de savoir s’il est bien pertinent de parler des terroristes et du terrorisme en général.

    “Pourtant, les faits sont là et les terroristes sont, le plus souvent, des membres des classes moyennes, voire aisées (sans rien dire de ceux qui sont milliardaires) ”

    Oui, mais si on prend le cas du terrorisme islamique, ils évoluent souvent dans des sociétés relativement pauvres qui n’ont pas grand chose à offrir à leurs jeunes, gouvernée par des gérontocraties rétives au changement.C’est un environnement
    favorable.

    Vous n’avez pas besoin d’être pauvres pour vous rendre compte que vos concitoyens le sont et qu’il “faut” faire quelque chose.

  2. 2 Schizodoxe

    J’entends bien. A la limite, il y a eu la même chose avec les groupes d’extrême-gauche en Amérique latine : ce sont les fils de la moyenne ou de la haute bourgeoisie qui ont voulu “aider” le peuple en voulant plonger tout un continent dans la guerre civile. D’ailleurs, on a vu le résultat, bien souvent, les plus pauvres se sont opposés résolument à leurs “libérateurs”.

    Tout le problème est dans la conscience de l’appartenance commune. Il est vrai qu’aujourd’hui, bien des immigrés originaires de pays musulmans et vivant en Occident se sentent solidaires (sinon plus) des habitants de leurs pays d’origine, mais c’est souvent un leurre. Et le Français d’origine algérienne qui se dit Algérien n’est pour les Algériens qu’un Français parmi d’autres. De même, les enfants de la bourgeoisie des villes européanisées de l’Argentine ou de Cuba ne sont vu que comme des ennemis de classe (pour parler le marxiste :) ) voire de race par les paysans métis qu’ils se proposaient d’aider. Pire, souvent, ces derniers se sentaient parfois plus proches des latifundiaires et de leurs milices que, certes, ils n’aimaient pas (et pour cause !), mais avec qui ils avaient l’habitude de vivre et qui, au fond, vivaient dans le même monde qu’eux (contrairement à ceux venus des villes pour les “libérer”).

    C’est pour cela que lorsqu’il y a un lien entre la pauvreté et le terrorisme (ou plus généralement la violence politique), il n’est souvent que dans la tête de celui qui fait le choix d’y avoir recours.

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