Dieu a voulu des inégalités,
pas des injustices.
Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte.
On est parfois extrêmement surpris du contenu d’un article apparemment anodin. On lit un journal main stream, un article parmi d’autres, pas en une ni rien. Un article dont l’information semble ne troubler personne alors qu’on s’imaginerait des réactions, des récupérations, des négations, etc., mais non, rien. Rien du tout. Il faut admettre que souvent, dans ces cas-là, l’information est présentée de telle façon que l’on n’y prend pas vraiment garde. Un peu comme si on annonçait dans les pages sportives que Caen ne battra pas Lille lors du prochain match de football parce qu’entre temps une météorite aura détruit la Terre… Enfin, dans ce cas précis, il faudrait avoir, tout de même, la matière sacrément enfoncée dans la forme pour que cela n’ait d’autres conséquences que de modifier ses choix au loto sportif.

C’est justement sous l’angle sportif qu’est présentée l’information qui m’intéressera aujourd’hui et qui a fait l’objet d’un article dans Le Figaro :
EN 1999, Kathryn North, de l’université de Sydney, découvre que 18 % des personnes d’origine européenne sont dépourvues d’une protéine importante, l’alpha actinine 3 (ACTN3). Cette protéine des muscles squelettiques est utilisée par les fibres à contraction rapide sollicitées lors d’un effort violent.
En revanche, tous les sprinteurs de haut niveau sont pourvu de l’ACTN3, laquelle se trouve de moins en moins présente chez les sportifs qui pratiquent des sports d’endurance. En effet, être dépourvu d’ACTN3 favorise les efforts prolongés :
Après avoir inactivé le gène de l’ACTN3 chez des souris, ils ont constaté que les fibres musculaires rapides de ces animaux étaient mieux adaptées pour utiliser l’oxygène, se rapprochant ainsi du métabolisme aérobie des fibres lentes recrutées pour l’endurance. Placées sur un tapis roulant, les souris mutantes parcourent 33 % de distance de plus que les autres, confirmant l’avantage initialement observé chez les marathoniennes australiennes.
Cela nous apprend trois choses :
- En premier lieu, les résultats sportifs à haut niveau, dans certains sports ne s’expliquent pas exclusivement par l’entraînement et la volonté, ils nécessitent un arrière-plan génétique précis. Les gènes apparaissent comme la condition nécessaire (mais non suffisante bien sûr) pour atteindre certains buts. De toute façon, contrairement à la vulgate du “on peut quand on veut” et du sport comme dépassement de soi, chacun sait que certaines choses seront à tout jamais impossibles à certains. Les enfants sont plus honnêtes que nous face à cela et, en général, celui qui veut faire du sport y réussira alors que celui qui ne veut pas en faire a sûrement de bonnes raisons pour cela. Il en va de même pour les résultats scolaires, d’ailleurs (même si dans leur cas la causalité génétique est contestée) les enfants sont très lucides, ils savent, presque d’instinct, non seulement leur niveau et leurs potentialités, mais aussi ceux des autres.
- En second lieu, cela explique l’omniprésence du facteur racial dans le sport. En effet, cette protéine n’est exprimée que chez
18 %80 % des personnes d’origine européenne, mais chez toutes celles d’origine africaine. Le “recrutement” des sprinters doit donc se faire parmi18 %80 % des “blancs” et 100 % des “noirs”, étant donné la différenceconsidérablede pourcentage et l’écart démographique, il devient aisé de comprendre pourquoi il y a plus de sprinters noirs que blancs. C’est une réalité statistique, sans doute amplifiée par des données culturelles, qui ne dit rien de l’individu, il faut insister là-dessus. En effet, le discours convenu de l’antiracisme part de deux principes qui sont l’égalité des races et la nature scientifique de cette égalité, ce qui ne va pas sans poser de problème face à de telles découvertes. Au contraire, si on considère qu’il n’y a d’égalité qu’entre les individus et qu’elle est de nature morale ou juridique, mais en tout cas a priori, cela nous permet d’éviter l’aporie raciste à laquelle nous oblige le discours antiraciste. - En dernier lieu, cela éclaire l’évolution humaine sous un nouveau jour. Elle pourrait être en partie le fruit de l’out of Africa. Les difficultés du chemin parcouru entre le (supposé) berceau africain et les autres foyers de peuplement auraient accéléré et modifié la sélection naturelle au sein des groupes qui l’auraient vécue.
En somme, écrit Kathryn North :
« Nous pouvons maintenant expliquer comment cette variation génétique agit sur les performances sportives […], mais aussi pourquoi elle est devenue aussi répandue dans la population générale : un métabolisme utilisant plus efficacement l’oxygène peut avoir aidé les hommes à survivre dans leur migration hors d’Afrique, une fois confrontés à la famine et à un environnement plus hostile et plus froid. »Il existe ainsi un lien fascinant entre des facteurs intervenus dans la survie des hommes par le passé et ceux contribuant à leurs capacités athlétiques actuelles.
A la lumière des réticences que j’ai exprimées pour le second point, la conclusion de l’article (que je mets en gras) est rien moins que très inquiétante dans ce qu’elle implique, car rien n’empêcherait de changer le mot athlétique par intellectuel… d’où la nécessité, selon moi, de ne pas baser la morale sur l’état de la science à un moment donné et sur des groupes abstraits et définis de façon polémique, mais de s’en tenir à l’individu et au droit.
Source : Le Figaro.


Juste une petite remarque concernant les statistiques : la protéine N’EST PAS exprimée chez 18% des européens, pas l’inverse comme cité dans le point 2 (mais un cinquième d’écart c’est déjà beaucoup sur une telle population).
Donc si on résume : l’avoir signifie meilleure explosivité, moins bonne gestion de l’effort long, ne pas l’avoir l’inverse.
Ce qui au vu des résultats des athlètes kenyan et ethiopiens observés dans les courses longues des compétitions d’athlétisme laisse quand même une grande part à l’entrainement (ou à l’habituation à certaines conditions, par exemple l’altitude), pour ce qui est de l’endurance.
Il semblerait donc que ce ne soit pas forcément vrai pour les disciplines explosives : les athlètes blancs étant notoirement moins bons, et ce depuis très longtemps, en sprint et saut en longueur (j’écarte volontairement les autres sauts qui sont certes des sports explosifs, mais où la technique est un facteur comparativement bien plus important, laissant donc une marge de progression plus grande à ceux qui ne sont pas prédisposés).
La conclusion de l’article reste donc valide mais moins inquiétante à la lumière de ces précisions.
Ah oui, belle erreur de ma part, en effet. Je corrige donc.

C’est marrant, mais à la relecture j’avais eu un sentiment étrange, je comprends enfin pourquoi