Mongol !

Ils tondent la pelouse
et ils appellent ça la Pax Mongolica.

Kubilaï le Sanguinaire, caddie au golf du Loup écorché, Mongolie.

Un jour, on avait demandé à Paul Veyne, qui venait de dire pis que pendre de la Rome impériale, pourquoi, alors, il en était devenu un spécialiste. Il avait répondu : parce que c’est pittoresque, puis, il avait rajouté : c’est comme les cannibales, c’est très amusant, tant qu’on n’est pas dans la marmite. Disons, alors, que mon intérêt pour les Mongols (ou les Vikings) est de cet ordre : je m’y intéresse parce que c’est pittoresque et parce que je ne crains pas de finir dans la marmite.

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De point de vue, la sortie d’un film sur le sujet ne pouvait que me réjouir. Mongols de Sergei Bodrov sortira en salle et en France le 23 avril prochain et nous racontera la jeunesse de gengis Khan. Il est prévu que ce ne soit que le premier volet d’une trilogie. La production est internationale, le budget est conséquent (dix millions de dollars) surtout que les prix pratiqués sur les lieux du tournage, la Mongolie et le Kazakhstan, ne sont guère élevés…

La jeunesse de Gengis Khan est relativement mal connue et marquée par le mythe (l’ours tué à mains nues, etc.) ce qui permettra, en laissant une certaine liberté au réalisateur, de raconter une belle histoire. J’espère qu’il y aura du Milius en Bodrov et du Poledouris dans la bande son…


Les deux autres films marcheront sur un sol historique plus ferme. Cependant, la nature de Gengis Kahn et de son Å“uvre — la fameuse Pax mongolica (la paix mongole) reste débattue et il sera difficile de plaire à la fois à ceux pour qui il était un fléau et ceux pour qui il était un héros… Certes, tous reconnaissent son génie, ainsi, Djuweini, historien iranien mort en 1283, écrit dans son Histoire du Conquérant du Monde :

Dieu Tout-Puissant a distingué Gengis parmi ses contemporains par son esprit et son intelligence et éleva son autorité au-dessus de tous les rois de la terre. Sans avoir étudié les annales du passé, sans se référer aux traditions des anciens, mais des seules profondeurs de son âme, il (Gengis) retrouva tous les principes de gouverner qui furent jadis ceux des Khosroès (c.-à-d. les Sassanides), des Pharaons et des Césars.

C’est dans les seules profondeurs de son esprit qu’il découvrit tout ce qui était nécessaire pour établir son pouvoir, pour détruire la force de ses ennemis et pour élever ses fidèles.

Malgré des adversaires forts et nombreux possédants de puissantes armées, Gengis-Khan seul, avec une petite troupe privée de tout, vainquit les superbes de l’Ouest et de l’Est et ceux qui lui résistaient par les armes furent détruits conformément à sa Yasa avec leurs sujets, leurs enfants, leurs alliés, leurs troupes, leurs provinces et leurs villes… et là où il y avait autrefois cent mille, il ne resta qu’une centaine…

Admiration du musulman pour Gengis Khan, mais admiration du chrétien (en l’occurrence, Jean de Plan Carpin) pour le peuple mongol dans son intégralité :

Les Tartares sont les plus obéissants du monde envers leurs chefs, plus même que nos religieux envers leurs supérieurs. Ils les révèrent infiniment et ne leur disent jamais un mensonge. Il n’y a point entre eux de contestations, de différends ou de meurtres. On ne signale que des vols de peu d’importance. Si l’un d’entre eux a perdu quelques bêtes, celui qui les trouve se garderait de se les approprier et même souvent les ramène au propriétaire. Leurs femmes sont fort chastes, même quand elles se divertissent…

Cependant, ce même auteur, n’ignore pas que cette exigence que les mongols ont pour eux-mêmes se traduit souvent par la démesure :

Les Tartares sont les plus orgueilleux des hommes et traitent avec mépris les chefs des autres nations. Nous avons vu, à la cour de l’Empereur (Güyük — donc à l’époque de la Pax mongolica) le grand-prince de Russie, le fils du roi de Géorgie, beaucoup de sultans et d’autres princes auxquels ils ne rendaient aucun honneur ; et même les simples Tartares qu’on leur donnait pour escorter, quelque misérable qu’ils fussent, passaient devant eux et prenaient toujours la meilleure place…

Mais bien avant que l’orgueil des vainqueurs n’exaspère, la peur des cavaliers mongols étreignait le Moyen-Orient et l’Europe. Voici ce qu’écrivait Djuweini :

…au commencement du VIIe siècle de l’Hégire, les peuples de Mohammed étant corrompu par les jouissances des biens terrestres, Dieu voulut les punir de leur insouciance, donner une terrible leçon aux générations futures et faire ensuite briller l’islam d’un nouvel éclat. Il arma le bras d’un vengeur, mais il ne tarda pas à signaler sa clémence, ainsi qu’un médecin judicieux guérit par des remèdes convenables les maux qui affligent le corps humain, le Docteur par excellence (Dieu), lorsqu’il veut restaurer son peuple emploie des moyens appropriés à son tempérament…

Pour le musulman, Gengis Khan n’est rien moins que le bras vengeur de Dieu. Même après sa mort, le feu et le fer mongol étaient, dans les souvenirs, ceux du châtiment divin.

Voici ce que dit Serapion, évêque de Vladimir, lors d’un sermon :

(Dieu) envoya alors contre nous un peuple impitoyable, un peuple sauvage, un peuple n’épargnant ni la beauté de la jeunesse, ni l’impotence des vieillards, ni l’enfance. Nous avons appelé la colère de notre Dieu; comme l’a dit David, « d’un coup prend feu sa colère. Â» Les saintes églises ont été détruites, les objets sacrés profanés, les lieux saints souillés… Les cadavres des vénérables moines jetés sur la neige en pâture aux oiseaux ; la terre a été abreuvée du sang de nos pères et de nos frères (coulant) comme une eau abondante; le courage des voïvodes et de nos princes s’est évanoui; nos hommes courageux emplis de frayeur se sont enfuis, une multitude de nos frères et d’enfants fut emmenée en captivité; nos villages sont devenus des champs d’ortie, notre grandeur s’est évanouie, notre beauté a été détruite… Les païens ont récolté les fruits de notre labeur… Comme Dieu a dit à Moïse : « Vous ne rudoierez ni une veuve, ni un orphelin. Si tu le rudoies, et qu’il se plaigne à moi, je prêterai l’oreille à sa plainte, ma colère s’enflammera, et je vous ferai périr par l’épée. Ce qui a été dit nous sera maintenant appliqué. N’avons-nous pas été vaincus par l’épée, une fois et même deux ? Â»

Voilà le souvenir laissé par Gengis Khan et ses fils.

J’espère que Sergei Bodrov arrivera à rendre à l’écran l’effroi que les Mongols et Gengis Khan pouvaient évoquer aux contemporains.

Alors, en attendant le 23 avril, quelques images…

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Source : Mongol


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5 commentaires pour “ Mongol ! ”

  1. Peut-être faire un lien vers un article relatant son extraordinaire supposée descendance ? Je pense à ce qu’avait écrit Evoweb, si ma mémoire est bonne.

    Question idiote : Occidental Way of War versus Genghis (Gensis ?) Khan; qui l’emporte ?

  2. Arf, j’avais écrit “Genghis”, puis, me rendant compte que l’orthographe correcte en français était sans “h” (et, éventuellement, avec un tiret pour lié avec “Khan”), j’ai fait un remplacement automatique… en me trompant :D

    L’article d’Evoweb se trouve ici (j’en avais parlé à l’occasion de ce billet).

    Pour la Western Way of War vs Gengis Khan Way of War, je pense que ça dépend surtout de l’échelle à laquelle on se place.

    Toutefois, après tout, le match a eu lieu et le résultat est sous nos yeux : à Oulan-Bator, on boit du Coca et on rêve devant MTV d’aller à Los Angeles alors qu’a LA, on boit du Coca devant MTV et on ne sait même pas qu’Oulan-Bator existe…

  3. Ah, c’est ce que notaient quelques américains regardant les Vietnamiens (ortho exacte ?) hurler “Iouessa” (il me semble) et acclamer Clinton lors de sa venue au Viet-Nâm : qui a réellement gagné la guerre du Viet-Nâm, mmh ?

  4. Il est à noter que l’aventure européenne des mongols (Pologne, Hongrie…) n’était point le fait de Gengis mais de Batu, petit-fils de celui-ci. Egalement à méditer, la comparaison qu’à fait Ben Laden entre les Américains en Irak et l’attaque et le pillage de Bagdad par Hulëgu (autre petit-fils de Gengis), point-clé de la destruction du califat abasside (vue comme une catastrophe majeure par les musulmans).

  5. Reste que les Mongols disposaient à cette époque d’une formidable mahcine de guerre, d’un chef exceptionnel et de guerriers impitoyables. A mon avis, ils l’auraient facilement emporté sur l’Europe Occidentale divisée empêtrée dans ses conflits internes et ses Croisades…
    Les Mongols restent les seuls à ma connaissance à avoir envahi la Russie avec succès depuis les Vikings.

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