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Toute mort est un suicide

Dans un récent article du blog Freakonomics, Stephen Dubner cite un long extrait de la préface de The Economic Approach to Human Behavior du prix Nobel d’économie (1992) Gary Becker. En quelques lignes, Gary Becker indique ce qui fait l’essence de sa démarche d’économiste. Celle-ci évoque, bien-sûr, beaucoup celle que Stephen Dubner lui-même et Steven Levitt (collègue de Becker à l’université de Chicago, d’ailleurs) ont illustrée et popularisée dans leur fameux ouvrage Freakonomics (dont j’ai déjà parlé ici). Mais elle rappelle, aussi, le sens véritable de l’économie. La réduction commune que l’on fait de cette science au domaine restreint des échanges d’argent, du commerce et de la finance est tout à fait indue. Becker entend économique comme Xénophon l’entendait, et ils ont tous deux raison selon moi.

Gary Becker

Le réductionnisme est une bien vilaine chose, tout le monde s’accorde pour le dire. Cependant, je ne conçois pas de sciences qui ne cherche pas à tirer la corde aussi loin que possible. Il n’y a de science que du général et un scientifique qui se refuserait à sortir du cas particulier dans lequel il a élaboré une théorie serait un aussi mauvais scientifique que celui qui considèrerait, a priori, y avoir trouvé la réponse la réponse unique à la Grande Question sur la Vie, l’Univers et le Reste…

C’est pour cela qu’aussi longtemps que les idées de Becker rendent compte des phénomènes qu’il observe, il en va de son devoir de continuer. Et, ma foi, pourquoi donc la mort ne serait pas, sous un certain angle, le fruit de décisions économiques ?

En effet, je suis arrivé à l’idée que l’approche économique est un processus global applicable à tous les comportements humains, que ce soit les comportements liés aux prix réels ou supposés, aux décisions régulières ou exceptionnelles, importantes ou mineures, aux fins émotionnelles ou techniques, aux personnes riches ou aux pauvres, aux hommes ou aux femmes, aux adultes ou aux enfants, aux personnes brillantes ou aux imbéciles, aux malades ou aux soignants, aux hommes d’affaires ou aux politiciens, aux professeurs ou aux étudiants… Par la suite, j’ai appliqué l’approche économique à la fertilité, à l’éducation, à l’emploi du temps, au crime, au mariage, aux interactions sociales et autres problèmes « sociologiques », « légaux » ou « politiques »… La bonne santé et une vie longue sont des buts importants pour la plupart des gens, mais il n’est certainement pas nécessaire de plus d’un instant de réflexion pour persuader n’importe qui que ce ne sont pas là les seuls buts : une bonne santé ou une longue vie peuvent être sacrifiées parce qu’elles entrent en conflit avec d’autres buts… Conformément à l’approche économique, de ce fait, la plupart (si ce n’est toute !) les morts sont une sorte de « suicide » dans le sens où elles auraient pu être retardées si plus de ressources avaient été apportées pour prolonger la vie.

Voilà une approche particulièrement stimulante en tout cas !

Source : Freakonomics.



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2 commentaires pour “ Toute mort est un suicide ”

  1. La mort permet aussi une régénéressence. Même les étoiles en mourrant donnent naissance à de nouvelles étoiles…

    Je me permets de vous souhaiter un bon Noël et de vous offrir mes meilleurs vœux pour 2008 !

    Je viens de publier sur mon blogue un conte d’anticipation de saison.

    Amicalement.  

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  2. Cette extension du domaine de la lutte – pardon – de l’économie est assez intéressante. Mais finalement, en faire l’étude des choix, de leur rationalité ou de leur irrationalité, est une extension tout à fait salutaire.  

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