Pas de race, mais des ancêtres

Alors même que la recherche biomédicale produit et explore des montagnes de données génétiques, les médecins agissent dans leurs cliniques comme ils l’ont toujours fait. Ils conçoivent des soins préventifs, planifient les traitements et sélectionnent les médicaments en accord avec leurs patients, souvent en tout premier lieu avec leur race ou leur ethnie. Les biologistes moléculaires prennent souvent garde, eux aussi, à ces éléments, pour trier parmi les façons dont les variations génétiques influent sur la réponse des patients aux médications et aux maladies. Et s’ils obtiennent un financement fédéral, les chercheurs doivent diviser les groupes qu’ils veulent étudier par race.

Sally Lehrman, “From Race to DNA”, Scientific American, février 2008, vol. 298 n° 2, pp. 23-24.

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Pourtant, beaucoup de personnes trouvent extrêmement dérangeant de parler à la fois du “fantasme de la race” et de la réalité des gènes. Les raisons en sont souvent mauvaises, d’ailleurs. Il y a, tout d’abord, le politiquement correct qui caricature les positions morales que l’on peut avoir sur le sujet. Il y a, ensuite, les pseudo-arguments scientifiques. Ainsi, on nie la pertinence du mot race parce que les humains sont tous interféconds, mais cela autorise la comparaison avec les chiens laquelle peut s’avérer scabreuse ; de même, on clame l’unicité humaine au nom du fait qu’ils partagent entre eux “99,9 %” de leur ADN, mais cet argument perd de sa force quand il est mis en parallèle avec ce que nous partageons avec les singes ou, même, avec d’autres animaux plus éloignés de nous, encore.

En fait, c’est en prenant le problème à l’envers que l’on aboutit à telles absurdités. En effet, l’importance de l’utilisation de la “race” tant dans le cadre de recherches scientifiques que d’applications médicales ne signifient pas que ce soit la race elle-même qui est importante. L’explication est simple : ce qui est génétique est héréditaire (par définition), ce qui est héréditaire est lié à la famille (par définition et dans un sens très large) et les membres d’une famille ou liés par des ancêtres communs sont, en général, des gens qui vivent dans une même zone géographique (et qui en sont originaires) et qui sont donc, de ce fait, bien souvent du même groupe ethnique, mais cette commune appartenance est une conséquence, non une cause.

De ce point de vue, l’homme n’a pas de race, mais des ancêtres et c’est cela qui compte.

Sources : Scientific American. et News Week (origine de l’illustration).

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