Tropa de Elite
Il y a des films que l’on voit comme on prend un coup de pied au cul. On ne sait trop quoi en penser, on est fasciné par l’image (son grain, sa couleur), par la bande-son (les voix, les ambiances sonores, la musique, la façon dont elle se mêle au reste), par ce qui est montré, par ce qui est tu. C’est ce que j’ai pu pleinement ressentir en voyant Tropa de Elite, pour la première fois avec des sous-titres complets.

L’histoire est celle d’une succession et d’une rencontre. Un homme, Roberto Nascimento, capitaine de l’équipe alpha du BOPE, veut quitter son poste actuel. Sa femme attend son premier enfant, un fils. Cette naissance lui rend plus précieuse que jamais sa vie, jusqu’à le faire douter. Il lui faut donc un remplaçant, car dans le BOPE, on ne part pas sans être sûr d’avoir à la tête de ses hommes quelqu’un qui ne gaspillera pas leur vie et qui ne se fera pas des pouvoirs d’exception du BOPE un instrument personnel. A celui qui part incombe la tâche de diriger, comme il l’entend, le stage de recrutement.
Deux hommes seront, en fin de compte, parmi de nombreux candidats. Certains d’entre eux sont si corrompus que les épreuves de sélection deviennent un véritable jeu de massacre physique et moral ; tout est bon à Nascimento pour les faire renoncer… André Matias et Neto Gouveia sont des amis d’enfance. Candidats officiers, ils sont chacun confrontés, à leur manière, à ce qui ronge la société brésilienne. André Matias qui fait des études en parallèle est confronté à l’aveuglement et à l’hypocrisie des enfants des classes aisées et des élites intellectuelles. Neto Gouveia, lui qui désire tant l’action, se heurte à un système corrompu et inefficace qui ne cherche pas à résoudre les problèmes de la société, mais les siens. Leur refus commun de laisser faire quand il voit la vie d’un de leurs amis et collègues être menacée par d’autres policiers leur fait croiser le chemin de Nascimento.
Tout au long du film, il y a une voix off, celle du capitaine Roberto Nascimento. Elle est parfaitement calme, analytique, même lorsqu’elle décrit les moments d’égarement de peur et de souffrance de Nascimento lui-même. Elle nous montre les événements du point de vue unique de cet homme. Et cet homme ne veut qu’une chose : voir son fils grandir et aimer sa femme, mais sans qu’il ne soit question un seul instant pour lui de trahir son engagement, ses hommes, son idée de l’honneur, quoiqu’on puisse penser de cette dernière.
Alors que Neto et André ont réussi l’épreuve du camp de recrutement, l’un d’entre eux est tué par erreur dans une embuscade qu’un dealer tendait à l’autre. Nascimento utilise alors la colère du survivant pour lui faire abandonner ce reste d’humanité qui fait obstacle à ce qu’il devienne un véritable chef du BOPE et pour qu’il accomplisse, à sa place, la dernière mission qu’on lui à confier : nettoyer Babilonia, une favela où le pape doit se rendre (les événements décrits se passent peu de temps avant le début des 2ème Rencontre Mondiale avec les familles, en 1997).
Cette dernière mission que l’on a confiée au capitaine Nascimento est typique de ce que l’on peut demander au BOPE (Batalhão de Operações Policiais Especiais — Bataillon des Opérations spéciales de Police), une unité d’élite de la police militaire de Rio dont le but n’est pas tant d’arrêter les criminels que de prendre leurs armes, c’est-à-dire, de les tuer. Cette unité intervient, pour l’essentiel, dans les favelas, c’est-à-dire dans un contexte de guérilla urbaine. D’ailleurs, ces méthodes sont celles de la contre-guérilla. Le film le montre sous un jour cru que le calme de la voix off ne rend que plus troublant. La torture n’est pas tue. On voit comment on couvre les visages de sacs plastiques pour provoquer l’asphyxie (voir cet article où est raconté comment un officier du BOPE passant par hasard (pour surveiller ?) est intervenu sur le tournage d’une telle scène pour indiquer la méthode correcte pour ne pas laisser de traces). On voit les coups, les menaces de mort, les exécutions sommaires (”mets-le sur la note du pape”)…
Bien sûr, cela a choqué, tant au Brésil (surtout O Globo) qu’en France où Libération a publié un article surprenant où l’on confond les noms, les scènes et où l’on caricature à tour de bras. Que reprochent-ils à ce film ? D’être une apologie de la violence policière. C’est du moins ce qu’ils avancent, mais cela tient-il la route ? L’article de Libération est éclairant sur ce point, car il fait totalement l’impasse sur le personnage d’André Matias. Certes, il est cité… mais pour se voir attribuer la voix off et l’expérience de Neto ! Je crois que ce silence est plus parlant que toutes les accusations. En effet, si Neto est surtout le témoin de la corruption de la police, André, lui, rencontre l’hypocrisie fondamentale des classes supérieures.
En parallèle à sa carrière dans la police, André suit des cours pour devenir avocat. On le voit se rendre à l’université, rencontrer la jeunesse dorée. Il est le seul à ne pas être blanc. Il est le seul à ne pas trouver que fumer de l’herbe c’est cool. Il est le seul à ne pas idéaliser les vendeurs de drogue, à leur prêter une “conscience sociale”. Il est le seul à ne pas exempter les individus de leur responsabilité…
Il y a, dans ce film, de nombreuses scènes d’humiliation. Humiliation des corps par la torture, des âmes par la peur, mais aucune n’est sans doute aussi abjecte que celle dont est victime André. Cette scène ne se passe pas dans une favela, mais dans une salle de classe. De la violence symbolique pour parler comme Bourdieu… Là, André s’oppose à toute la classe à propos d’un exposé sur Surveiller et Punir de Foucault et cela se termine par un long silence où l’on voit bien que jamais André ne sera des leurs. La véritable cassure est peut-être moins entre les gens honnêtes et les autres qu’entre ceux qui ont conscience de cette cassure et les autres… Voilà ce qui dérange le plus, selon moi.
Le site officiel.
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27 octobre 2007 à 14:31Bravo pour cet excellent article sur ce tres bon film, qui a le merite de poser enormement de questions, tant sur les methodes que les raisons et les consequences de la lutte contre le traffic de drogues.
J’ai particulierement aimé le fait que le realisateur ne prennent pas parti, en designant les “bons et les mechants”, mais au contraire n’hesite pas a montrer la violence, tant de la Bope que des trafiquants de drogues de façons cru et relativement objective.
Quant a l’article de Libé, il en dit effectivement long sur les methodes employées afin de noyer le poisson.
27 octobre 2007 à 16:51Je me réjouis de le voir. Ta critique donne vraiment envie.
27 octobre 2007 à 23:05Article alléchant en effet.
27 octobre 2007 à 23:21Vu cet après-midi, suite à l’article de Schizodoxe… Un film d’une intelligence rare. A se procurer par tous les moyens !
3 novembre 2007 à 0:07Euh … J’ai plus grand chose à dire. Tout a été dit. Enfin c’est tout de même un film vraiment réalisé avec le coeur, on le sent. Il a le mérite de pas garder sa langue dans la poche, de poser plein de questions. Il y a un travail de mise en abîme du peronnage, et d’éviction des utopies qui est très intéressant, bien fait ; même si il aurait pû être encore mieux restranscrit. Ca doit être par manque de temps, ou de financement, voir les deux, on sent qu’il n’a pas pu aller jusqu’au bout de ses idées par moment.
J’ai entendu dire qu’il sortirait au premier semestre 2008 en France. Ca m’étonne que les sites d’actualité cinématographique français n’en relatent toujours rien. Vraiment à voir.
3 novembre 2007 à 23:37Excellent film, par contre je suis tombe sur des sous titres anglais ou les gars se sont laches a base de blagues geek (”OMG PWNT!”, “O RLY?”, “All your bodies are belong to us”, etc…)
4 novembre 2007 à 2:31pour les sous titres:
http://www.opensubtitles.org/en/subtitles/3155313/tropa-de-elite-en
j’ai eu le meme probleme, ou des sections du films n’etaient pas traduites, et le reste dans un anglais approximatif.
ceux ci sont bien meilleur.
4 novembre 2007 à 8:33Immensément meilleurs que les premiers, mais il y a tout de même les “O RLY ?” et les “OMG PWNT !”
D’ailleurs, ça donne envie de voir un FPS adapté de Tropa de Elite…
4 novembre 2007 à 20:37Pas de Sous titres en Français??
4 novembre 2007 à 22:16“D’ailleurs, ça donne envie de voir un FPS adapté de Tropa de Elite…”
Soldier of Fortune ?
5 novembre 2007 à 12:50SOF II, Yeah!!
8 novembre 2007 à 6:08Juste pour dire que je me suis attaqué à la traduction des sous-titres en français depuis la version anglaise (je vais piocher dans mes vieux restes de brésilien pour essayer de traduire les chansons non-traduites, mais je ne vous promets rien).
Je dois en être á 15 % (avec un clavier qwerty péruvien sans “é”, “ê”, “à”, etc… ca va prendre un peu de temps…)
Allez, on table pourla fin de semaine prochaine…
8 novembre 2007 à 9:33Que Dieu bénisse Caca de Singe !
9 novembre 2007 à 19:30Tes le meilleur,tu compte les envoyer a un site du style opensubtitles??
9 novembre 2007 à 19:55Excellent ! J’attends cela avec impatience.
10 novembre 2007 à 6:36j’en suis aux 2 tiers, dimanche ça devrait être bon
11 novembre 2007 à 18:52Voici les sous-titres en français:
http://www.divxsubtitles.net/page_subtitleinformation.php?ID=92741
J’ai fait ce que j’ai pu pour l’orthographe et la grammaire (quelques petits problèmes avec l’impératif et les “-” ).
Pour ce qui est de la chanson brésilienne qui n’était pas traduite (le chant militaire), c’est de l’argot, donc j’ai fais ce que j’ai pu.
C’est mes seconds sous-titres, je vous invite á choper les premiers:
http://www.divxsubtitles.net/page_subtitleinformation.php?ID=84046
Ce sont les sous-titres du film norvégien de 2004 UNO (http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=60120.html), un “Pusher-like” dont la BO a été signée par l’excellent groupe ULVER (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ulver).
11 novembre 2007 à 22:50Bravo pour les sous titres surtout que tu a fait tres vite!!!
12 novembre 2007 à 10:21Cela mérite une standing ovation !
12 novembre 2007 à 11:17Yep !
Gloire à Caca de Singe !
3 décembre 2007 à 14:03Merci beaucoup pour les sous-titres en français!
6 décembre 2007 à 22:46caca de singe tu as fait du bon, du beau boulot, bravo !
j’ai noter quelques approximations dans certaines traductions ou certains mots qui aurait pu etre adaptés au contexte français mais c’est vraiment pas grand chose.
encore bravo
7 décembre 2007 à 5:50Moi aussi “j’ai notER” quelques approximations… Rgnntudju!
7 décembre 2007 à 17:57voila je me suis permis de faire quelque modifs sur tes Sous titres, j’ai essayé de rendre certaines phrases plus rapide a lire (ils parlent souvent tres vite) en les simplifiant, quitte a prendre un peu de liberté avec le français “litteraire”. j’ai changé quelques termes ou des phrases si je perçevais une meilleure traduction a mon sens (je suis lusophone de naissance). j’ai fait du mieux que j’ai pu mais j’oublie souvent des accent ou je conjugue mal, comme tu as pu voir
avec ta permission je les mettrais a dispo sur un logiciel de partage.
7 décembre 2007 à 18:12Pas besoin de ma permission hehe, moi j ai traduit depuis les sous-titres anglais donc…
14 décembre 2007 à 18:25Je ne comprend pas comment utiliser les sous-titre.
Il veut utiliser un logiciel, programme ? le coller a un film ?
14 décembre 2007 à 18:36Lui donner le même nom que le fichier du film (avec .srt à la fin au lieu de .avi), le placer dans le même dossier, puis lancer le film avec VLC, et voilà
Mais la plupart des programmes prennent en charge les sous-titres.
14 décembre 2007 à 18:57Merci !!! Bravo pour tout !
17 décembre 2007 à 22:01Il arrive en Europe ! Il est au programme de la Compétition de la Berlinale 2008 !
Source : Film de Culte.
4 janvier 2008 à 15:17Yop a tous !
Ca me fais plaisir de voir des gens intéréssé par ce film et qui ne sont pas tombé dans le piège de la bienséance culturelle française qui pour la plupart veut envoyer ce film au oubliettes. J’ai trouvé ici l’une des critiques les plus juste faite sur ce film, et ça c’est vraiment prometteur quand au futur du film a l’étranger. Je suis brésilien, je suis ce film de près, et surtout le phénomène de société qu’il as crée au Brésil. J’ai vu que vous aviez fais des sous-titres, qui sont je dois le dire plutot de bonne qualité ! Mais comme on peu toujours mieux faire, je me permet de vous proposer mon aide. Je m’y connais pas beaucoup en confection de sous-titres, mais si vous me donnez le nom d’un logiciel, et votre version des sous-titres la plus a jour, je me ferai un plaisir de faire un petit update (en aidant surtout au niveau de l’argot et du jargon policier …)
Aidez ce film, faite le connaitre, car qu’il dérange ou pas il reste une mine de réfléxions sur notre société actuelle, et permet de mettre en garde contre certains danger qui guettent nos capitales (et je pense que faire un rapprochement avec le banlieux parisiennes n’est pas mauvais) !
Rio !
6 janvier 2008 à 15:08Merci de vos remarques
mais je veux préciser que je ne suis pas l’auteur des sous-titres qui sont l’œuvre de CCDS. Comme il l’a déjà précisé, ayant lui-même traduit à partir de l’anglais, il ne considère pas son autorisation comme étant nécessaire, donc, si vous voulez modifier les sous-titres, allez-y ! Pour ce faire, un simple éditeur de texte suffit. Pour savoir quelle est la version la plus récente, il faudrait voir avec Joe.
Je suis impatient de voir comment l’argot policier sera rendu
21 janvier 2008 à 15:47Le FPS BOPE est arrivé !
Source : Foi parar na nett.
21 janvier 2008 à 21:33C’est un mod de Counterstrike? du moins ça y ressemble tres fortement.
2 février 2008 à 1:26http://www.lefigaro.fr/international/2008/02/01/01003-20080201ARTFIG00472-le-carnaval-de-rio-celebre-l-elite-de-sa-police-militaire.php
2 février 2008 à 10:43Source : Le Figaro.

Je suis preneur de photos tropadeelitiennes du carnaval de Rio !
11 février 2008 à 13:24L’avis éclairé de France Cul, à l’instant : un film bavard, naïf, manichéen, sans intérêt, cryptofasciste. Bon, en même temps, ils avouent, eux-mêmes, ne parler ni le brésilien ni l’allemand et de l’avoir vu en VO sous-titré en allemand… Mais ce n’est qu’un détail pour eux, visiblement.
12 février 2008 à 7:48Tropa de debile…
16 février 2008 à 23:03Heureux de voir ce film reconnu
Source : Le Point.
17 février 2008 à 8:57Et qu’en dit France Cul ? Ils hurlent au retour de la Bétimonde au travers du cinéma brésilien ?
18 février 2008 à 18:25“Vous avez réalisé un film courageux sur la corruption au sein de la police au Brésil”
C’est marrant, ils se sentent obliger de transformer le sens des mots et/ou le sens des questions abordés dans le film pour ne pas deranger.
21 juillet 2008 à 10:26[...] Le film traite le sujet intelligemment, et à l’avantage de ne pas poser les questions bêtement en blamant “la société”, “la misère”… au contraire, c’est l’élite blanche hypocrite et bien pensante, consommatrice de drogue, qui est pointé du doigt. Je ne peux dire si Padilha est de droite mais son film brutalement honnête, et qui a d’ailleurs bien mérité son Ours D’or au festival du film de Berlin est une bouffée d’air. Schizodoxe avait déjà abordé le sujet l’année dernière. [...]
2 septembre 2008 à 16:59[...] revienne sur le film lui-même ? Je ne le crois pas : à son propos j’ai déjà dit tout ce que j’avais à en dire. Mais, livrons-nous au test et, après avoir lu ce que j’écrivais à l’époque, lisez [...]
2 septembre 2008 à 21:41avez vous lu Le bouclage de Vladimir Volkoff?
7 septembre 2008 à 23:54Ce film est tout simplement saisissant et magnifique. PCC, CV et autres Tercero, la réalité dépasse cependant la fiction… Parapapapapaparapapa…
Merci CACA DE SINGE pour les sous-titres. BOPE VAI TE PEGAR !!