Un regard darwinien sur le massacre de l’université de l’Illinois
Vendredi dernier, 15 février, une fusillade a eu lieu à la Northern Illinois University. Il y a eu, en moins de deux minutes, six morts — dont le tireur lui-même, après avoir retourné son arme — et seize blessés. Larry Larnhart, universitaire de renom, et blogmaster de l’excellent Darwinian Conservatism, est professeur dans cette université et il s’est livré à d’intéressantes réflexions sur ce nouveau “massacre”.

Larry Arnhart a deux bonnes raisons de s’arrêter sur cette affaire. Premièrement, comme je l’ai dit, il est professeur à l’université qui a connu ce drame et il n’a quitté le campus que très peu de temps avant que cela ne se produise. De plus, le tireur avait étudié dans son département de philosophie politique et plusieurs collègues de Larnhart l’ont eu comme étudiant. Deuxièmement, c’est un homme qui réfléchit aux fondements naturels, c’est-à -dire darwiniens, de la politique. Or, une personne qui tue au hasard avant de se tuer elle-même agit, clairement, d’une façon moralement aberrante, c’est-à -dire, si l’on suit son analyse, d’une façon aberrante par rapport à la nature.
En effet, Larnhart est très proche d’Aristote (et des scolastiques), même s’il le relit au travers de Darwin. Pour lui, la culture — coutumes, lois, etc. — s’appuie sur la nature fondamentale de l’homme et la raison s’exerce à partir de la nature et dans le cadre de la culture. Un acte aussi déraisonnable et choquant que celui-ci semble indiquer que le problème vient de la nature de cette personne.
Un extrémiste religieux ou politique peut être quelqu’un qui néglige la raison au profit de la vision qu’il a de sa culture, il n’est pas nécessaire que sa nature soit altérée. De même, un escroc ou un voleur peut très bien faire un calcul rationnel et voir son intérêt dans le non-respect des lois, des convenances, du respect de la propriété privée des autres, etc. Là encore, la nature de cette personne peut très bien être la même que celle de la majorité des gens. Mais une personne qui ne respecte ni les normes culturelles d’un côté, ni son intérêt, ne peut être qu’une personne dont la nature est faussée.
Du tireur, Steven Kazmierczak, un étudiant extrêmement brillant, il faut retenir deux faits à la suite de Larry Arnhart : il prenait du Prozac et il lisait Nietzsche. Mais il ne faut confondre la nature de ces deux symptômes, ni voir une cause là où il n’y a que des conséquences.
Le Prozac apporte une solution chimique à un problème lié à la nature de la personne. La prise de ce médicament indique donc l’existence d’un état dépressif dont les causes sont, souvent, multiples et complexes, mais où l’état physique du cerveau est, toujours, central. Cesser de le prendre non seulement peut replonger la personne dans son état antérieur, mais aggraver considérablement sa maladie.
On peut lire Nietzsche sans tuer des innocents au hasard, c’est entendu. Je ne pense pas, d’ailleurs, que la lecture de cet auteur — ni même, sans doute d’aucun auteur — puisse causer de tels actes. En revanche, je suis bien persuadé que les lectures que l’on recherche reflètent l’état mental dans lequel on se trouve. Nietzsche est un auteur exemplaire à ce titre. Tout adolescent qui a quelques prétentions intellectuelles se jettera sur cet auteur et si Steven Kazmierczak le lisait, ce n’est pas un hasard. Cependant, Larnhart va plus loin et attribue à certains textes de Nietzsche la capacité d’être l’élément déclencheur d’un tel drame, mais, notons-le bien, déclencher n’est pas causer…
(PS : A propos de la lecture de Nietzsche, Larhart évoque l’assassinat de Bobby Franks, histoire qui a inspiré La corde, d’Alfred Hitchkock (un de ses meilleurs films, selon moi). Je ne connaissais pas du tout cette affaire et je dois dire que je la trouve à la fois troublante et fascinante.)
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20 février 2008 à 22:11Quelqu’un a t’il lu Carnage de Maxime Chattam ?
20 février 2008 à 23:34Et si, à contrario, ce genre d’évènement était des accidents de l’évolution, une sorte de bug, intégré au sein même du logiciel de la nature visant à tester les limites des espèces. Comme les accidents de la route. L’apprentissage par l’erreur en somme.
Nietzsche, l’autre Marilyn Manson de tous les loosers du système scolaire américain.
21 février 2008 à 0:12une mutation spontanée…? on retombe sur notre ami Darwin, tout se tient et vice et versa