Deux citations pour comprendre Frank Herbert
Deux citations issues de La Route de Dune texte dont j’ai parlé ici. La première nous éclaire sur la génése des passages introductifs aux chapitres et qui font beaucoup pour l’identité de Dune et de tout le cycle ; la seconde sur l’idée que Frank Herbert se faisait du héros et qui diffère grandement de celle des autres auteurs de science-fiction, mais pas seulement.

Cinq jours plus tard, Blassingame écrivit de nouveau à Frank, quelque peu troublé par les informations que Frank avait ajoutées au début du roman :
“Ce qui pourrait nous aider à résoudre le problème serait d’accentuer le détail historique qui précède chaque chapitre. Par exemple, en ouverture, tu pourrais citer telle ou telle encyclopédie : Quand le duc Leto hérita d’Arrakis en l’année -, la planète était dépourvue d’océans et de cours d’eau. Dans l’hémisphère nord, il y avait des cités (tu pourrais en quelques phrases évoquer les problèmes posés par l’eau sur la planète, entre les cités et le désert). Le règne du duc n’a duré que…, avant que les Harkonnen tombent sur lui (là , tu pourrais évoquer le chagrin des troupes, le meurtre du duc et l’évasion de Paul et Jessica).Tu peux faire mieux encore, mais je persiste à penser que nous avons besoin d’un peu plus d’arrière-plan sur la planète Arrakis et la situation dans laquelle tu nous plonges. L’introduction habile de tes citations en tête de chapitre te donne la chance de nous fournir des informations.”
La Route de Dune, 239-240.
Campbell ne comprenait pas et sans doute Frank Herbert ne s’était-il pas suffisamment expliqué sur son intention d’écrire un roman à propos d’un antihéros afin de prévenir des dangers qu’il y a à suivre un héros charismatique. Brian l’expliqua dans Le Rêveur de Dune :
« Dune, le premier roman qui précéda une série, contient des indices de la direction que l’auteur souhait faire prendre à Paul Muad’Dib, des indices qui ont échappé à de nombreux lecteurs. Une direction obscure. Quand le planétologiste Liet-Kynes agonise dans le désert, il se souvient des paroles de son père, des années auparavant, ressurgies du fond de sa mémoire : “II n’est pas de désastre plus terrible qui puisse s’abattre sur nous que de tomber entre les mains d’un Héros.” Au terme de cet appendice, on peut lire que la planète a souffert d’un Héros…
Parmi les dangereux leaders de l’histoire humaine, mon père mentionnait parfois le général George S. Patton, à cause de son charisme, mais plus souvent John. F. Kennedy. Il s’était formé un mythe royal autour de ce président, une sorte de cour de Camelot. Ses partisans ne posaient jamais aucune question et l’auraient virtuellement suivi n’importe où. Ce danger nous semble évident dans le cas d’hommes tels qu’Adolf Hitler, qui conduisit sa nation à la destruction. C’est moins évident, pourtant, avec ceux qui ne sont pas mentalement dérangés ou fondamentalement mauvais en eux-mêmes. Tel est le cas avec Paul Muad’Dib, dont la structure du mythe bâti autour de lui représente le danger. »
Ibid., p. 255.
Cette dernière citation est tout particulièrement éclairante sur le sens du cycle de Dune car elle met en avant la méfiance que Frank Herbert, à la différence des gens de son milieu et de sa génération, avait à l’égard des messianismes bienveillants.
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30 octobre 2007 à 12:11Est ce que cela impliquerait que Kennedy, tout gonflé par son ego et l’image que lui renvoyait sa cour aurait appuyé sur LE bouton.
JFK en géniteur avorté d’un holocauste nucléaire, Oswald en sauveur du monde futur… les complotistes et autres paranoïaques de l’internet pourrait s’en donner à cÅ“ur joie avec cette idée.
Tel le président dans Dead Zone, paternaliste au sourire enjôleur, en somme plus proche de Kennedy que de Nixon. Nixon était un lâche, mais intelligent, alors que Kennedy, était un psychopathe sexuellement dépendant de son pouvoir.
30 octobre 2007 à 12:26Je ne sais pas si Nixon était lâche. Son courage face aux épreuves de la jeunesse (le caractère du père, la maladie du frère, etc.) semble indiquer que non. Même au football, il encaissait les coups sans broncher.
Il est possible, néanmoins, qu’ayant cinq heures de discours de lui sur mon iTunes et six ou sept de ses livres*, je manque d’objectivité…
* J’ai même un exemplaire tout ce qu’il y a de plus authentique de la retranscription de ses débats avec JFK publié par le gouvernement américain de l’époque.
30 octobre 2007 Ã 12:59Je parlais plus de l’aura mythologique qui entoure ces deux personnages, et je dis bien personnages et non personne.
Je porte plus d’estime à Nixon qu’à John, Nixon est un personnage très complexe, et quand je dis lâche, j’aurais plutôt dû dire réaliste, pragmatiste. Contrairement à Kennedy, monstre impulsif et arrogant. Sa mort même est arrogante (Cette phrase est autorisé à commentaires ultérieurs).
Je ne voulais pas attaquer cet idole qu’est Nixon, d’autant que je sors les griffes quand on parle mal de Reagan…
1 novembre 2007 à 12:41Pour ce qui est du fanatisme d’un héros de roman,ou des héros du peuple,connaissez-vous Les dieux ont soif d’Anatole France?ce court roman ayant pour cadre la terreur vous fait froid dans le dos:comment gamelin adorateur de Robesierre, happé par le fanatisme ambiant, étouffe toute humanité dans son coeur pour le plus grand bien, croyant qu’il est au sein de la tendance politique qui va établir les bases d’une sociétée nouvelle.or les évènements précédents pourraient le faire douter :les principaux acteurs de la vie politique devenant tour à tout “ennemi du peuple”,la foule d’une versatilité effrayante et d’une violence sauvage.on ne peut s’empecher de penser aux régimes totalitaires en générale et à 1989 de george orwell.Et nous commémorons un fait chaque année sans avoir à l’esprit le prix du sang et le paroxysme de folie qui a permi cette postérité heureuse fnialement.ce roman offre une réflexion peut etre allégorique aussi sur l’amour amoureux de la violence (élodie aime gamelin non pas pour ses opinions mais pour les qualités dures;ultra viriles et violentes qui sont révélées par celles- ci)
1 novembre 2007 Ã 16:091989, c’est la suite de 1984?
1 novembre 2007 à 23:22J’ai jamais accroché à Anatole France, moi
Il va falloir que je fasse une nouvelle tentative.
4 novembre 2007 à 12:16Excellente votre analyse. A nouveau votre article ouvre à la réflexion sur des horizons nouveaux.
4 novembre 2007 à 14:28oui ,pardon c’était bien 1984 dont je voulais parler:)