Sociobiologie et termites

Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus : du reste, homme assez ordinaire !

Beaumarchais, Le mariage de Figaro, V, 3.

De la naissance vient le rang, l’aisance et la puissance et d’eux la réussite. C’est ce que l’on pense des hommes et, par anthropomorphismes, des insectes sociaux.

Reticulitermes speratus

Quelques lignes plus haut, parlant des femmes, Beaumarchais disait : “nul animal créé ne peut manquer à son instinct”, eh bien, il semble qu’il faille aller contre l’opinion commune et dire “nul animal issu de l’évolution ne peut manquer à ses gènes…

Jusqu’à présent, la plupart des chercheurs pensaient que des facteurs environnementaux comme la nourriture ou des stimuli olfactifs étaient à l’origine de la détermination de la caste des œufs de termite matures.

Dans Science du 9 novembre, un article (Sex-Linked Genetic Influence on Caste Determination in a Termite) semble remettre radicalement cela en question. En effet, une équipe de chercheurs japonais, accompagnée d’un australien (Nathan Lo de l’université de Sidney), sous la direction de Yoshinobu Hayashi a établi le rôle que jouait la génétique dans la création des castes :

En faisant se reproduire en laboratoire une espèce de termites, Reticulitermes speratus, particulièrement destructrice, ils ont obtenu des résultats ne pouvant s’expliquer qu’avec une transmission héréditaire de ce caractère royal qui serait contrôlé par un gène situé sur le chromosome X.

En fait, un peu comme dans le cas du lien du QI avec certains gènes lorsqu’il y a allaitement au sein, l’hérédité et l’environnement jouent tous deux un rôle, mais ici comme dans le cas évoqué, rien ne prouve que ces comportements ne sont pas, eux-mêmes, la conséquence du contexte héréditaire.

Le lecteur trouvera peut-être une telle information étonnante. Non parce qu’il ne se serait pas attendu au résultat, mais, au contraire, parce que l’idée que l’animal ne soit pas du côté de la nature est, pour lui, en soi absurde. Les animaux ne sont que des animaux (surtout lorsqu’ils sont aussi éloignés de l’homme que peuvent l’être les insectes), ils relèvent tout entier de la nature, c’est-à-dire de l’instinct et celui-ci du gène. Où est donc l’importance d’une telle nouvelles ?

En fait, le rapport que nous avons aux insectes sociaux est très complexe du fait de l’anthropomorphisme. Il ne s’agit pas là, simplement, de réalités humaines (culturelles) plaquées sur le fait animal sur le mode d’Esope, mais d’un mécanisme d’identification qui a fonctionné dans les deux sens. Nous avons vu les insectes sociaux à l’image de nos sociétés, mais à plusieurs reprises dans l’histoire, bien des hommes ont voulu penser nos sociétés sur le modèle offert par celles de ces animaux.

L’insecte social (plus souvent la fourmi que le termite, certes) comme animal parfaitement altruiste et totalement déterminée par la société et l’intérêt commun, a été un modèle non seulement métaphorique (quoi que la métaphore crée le réel), mais aussi opératoire. Pour bon nombre de penseurs, donc, cette découverte, pour limitée qu’elle soit, n’en est pas moins une nouvelle pierre dans leur jardin déjà trop encombré… Et si l’article d’Hayashi commence en évoquant Edward Wilson, je me demande s’il ne faut pas y voir une sorte de message à ceux qui avaient voulu le faire taire.

Source : Sciences et Avenir (l’article en ligne).


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Un commentaire pour “ Sociobiologie et termites ”

  1. [...] darwinienne aux problèmes des animaux sociaux (les insectes eusociaux (comme les fourmis ou les termites) en premier — les insectes “communistes” comme les fourmis, pour reprendre [...]

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