Watson et Wilson sur Darwin
Il est commun de refuser de voir la moindre qualité à ceux que l’on méprise ni le moindre défaut à ceux que l’on admire. C’est pour cela que voir discuter calmement entre elles des personnes que l’on place à de telles extrémités est souvent troublant si sa compréhension des choses est trop superficielle.

Le darwinisme est, sans doute, devenu le fond et la forme de la pensée de la plupart des scientifiques qui se donnent pour tâche de comprendre la nature et l’homme comme élément de la nature. C’est en cela que Darwin est encore au centre de tant de débats : se prononcer sur lui, c’est se prononcer sur bien plus qu’un point d’épistémologie ; c’est prendre une position philosophique et politique. Cette actualité (au sens fort) de Darwin trouve une belle illustration dans le débat qui a réuni, dans l’émission de Charlie Rose, l’ancien paria Edward Wilson et celui n’en était pas encore un James Watson :
Edward Wilson est, aujourd’hui, pour beaucoup de gens à travers le monde, le modèle du scientifique estimable, respectable, presque du sage au sens philosophique. Le rôle qu’il joue dans la prise de conscience des dangers qui pèsent sur le monde moderne par un nombre croissant d’êtres humains, a fait de lui l’une des personnalités les plus importantes de l’écologie contemporaine, laquelle est certainement appelée à devenir une évidence pour tous dans un futur proche. Les concepts qu’il a inventés, comme la biodiversité par exemple, se sont imposés et ne seraient être remis en cause sous peine d’être accusé d’ignorance manifeste.
Pourtant, comme je l’ai écrit ailleurs, il est aussi le père de la sociobiologie. A l’époque, ce concept lui avait valu l’humiliation des insultes et des blagues grotesques. Aujourd’hui, bien qu’il n’ait rien renié de ce qu’il pensait alors, ses ennemis se sont faits plus discrets. Peut-être est-ce surtout que sa nouvelle notoriété le rend trop difficile a attaquer ? Peu importe, mais quand James Watson reprend à son compte, dans un cadre informel, les prémisses du raisonnement de Wilson (pour en inférer des choses contestables, pour ne pas dire autre chose, certes), c’est à son tour de faire l’objet de la cabale qui, en son temps, avait frappé Wilson.
Ne nous ne leurrons pas, les propos de Watson ont été critiqués non pour ce qu’ils étaient en eux-mêmes, mais au nom d’un refus en bloc d’une certaine vision du darwinisme (laquelle n’implique pas nécessairement les conclusions de Watson). En somme, c’est le combat contre le politiquement correct Wilson qui se poursuit dans la dénonciation du politiquement incorrect Watson, mais l’ennemi est toujours le même, c’est le Darwin non domestiqué des lectures sauvages. Cependant, le vieux Charles a ses ruses et le scandale est, après tout, quelque chose comme un d’avantage adaptatif sur le terrain des idées…
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