Archive pour mars 2008

Maelstrom

Dimanche 30 mars 2008

Le Japon, un vaste Suicide Club ?

Dimanche 30 mars 2008

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Depuis 1998, 30 000 Japonais se suicident tous les ans (enfin, ce ne sont pas les mêmes qui remettent ça une fois par an, hein ?), ce qui place ce pays dans le peloton de tête des pays où l’on se suicide le plus avec 24 suicides pour 100 000 habitants (c’est bien moins que le chiffre impressionnant de la Lituanie : 38,6 pour 100 000 habitants !).


Parler de suicide au Japon semble un lieu commun, mais les causes en sont, aujourd’hui, essentiellement économiques.

Face à cela, la réponse du gouvernement a été très logiquement, dans un premier temps, traditionnelle, à savoir de considérer le suicide comme une affaire privée (ce qu’elle est). Cependant, de plus en plus, aujourd’hui, celui-ci tend à s’emparer de ce problème et d’en poser, publiquement, la question.

Source : The San Francisco Chronicle.

Libre ?

Dimanche 30 mars 2008

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La France au 48ème rang mondial de la liberté économique, ce qui la place parmi les pays les moins libres d’Europe…
(Lire la suite…)

Conan the Librarian

Vendredi 28 mars 2008

Il ne faut pas couper les doigts de ses enfants

Vendredi 28 mars 2008

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In an initial study, 106 children aged nine to ten years were asked to solve problems like 6 + 3 + 7= ? + 7 and talk through their solutions. Later on, some of the children were also told that they must use their hands when explaining their answers. All the children got the maths problems wrong, but the hand movements of the children told to gesture revealed they had insight into new, often appropriate strategies, which they hadn’t previously spoken of.

Grande découverte : compter avec ses doigts peut aider à faire des additions…

Source : BPS.

Buffon et la variété humaine

Vendredi 28 mars 2008

Si l’on a fait abstraction du passage un peu exalté à la toute fin, de cet extrait de Buffon / Linné. Eternels rivaux de la biologie ? de Thierry Hoquet, on a la un très bon éclaircissement sur ce que j’ai pu écrire hier.
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De la dégénération des animaux

Dans ce deuxième texte, l’argument de la proximité morphologique de l’homme au singe est contrebalancé par des arguments liés à la définition de l’espèce et à la théorie de la génération : tous les hommes, même les Américains qui semblent avoir été séparés des peuples de l’Ancien Monde depuis des temps immémoriaux (Buffon parle d’une division « plus ancienne que tous nos monuments »), produisent ensemble des descendants féconds. C’est là le signe de l’unité de l’espèce humaine, dans toutes ses variétés. Cette unité du groupe humain l’isole en revanche de manière radicale de tous les singes.

Entre les hommes et les singes en effet, les croisements ne sont pas possibles. Buffon a pu avoir des formules ambiguës à ce sujet, parlant dans la Nomenclature des singes de « mélanges forcés ou volontaires des Négresses aux singes, dont le produit est rentré dans l’une ou l’autre espèce ». À présent, il n’envisage les copulations qu’entre tous les individus humains. Cette universalité du croisement sert a contrario à montrer que l’influence du climat n’est guère profonde : « c’est là [dans la variation de couleur] la plus grande altération que le ciel ait fait subir à l’homme et l’on voit qu’elle n’est pas profonde. » Buffon compte donc cette fois l’homme parmi les « espèces isolées », qui font « à la fois espèce et genre » mais étrangement, il ne le compte plus quand il donne la liste des espèces isolées propres ou communes à l’un ou l’aurre continent : « Des neur espèces isolées, sept ; savoir, l’élépliani, le rhinocéros, l’hippopotame, la girafe, le chameau, le lion et le tigre ne se trouvent que dans l’ancien monde ; et deux, savoir, l’ours et la taupe sont communes aux deux continents. »

Ainsi, il semble bien que Buffon ait désormais résolu de ne plus compter l’homme parmi les espèces animales. C’est que l’homme intervient désormais, par la domestication des espèces, comme un agent de transformation, au même titre que le climat ou la nourriture. Dès lors, l’homme n’est plus envisagé dans ses rapports avec le singe : telle n’est déjà plus la question de Buffon, celle-ci ayant été clairement résolue dans le texte de la Nomenclature.

Cependant, un ensemble d’arguments méthodologiques contre le linnéisme semble tomber et Buffon développe désormais clairement des regroupements entre espèces, pour former des « familles » ou des « genres ». Simplement, Buffon recourt toujours à des caractères « moraux », puisés dans le comportement des espèces : il ne procède pas à l’étude des caractères morphologiques mais toujours uniquement à partir de la possibilité du croisement. De même qu’il a établi l’unité de l’espèce humaine en étudiant l’universalité de la copulation, et dans quels cas est produite une descendance elle-même féconde, Buffon analyse les relations entre les différentes espèces et la possibilité de les regrouper à partir de la question des mulets et de leur fécondité.

Il serait donc tout à fait exagéré de dire que Buffon se rend ici à la méthode de Linné car les principes de leurs regroupements sont tout à fait disjoints. C’est uniquement sous le rapport anatomique (forme et nombre des dents et des pieds) que Linné rassemble le cheval, l’âne et le zèbre dans le genre Equus de l’ordre des Bellua, ou bien le chien, le loup, le renard ou la hyène dans le genre Canis de l’ordre des Ferae.

Buffon n’a eu de cesse de critiquer cette méthode, dont pourtant il semble retrouver les résultats. En réalité, son raisonnement est toujours uniquement moral : il s’agit bien de voir quels individus se croisent avec quels autres pour produire une descendance féconde. Pour Buffon, la très grande ressemblance entre le cheval, l’âne et le zèbre fait bien sûr argument en faveur de leur regroupement sous un même genre, mais ce qui prime, t’est que « l’âne produit avec la jument, le cheval avec l’ânesse ». L’anatomie est donc soumise à la morale au sens où la conformité des organes est traitée par Buffon sous la forme d’une comparaison des sexes. Ainsi pour le chien et le loup, « les individus se ressemblent si fort, surtout par la conformation intérieure et par les parties de la génération, qu’on a peine à concevoir pourquoi ces animaux ne produisent pas ensemble ».

Sur l’homme et le singe, l’essentiel a été dit dans la Nomenclature des singes ; et si Buffon semble atténuer désormais les critiques méthodologiques contre la classification linnéenne, il serait toutefois erroné de dire qu’il se rend aux principes de son adversaire. En effet, les principes avec lesquels Buffon forme ses genres et ses familles ne sont pas ceux du linnéisme : ils sont généalogiques et portent sur la question morale du croisement fécond. Ce souci conduit Buffon à mettre en avant le vocabulaire de la « souche » : le cheval « souche ou tronc principal » et le zèbre et l’âne, « tiges collatérales » ; les deux cents espèces que Buffon a présentées « peuvent se réduire à un assez petit nombre de familles ou souches principales » ; de même, tous les hommes sont « issus d’une seule et même souche ».

La barrière de la fluidité des espèces semble levée par Buffon une fois qu’il s’est assuré de mettre l’homme à l’abri de sa trop grande proximité avec le singe. Nous rappelons ces phrases décisives : « La grande division de la terre est celle des deux continents, elle est plus ancienne que tous nos monuments ; cependant l’homme est encore plus ancien ; car il s’est trouvé le même dans ces deux mondes : l’Asiatique, l’Européen, le Nègre produisent également avec l’Américain ; rien ne prouve mieux qu’ils sont issus d’une seule et même souche que la facilité qu’ils ont de se réunir à la tige commune. »

A partir de là, Buffon se sent autorisé à supprimer les barrières entre les différentes espèces : l’homme est soustrait de cette fluidité généralisée, il semble antérieur aux phénomènes décrits, qui distinguent les espèces de l’ancien et du nouveau mondes. La « première vérité » qui se trouve au cœur du linnéisme, qu’il a à se compter parmi les animaux, cette vérité dont Buffon disait qu’elle pouvait être humiliante pour l’homme, est désormais à la fois incluse dans son message primordial et dépassée dans le traitement qu’en donne [‘Histoire naturelle. Certes, la Dégénération des animaux s’ouvre par une analyse de l’homme comme espèce zoologique pour exposer les effets du climat et de la nourriture sur la transformation des espèces ; mais à la suite de cela, l’homme est reconduit à une antériorité par rapport aux espèces et par rapport même à la forme des continents. Il n’est plus une créature naturelle comme les autres : il est désormais élevé au rang de cause agissant dans la Nature, au même titre que les grands principes naturels (climat, nourriture…) et peut-être plus efficacement ou plus profondément qu’eux. Lhomme se voit donc soustrait à la Nature au moment où il semblait s’y inscrire avec la plus grande clarté. Il est séparé des bêtes dans le même temps que son pouvoir sur elles est fortement affirmé.

Les analyses de Buffon servent à unifier l’espèce humaine en la distinguant radicalement de tout ce qui n’est pas elle (les singes, renvoyées aux bêtes brutes) et en plaçant le critère de distinction île l’homme ailleurs que dans la forme générale du corps (l’humain étant lié au social, c’est-à-dire à la lente fréquentation mutuelle des enfants et des parents). La réversibilité des variétés décrites par Buffon clans le texte des Variétés dans l’espèce humaine montre bien que son propos n’est pas d’identifier une fois pour toutes un ensemble de variétés fixées (comme c’est le cas pour Linné qui identifie des sous-espèces), main Buffon expose simplement les diverses coutumes que peut adopter l’espèce humaine. Tout le travail de Buffon est de traiter les sous-espèces linnéennes comme des accidents de l’histoire : transporte/ des Hottentots au Danemark, ils redeviendront blancs ; éduquez des enfants sauvages à la fréquentation des hommes, ils se redresseront et pourront peut-être apprendre le langage.

Finalement, nous pensons que Buffon, quand bien même il donne une véritable histoire naturelle de l’homme, qui le considère comme espèce animale et en expose avant tout les caractéristiques physiques, u une conception « morale » de l’homme, qui allie le physique et le métaphysique. Nous avons souligné que l’homme est la seule espèce bien connue pour laquelle Buffon ne donne aucune illustration. D’ordinaire, lorsque les planches manquent, c’est que l’information est incertaine. À l’inverse, on pourrait dire que Buffon se passe de donner une gravure du corps de l’homme car il est bien connu de tous, mais alors pourquoi donner le cheval ou le chien ? L’exemple du chien est encore à charge : nous savons bien ce que c’est qu’un chien, mais Buffon nous montre par une série de vingt-et-une planches les différentes formes que peut prendre le corps de cet animal. Dès lors, il aurait pu tout aussi bien mettre en gravure les différentes descriptions contenues dans son texte des Variétés dans l’espèce humaine. Or, on ne trouve rien de tout cela. Ni l’explication du manque d’informations, ni celle inverse de la trop grande familiarité ne permettent d’expliquer l’absence de représentation de l’homme. Une conclusion s’impose : si Buffon refuse d’illustrer l’homme, c’est qu’il a une conception métaphysique de cette espèce. C’est paradoxal si l’on considère que Buffon est à l’origine du genre « histoire naturelle de l’homme ».

Impact de ces conceptions

Le traitement que les deux auteurs ont donné de cette question de la classification de l’homme et de sa place parmi les bêtes aura un grand retentissement dans l’anthropologie naissante, en particulier, dans le travail de Johann Friedrich Blurnenbach. Cet auteur ouvre ses travaux d’anthropologie par un éloge de Linné, « le premier à avoir essayé… de ramener le genre humain… à des variétés constantes » ; mais cela se double immédiatement d’une critique constante des résultants linnéens. En particulier, dans une section intitulée « Différence de l’homme aux animaux », Blurnenbach reproche à Linné de n’avoir pas découvert le « caractère spécifique de l’homme » et de l’avoir trop rapproché de la série des singes. Ainsi, Blurnenbach se propose de « substituer au système artificiel de classification des mammifères d’après les dents, un système plus naturel fondé sur l’universalité de leur manière d’être. Sans doute la méthode de Linné suffisait au temps où il écrivit ; mais aujourd’hui, la connaissance d’un grand nombre d’espèces nouvelles la rend défectueuse et sujette à beaucoup d’exceptions. »

Si Blurnenbach célèbre le seul Linné pour son traitement de l’homme dans l’histoire naturelle, son texte, De l’unité du genre humain et de ses variétés, traduit en français en 1804, n’évoque Buffon qu’en quelques lignes :

Linné, d’après la géographie, divise les hommes en Américains rouges, en Européens blancs, en Asiatiques jaunes et en Africains noirs. Buffon reconnaît dans la race humaine six variétés dont voici les noms : la Polaire ou Lapone ; la Tartare que j’ai nommée Mongole d’après son nom vulgaire, l’Asiatique australe, l’Européenne, la Nègre et l’Américaine.

Ces lignes, d’ailleurs erronées, constituent un cadre à partir duquel l’anthropologie française relira Buffbn et son Histoire naturelle de l’homme. Ainsi :

Cuvier : II a recueilli scrupuleusement les témoignages des voyageurs, des géographes et des naturalistes, sur la forme et la couleur de l’espèce humaine. Cependant il n’a pu parvenir à la détermination précise des races humaines, comme Blumenbach et d’autres auteurs l’ont fait depuis.
Flourens : La détermination des races humaines n’est pas aussi précise dans Buffon que dans Blumenbach, parce que Buffon n’a pas, comme Blumenbach, le secours de l’anatomie. Blumenbach voit mieux les traits opposés, les caractères précis, les races tranchées ; Buffon voit mieux les modifications graduées, les nuances suivies qui lient les races les unes aux autres : il voit mieux l’unité de l’homme.

Ces jugements portés sur Buffon à partir des thèses de Blumenbach et de l’anthropologie raciste du XIXe siècle portent globalement à faux : Buffon n’est pas Blumenbach et n’y prétend pas. Blumenbach ne renvoie ici qu’à Herder et ne cite aucun texte de Buffon et pour cause, l’Histoire naturelle est moins radicale que cela. Elle oppose bien, dans les Variétés dans l’espèce humaine (1749) « la race laponne et la race tartare », ou bien dans la Seconde vue (1765), elle revient sur la capacité qu’a l’homme de varier « du blanc au noir, du petit au grand, etc. », indiquant alors que « le Lapon, le Patagon, l’Hottentot, l’Européen, l’Américain, le Nègre, quoique tous issus du même père, sont bien éloignés de se ressembler comme frères ». Mais elle n’indique pas alors que ces six peuples (qui ne correspondent pas aux six races de Blumen-bach, le Hottentot se distinguant du Nègre) épuisent le genre humain. Buffon utilise donc ici les variétés dans l’espèce humaine comme le signe que toutes les espèces sont sujettes aux différences purement individuelles, quoique connaissant également des variétés constantes.

Quand bien même il aurait eu les meilleurs outils et l’information anatomique la plus complète, Buffon n’aurait jamais tenté d’identifier ce que le XIXe siècle identifiera comme les races humaines ; ainsi il n’en identifie ni quatre ni six mais bien aucune. Il n’étudiera pas non plus les différences entre les crânes des hommes, les variations de l’angle facial ou du trou occipital. Ainsi, quand Flourens loue la puissance du génie de Buffon en déclarant que « depuis lui, l’étude des variétés, des races humaines, est devenue une science particulière », c’est un contresens. À lire les anthropologues du XIXe siècle, Buffon serait à l’origine d’un programme d’étude de l’homme dans sa dimension d’espèce naturelle : cela néglige le fait que Buffon, par le concept notamment d’une éducation de l’espèce qui caractérisait véritablement l’humain, sort précisément du cadre strictement physiologique et définit l’homme par le social. L’idée d’une recherche des « races humaines » lui est totalement étrangère : si l’on trouve chez lui le mot race, c’est plutôt dans le sens de générations ou de variétés. Il étudie des peuples, c’est-à-dire avant tout des mœurs différentes, lesquelles, via la nourriture ou les usages (comme la circoncision) interviennent sur la forme du corps. Mais il ne cherche en rien à fixer ces différences.

Plus même, un texte est souvent cité comme le comble du racisme buffonien : celui qui consisterait à transporter des Hottentots (des noirs d’Afrique du Sud) au Danemark pour leur « laver » la peau. Buffon est même accusé de faire l’atroce suggestion suivante : d’enfermer ces hommes noirs dans des camps, pendant plusieurs générations, pour qu’on puisse observer l’éclaircissement progressif de leur peau.

En réalité, Buffon ne manifeste ici rien d’autre que sa foi en la complète réversibilité de toute différence physique au sein de notre espèce.

Bien loin d’être un fondateur du racisme, Buffon invite au contraire tous les hommes à se mêler les uns aux autres. Certes, la peau des noirs se « laverait » quand bien même ils seraient parqués dans des camps dans les contrées nordiques ; mais si l’on veut obtenir ce résultat en bien moins de temps, il n’y a qu’à tenter une autre méthode : procréons tous ensemble ! Mélangeons-nous ! C’est par le croisement des individus que l’on verra que toutes les différences ne sont que des accidents ; par le fait de la fécondité de ces unions, on comprendra que l’homme ne fait partout qu’une seule et même espèce. L’homme ne s’est différencié partout que pour avoir vécu trop isolé : on peut dire que la leçon de l’anthropologie de Buffon est plutôt un appel au métissage.

Le principal « reproche » que l’humanisme contemporain serait fondée à adresser à Buffon, c’est d’avoir cru en l’existence d’une forme primitive de l’homme, européenne ou méditerranéenne. Comme tous les chiens dérivent du Chien de berger, tous les hommes avaient originellement la peau blanche. Il y a donc chez lui un euro-centrisme que le postmodernisme post-colonial actuel pourra juger coupable : finalement, Buffon fait du Hottentot et du Lapon, des équivalents de l’épagneul ou du lévrier du genre humain. On peut être indigné par de tels raccourcis, qui font la part belle à l’homme européen, forme originelle et non dégénérée, de même que le chien de berger est la forme primitive du chien. Mais on peut également comprendre que Buffon met en avant, en toutes choses, l’unité du genre humain, créé en un unique foyer ; c’est bien cela qui s’exprime dans sa conception de l’espèce comme un type qui présente une forme originaire et des inflexions accidentelles et locales, toujours réversibles.

Thierry Hoquet , Buffon / Linné. Eternels rivaux de la biologie ?, pp. 94-101.