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L’ordinateur qui ne voulait pas finir les pieds dans le béton

Entre l’intelligence et l’illusion de l’intelligence, il est souvent bien difficile de faire la part des choses. C’est d’ailleurs pour cela que les premiers essais d’intelligence artificielle étaient plutôt des tentatives d’intelligence artificieuse… En ce temps-là, l’idée était de miser sur l’ignorance et sur la mise en condition.

PERRY

Si j’ai parlé d’ignorance et de mise en condition, c’est que ces premières rencontres intelligences artificielles étaient, souvent, organisées avec des personnes qui n’étaient pas de la partie et qui s’imaginaient (à partir de la science-fiction et —&nbsp:encore plus fantaisistes — les déclarations des grands noms du domaine) que la machine avec laquelle elles devaient discuter était plus intelligence qu’elle ne l’était en fait, c’est pour cela qu’elles donnaient du sens à tout ce qui venait d’elle et qu’elles attribuaient une grande profondeur à ce qui n’était, en fait, que des erreurs… La mise en condition ne se limitait pas à cela, car, on indiquait le sujet de la conversation, ce qui fait que, dans le cadre défini, tout prenait sens.

ELIZA a été l’une des premières réussites en ce domaine. Elle imitait un psychothérapeute rogérien (de Carl Roger), c’est-à-dire qu’elle reformulait sous forme de question les assertions du « patient ». Voici un exemple d’une « discussion » via un terminal entre ELIZA et une jeune femme :

Les hommes sont tous les mêmes.
ELIZA : en quel sens ?
Ils n’arrêtent pas de nous agacer pour une chose ou une autre.
ELIZA : pensez-vous à quelque chose en particulier ?
Eh bien, mon petit ami m’a fait venir ici.
ELIZA : votre petit ami vous a fait venir ici ?
Il dit que je déprime la plupart du temps.
ELIZA : je suis désolé d’apprendre que vous déprimez.
C’est vrai. Je suis malheureuse.
ELIZA : Pensez-vous que venir ici vous aidera à ne plus être malheureuse ?
J’ai besoin d’aide, cela semble certain.
ELIZA : que signifierait pour vous le fait de recevoir de l’aide ?
Peut-être devrais-je apprendre à m’entendre avec ma mère.
ELIZA : Dites-m’en davantage sur votre famille ?
Etc.

Incontestablement, il faut féliciter les programmateurs (mais pas le petit ami de la jeune femme qui l’a cobayisé…). D’ailleurs, avec différents scripts, des tas de gens s’y sont laissé prendre… Mais en fait, la machine ne fait que semblant de comprendre. Elle ne fait illusion que dans un contexte limité, rapidement, on peut arriver à une discussion ridicule où l’absence d’intelligence d’un des interlocuteurs éclate.

On a voulu voir ici un passage du test de Turing. Mais c’était aller trop vite en besogne. En effet, le test de Turing se fait à trois, l’un sachant qu’il y a un humain et une machine et devant, par une discussion ouverte, ne pas pouvoir les différencier pour que le test soit passé. ELIZA ne l’a donc pas réussi, mais qu’en est-il de PERRY ? PERRY est beaucoup moins connu qu’ELIZA. La seconde singeait un psychiatre, le premier imitait un paranoïaque voyant la mafia partout, dans chaque Italo-Américain et derrière chaque course de chevaux…

Comment allez-vous aujourd’hui ?
PARRY : Bien.
Quel est votre nom ?
PARRY : Mon nom est Frank Smith
Quel âge avez-vous ?
PARRY : 28.
Etes-vous marié ?
PARRY : Non.
Quel sorte de travail faites-vous ?
PARRY : Je travaille dans un bureau de poste.
Pourquoi êtres-vous à l’hôpital  ?
PARRY : Je ne devrais pas être ici.
Qui vous a amené ici ?
PARRY : La police.
Quels ennuis avez-vous avec la police ?
PARRY : Les flics ne font pas leur boulot.
Que font-ils à la place ?
PARRY : Les flics n’arrêtent pas qui il faut.
Ils arrêtent les personnes justes, parfois.
PARRY : La loi devrait s’en prendre aux escrocs italiens.
Etes-vous italien ?
PARRY : Ma famille vient d’Angleterre, mais je suis né ici.
Connaissez-vous des escrocs italiens ?
PARRY : J’essaie d’éviter le milieu.
Etes-vous effrayé par le milieu ?
PARRY : La mafia a les pires gangsters.
Vous avez des liens avec la mafia ?
PARRY : Vous savez, ils me connaissent.
Comment vous connaissent-ils ?
PARRY : Ils m’espionnent.
Pourquoi font-ils ça ?
PARRY : Ils veulent des fausses preuves pour monter un coup contre moi.
Que font-ils contre vous ?
PARRY : Ils sont dehors pour m’avoir.
Pourquoi ?
PARRY : J’ai des preuves les incriminant.
Vous êtes sûr ?
PARRY : Vous ne me croyez pas ?

Les échangent avec PERRY ne semblaient pas, aux yeux de psychiatres, différencier d’échanges avec des paranoïaques humains. Dans un sens, donc, PERRY a passé avec succès le test de Turing, mais uniquement pour les malades mentaux.

Source : Ars Technica (cf. Science).



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Un commentaire pour “ L’ordinateur qui ne voulait pas finir les pieds dans le béton ”

  1. Quand PARRY rencontre ELIZA > http://tools.ietf.org/html/rfc439
    Les sopranos artificiels… C’est géant…
    La page Wiki donne le code source de PARRY >
    http://www.cs.cmu.edu/afs/cs/project/ai-repository/ai/areas/classics/parry/  

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