Comment moraliser à coups d’ankus

L’homme est un animal politique, nous dit Aristote. La pratique de la politique fait sa particularité et le sépare des autres animaux. Et qu’est-ce donc que la politique chez ce même auteur ? La recherche de son bonheur et de celui de sa famille au sein d’une communauté de familles, la cité. La politique entendue en ce sens est donc le cheminement vers l’établissement de règles permettant la vie commune d’hommes libres, c’est-à-dire la recherche d’une morale. L’animal politique se réalise donc dans l’animal moral, mais de même que l’homme est un animal politique par nature, il est moral par nature.

Cette naturalité de la morale est allée de soi pendant des siècles avant d’être oubliée tant du fait de l’ignorance croissante que de la volonté délibérée de se croire affranchi de la nature. Le trouble provoqué par la redécouverte de ces vérités est à l’aune de cet oubli et fait de ces dernières des vérités dangereuses.

Hathi

On peut lire depuis hier, dans The Dallas Morning News, un article à propos de l’un de ces redécouvreurs, Jonathan Haidt, professeur associé de psychologie à l’Université de Virginie, qui vient de publier un ouvrage sur le sujet ainsi que plusieurs articles.

L’origine de la réflexion de Jonathan Haidt se trouve dans les travaux qu’il a menés au sujet de la notion de dégoût laquelle témoigne d’une forme de condamnation morale qui n’a pas de justification évidente. Cela l’a mené à penser que nous avions deux systèmes mentaux séparés pour nous guider dans nos choix et nos jugements moraux.

Ces deux systèmes sont différents et inégaux. Il les compare au couple éléphant / cornac, le premier représentant le système le plus ancien, qui serait antérieur au langage et qui conditionnerait les comportements moraux, le second, le système le plus récent qui, postérieur au langage, serait à l’origine des jugements moraux, lesquels sont, par définition, réfléchis, élaborés, théorisés, etc. Il va de soi que si le cornac semble seul à décider, ces choix dépendent strictement de la nature de l’animal qu’il dirige. Le système moral antérieur au langage est donc premier non seulement du point de vue chronologique, mais aussi logique. La personnalité culturelle du cornac peut varier, mais un éléphant reste un éléphant.

Ce que les hommes de différentes cultures ont en commun, c’est ce sens moral antérieur au langage qui remonte à une période ancienne de l’évolution. Le relativisme culturel n’a pas peu participé à occulter cela, d’ailleurs, car, en posant une égalité a priori des traits culturels particuliers et en faisant, en aval, de la stricte équivalence des différences la source de ce que nous avons en commun (le “tous pareils, tous différents”), il a nié, en amont, la nature commune véritable que tous les hommes partagent réellement.

Selon Jonathan Haidt, il y a, essentiellement, deux types de comportements appartenant au système moral le plus ancien. D’un côté, il y a ceux qui renvoient aux individus comme la volonté de ne pas nuire (l’innocence au sens ancien de ce terme) et celle de faire autant de bien que possible en étant équitable et en rendant le bien pour le bien. D’un autre côté, il y a des comportements qui sont liés aux groupes et à leur survie : la loyauté à ses membres, l’obéissance à ses chefs, le sentiment de lui appartenir (et, à l’inverse, que d’autres lui sont externes). Il va sans dire que ces comportements prennent, suivant la culture, l’histoire, les circonstances, etc. des formes très différentes, mais le fond reste toujours présent.

Jusque là, donc, rien de véritablement troublant pour qui réfléchit un peu. Toutefois, Jonathan Haidt va un peu plus loin en y mêlant la religion et la politique. Mais, je ne peux aller plus loin faute de temps (je ne serai qu’assez peu disponible ces deux prochains jours) et je remets donc la suite à demain.

Source : The Dallas Morning News.


Imprimer ce billet Imprimer ce billet

Articles liés

Schizodoxe est la porte. Schizodoxe est la clef et le gardien de la porte. Le passé, le présent, le futur, tous sont un en Schizodoxe…
Écrire à cet auteur | Tous les billets de Schizodoxe

Un commentaire pour “ Comment moraliser à coups d’ankus ”

  1. “Le relativisme culturel n’a pas peu participer à occulter…” ==> participé !!! (caca de singe bientôt correcteur officiel hahaha?)

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <blockquote cite=""> <code> <em> <strong>